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Juke-box n°6 : Renaud, « Mon bistrot préféré ». Quel est votre bistrot préféré ?

Publié le par Eric Bertrand

Quel est votre bistrot préféré ? Celui où, par seule habitude, vous venez vous désaltérer ? Celui qui vous procure à la fois l’apaisement personnel et la joie d’être avec les autres ? Celui où vous venez « voir en face la belle du bistrot » comme l’écrit Brassens dans une chanson du même titre ? Un poète - dont j’ai perdu le nom – fait remarquer avec justesse qu’après être entré dans un café, « on n’en sort jamais tout à fait le même » … Réfléchissez-y ! L’ambiance qui enveloppe le comptoir est particulière, sitôt la porte refermée ; la rumeur du monde s’est tue ; un vague écran se forme derrière les fenêtres isolantes ; on n’entend plus, à l’intérieur de cet aquarium de la rue, que le bruit familier des tasses, des appareils à espresso et des voix mélangées des consommateurs.

« Le bistrot préféré » de Renaud dépasse toutes les attentes et il est situé « quelque part dans les cieux ». D’autres artistes y sont déjà installés et, « les soirs de déprime », ils accueillent avec une profonde humanité celui qu’ils surnomment « Docteur Renaud, Mister Renard ». Ce dernier les connaît tous bien et, s’il les aime tant, c’est surtout parce que, dans ce bar de la troisième dimension, ils fournissent au percolateur de l’inspiration leur incomparable « couleur café ». Bien sûr, il y a là, Gainsbourg, « un côté blanc, un côté noir », Trénet, Brassens qui le met en garde contre les aventures « mal barrées », Brel, et Léo « à l’affiche » évidemment, et puis, à d’autres tables, tout au fond, Rimbaud et Verlaine qui « évoquent Villon », Maupassant, Vian, Prévert et tous ses cancres qui « disent oui avec le cœur » …

Ils sont nombreux dans ce bistrot, et parce qu’ils ont déjà distillé tous les « alcools » d’Apollinaire, ils ont gardé au fond de leurs verres, de leurs bouffardes ou de leur absinthe, le goût des mots. Leurs fantômes hantent nos bistrots et Renaud nous rappelle ainsi qu’une chanson ne trouve « son lieu et sa formule » que parce qu’elle se réalise entre les tasses, les soucoupes, les verres et les rimes.

https://youtu.be/jcuxuY7bpGo?si=4yoorXpW0W_Nklen

 

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Dosette de lecture n°173 : Marc Dugain, « La Chambre des officiers ». Quitter la chambre.

Publié le par Eric Bertrand

Quelle cicatrice profonde la guerre laisse-t-elle dans la chair et dans l’esprit d’un homme entraîné dans un conflit militaire ? Sans jamais avoir disparu, cette question a repris, ces dernières années, une sinistre actualité. Dans le roman de Marc Dugain, on est en 14 et le narrateur, Adrien, est engagé avec le grade d’officier ; mais il n’a pas le temps de se battre et de prendre la mesure de l’ennemi qu’il a en face de lui. Ce sont les armes qui parlent d’abord. « Je sens comme une hache qui vient s’enfoncer sous la base de mon nez. Puis on coupe la lumière. » 

 Doté d’un physique avantageux, à la veille de son départ pour le front, il a tout de même eu le temps de séduire une certaine Laurence et cette dernière garde, comme elle le lui écrit dans une lettre, « le souvenir de son visage ». Or, sinistre ironie, c’est au visage qu’il est blessé ; en qualité de lieutenant, il est immédiatement affecté à « la chambre des officiers », aux côtés d’autres « gueules cassées » qu’on soigne à l’étage des « Maxillo-faciaux » et dont on tente d’améliorer l’état par de précaires opérations. L’un de ses voisins, ne peut plus décoller sa mâchoire et on lui pend sur le menton un sac de charbon en guise d’ouvre-bouche. Un autre, un aviateur, a eu les poumons et la face brûlés puis fracassés : son cas reste problématique, suspendu au temps qui passe…

Adrien est celui qui subit le plus d’interventions chirurgicales ; les médecins lui disent qu’ils comptent sur des os de nourrissons décédés qui permettraient de réaliser encore d’autres greffes. Mais la vie continue, et dans la chambre, il discute avec ses voisins, pense à l’avenir et élabore des projets de sortie ; et puis il y a toujours des infirmières qui passent, qu’ils trouvent jeunes et jolies et ils ne se trompent pas car, en effet, on a prié ces femmes-là de soigner plutôt des hommes qui ne risquent pas d’essayer de les séduire.

