Comment Staline a-t-il traité ces intellectuels dévoués qui, avec ferveur, étaient prêts à participer à la construction de « l’âge socialiste » » et à la victoire du prolétariat ? C’est la question que se pose avec sa causticité habituelle le romancier Olivier Rolin.
Son personnage de météorologue, Alexeï Féodossievitch Vangengheim, a bien existé et, dans les années 30, il conçoit le projet immense de prendre le pouls de la géante Russie et de lui appliquer sur le poil une immense toile de prévision météorologique… Mais attention ! Il faut pour le régime que son action ait un intérêt économique mesurable à la qualité et à la quantité des récoltes : au bout de la toile, l’Araignée veille et tisse un réseau de suspicions contre toute petite bête trop ailée ou zélée.
Comme le signale Rolin qui annonce d’emblée le destin tragique de son héros : « la chose se fait en douce », un peu à la manière du livre tout entier. Il y a en effet une dimension shakespearienne dans ce récit. Pas de pitié pour le météorologue, originaire d’Ukraine. « Voici venu l’hiver du mécontentement… » Accusé de « sabotage », il est envoyé dans l’archipel des Solovski proche du cercle arctique, dans un camp de « rééducation par le travail » où se prépare « le printemps des nations ». Et c’est « une histoire racontée par un idiot » dont le romancier suit alors l’absurde et effrayante logique.
Il y a dans les nouvelles de Jim Harrison cette « sauvagerie » des grands espaces qui renvoie notamment à l’État du Montana auquel il était tant attaché. La présence du « wild » si cher à Jack London habite le moindre de ses récits. Vautours, coyotes, grands cerfs, grizzlis y ont autant leur place que les hommes qui tâchent de respirer à la même hauteur tandis que la folie du monde menace de les rattraper.
C’est le cas des trois fils du colonel Ludlow, personnage principal de la nouvelle « Légendes d’automne ». Au début de la guerre de 14, Tristan, Alfred et Samuel partent se battre en Europe. Le père, raide et intransigeant sous sa peau de bison, choisit de fulminer contre l’hypocrisie des chefs et la corruption des politiques. En compagnie du vieil Indien Un Coup dont il épouse la culture, il bougonne dans son ranch et contemple ses montagnes.
Ce personnage de vieux soldat, si proche de Jim Harrison, est merveilleusement incarné par Anthony Hopkins dans le film d’Edward Zwick, qui offre une version très fidèle du récit original… https://youtu.be/RGBwQPauXEs
On connaît Steinbeck pour ses « Raisins de la colère » et sa grande fresque américaine des années 30. Steinbeck est un écrivain de la route, de l’aventure « cabossée », celui qui, à la fin de sa vie, part avec son chien Charley dans un van pour « sentir » l’Amérique profonde : « Voyage avec Charley. » On connaît moins le Steinbeck qui s’interroge sur les conditions d’installation de l’envahisseur nazi dans un pays riche de sa propre culture : la Norvège.
C’est le sujet de son roman « Lune noire » qui émet, en ces temps agités, une étrange lueur. Il donne à réfléchir, à travers des personnages contrastés, sur la résistance ou la capitulation, la violence ou l’affadissement, la liberté ou « le papier tue-mouches ». Comme le dit l’un des personnages à la fin du roman : « les hommes libres ne déclenchent pas la guerre, mais lorsqu’elle est déclenchée, ils peuvent se battre jusqu’à la victoire ».
Baudelaire fait du parfum le déclencheur du « langoureux vertige » de la poésie et de la métamorphose du monde. Le lecteur envie au poète sa capacité à sentir et à décrypter une autre réalité à travers la fonction olfactive que l’hallucinant roman « le Parfum » de Suskind met en avant.
Le héros, Jean-Baptiste Grenouille est en effet une créature étrange qui a cette particularité de détecter le monde qui l’entoure rien que par les narines, ce qui lui donne le talent du parfumeur et l’imagination du créateur de parfum. Mais jusqu’où peut-il aller pour pousser l’alchimie jusqu’à ses limites extrêmes et trouver l’essence idéale, celle qui fait tomber à la renverse ?
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
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