Et, au fur et à mesure que les yeux parviennent à s’ouvrir, que le souffle revient, que les dents se desserrent, ils se demandent comment, au fil des années, à la fin de la guerre, ils vont oser quitter la chambre pour retrouver une place dans la société ?

 

Dugain ; roman ; guerre de 14

Dugain ; roman ; guerre de 14

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Juke-box n°5 : la légèreté perdue des chansons de Joe Dassin

Publié le par Eric Bertrand

C'est un univers simple et léger où on passe son temps à se balader sur les champs Élysées ou aux jardins du Luxembourg jusqu'au moment où on tombe amoureux d'une modeste boulangère qui vend de craquants petits pains au chocolat. Alors, on va au Café des Trois Colombes, souviens-toi, c’était un jeudi ; on se sent seul au monde, peut-être qu'on n'a rien mais on a toute la vie. On marche en parlant, on refait la philo, ceux qui vous regardent vous disent en vous voyant passer : "salut les amoureux". On est plein de délicatesse et de précaution, on réserve des chambres à part parce qu'on n'aime pas montrer qu'on s'aime à 18 ans à peine ...

Chez le chanteur au pantalon blanc à pattes d'éléphant, on fait partie de l'équipe à Jojo et on part pour des étés indiens avec des filles en robe longue qui ressemblent à des toiles de Marie Laurencin. On roule à bord d'un vieux tacot avec des marguerites qui fleurissent sur le capot et on rêve d'Amérique, « je veux l'avoir et je l'aurai » ...

Et même si ce n’est pas toujours très gai, même si tu t'appelles mélancolie et qu'un jour « il était une fois nous deux », ça va pas changer le monde... Les deux mains sur le ceinturon, Joe Dassin peut l'affirmer tranquillement, ce monde-là va continuer sans nous et il aura bien raison...

Certes, on garde au fond de soi une forme de tourment, un sucre mélancolique, mais rien de vraiment inquiétant ne menace les fleurs, là-haut sur la colline, ni la chanson de celui qui siffle tant qu'il peut. Dans l'univers paisible de Joe Dassin on ne connaît ni la haine, ni les bombes, ni le changement climatique, et à la place de tous les sifflets de Trump et de sa bande à Bonnot, on chante encore la chanson de l’Eldorado ...

 

Juke-box n°5 : la légèreté perdue des chansons de Joe Dassin

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Un nouveau livre à paraître prochainement : novella au sujet d'un château écossais

Publié le par Eric Bertrand

C'est toujours beaucoup de jubilation quand, avec son éditeur, on prépare la publication du livre suivant (sur lequel j'ai beaucoup travaillé cette année) Il est prêt, même si, comme pour chacun des autres ouvrages, il y a toujours beaucoup d'ajustements qui restent à faire avant la mouture définitive.

Mais pour commencer, j'invite les lecteurs de ce blog à découvrir le sujet et la façon dont il est traité grâce au lien suivant et à cette photo qui pourrait bien servir à la couverture...

 

                                                https://ericbertrand-auteur.net/Lit_Mc_Arthur.htm

 

Ecosse; château écossais; Inveraray

Ecosse; château écossais; Inveraray

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Dosette de lecture n°172 : Sorj Chalandon : « Le Quatrième mur », l’intranquillité de la tragédie

Publié le par Eric Bertrand

Quelles lectures multiples peut-on faire de l’Antigone d’Anouilh ? L’auteur, qui a été correspondant de guerre, choisit le contexte explosif du Liban, en 82, à Beyrouth, pour raconter le défi que s’est lancé son narrateur, metteur en scène qui a l’idée folle de monter la pièce pour parvenir à faire cesser la guerre, ne serait-ce que pendant le temps du spectacle.

Mais avant de commencer, il faut d’abord monter la troupe, trouver les acteurs dans chaque camp, et, parmi ces communautés déchirées par la haine, faire admettre l’idée de jouer ensemble. Comment accepter de suivre un metteur en scène « qui vient de Paris en tenue d’Arlequin » et qui n’est, aux yeux des locaux, qu’un « spectateur au milieu des vivants, des mourants et des morts » ? Et surtout, une fois surmontés ces obstacles, il faut aussi composer avec la guerre qui s’invite sur la scène… « Dans la tragédie, on est tranquille » affirmait le Chœur dans le Prologue d’Antigone, mais, dans la perspective de potentielles répétitions, ce qui s’impose justement, c’est l’intranquillité !

 

Dosette de lecture n°172 : Sorj Chalandon : « Le Quatrième mur », l’intranquillité de la tragédie

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