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Dosettes de lecture

Publié le par Eric Bertrand

« En lisant, en écrivant »

Je reprends ce titre de Julien Gracq pour annoncer une nouvelle rubrique. Alors que je travaille à mon prochain roman qui portera sur la lecture, je vous propose des « lectures dosettes » pour donner envie de lire ou de relire certaines de ces grandes œuvres qui font du bien et agissent sur le psychisme de façon… homéopathique.

« En lisant, en écrivant »… (Dosette de lecture n°1)

Balzac, le Chef d’œuvre inconnu

« En s’approchant, ils aperçurent dans un coin de la toile, le bout d’un pied nu qui sortait de ce chaos de couleurs, de tons, de nuances indécises, espèce de brouillard sans forme… » De quelle toile s’agit-il ? Qu’a peint cet artiste quêteur forcené de la Beauté et qui a farouchement voulu dissimuler aux yeux du public son œuvre ultime ?

La découverte a lieu, d’après Balzac qui aime balader son lecteur au cœur de l’espace parisien, dans la Rue des St Augustin. C’est aussi dans un appartement de cette même rue que Picasso choisira de s’enfermer pour peindre « Guernica »… Et devant le spectacle de l’horreur, la peinture explose. Le peintre halluciné saisit une humanité en morceaux, des civils dépecés, victimes de la férocité guerrière ; son coup de pinceau secoue le lecteur et lui offre l’occasion d’une méditation sur l’atrocité des guerres et sur les tentatives désespérés d’un l’artiste, en proie lui aussi au doute éternel. 

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Sortie annoncée de "Dévalisée"

Publié le par Eric Bertrand

Mon prochain livre sort le 9 décembre prochain chez Hello, branche de Hachette. Il s’agit de « Dévalisée ».
Voici un lien sur lequel vous pourrez précommander avec une réduction de 5% et la garantie de recevoir le roman avec quelques jours d’avance. Attention, cette promotion n’est valable que jusqu’au 4 novembre.
https://lnkd.in/ed-sEuKg

🔔 Voici le code promotion pour tous les lecteurs qui précommanderont avant le vendredi 4 novembre minuit (valable dès maintenant), pour avoir 5% de réduction : dévalisée5

N'hésitez pas à partager ce message auprès d’un maximum de personnes susceptibles d’être intéressées et prêts à diffuser eux-mêmes l’info.
Merci d’avance et bon voyage en Ecosse et en # littérature.

Sortie annoncée de "Dévalisée"

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Souchon et l’élasticité du tissu

Publié le par Eric Bertrand

« Toto, 30 ans… »

Dans le répertoire de Souchon, il y a certes cette chanson qui « raconte » la peau et « l’élasticité du tissu » mais il y a aussi toutes ces chansons à fleur de peau qui, à leur façon, racontent « l’écriture » et « le tissu » du texte.

Tel un couturier au fil des titres, Souchon tisse un « joli fil entre nos cœurs passé ». Et son aiguille oscille entre ces « nouvelles pour dames de Somerset Maugham » où le héros « porte des lions sur le dos » et « le petit gobelet d’aluminium » de Théodore Monod où « on s’ennuie tellement ». Les mailles ainsi s’enchevêtrent et mêlent le « manteau d’lapin d’une fille » à « l’anorak de Jack Kérouac », André Verchuren à Gabriel Fauré, Bob Marley à Debussy, « Gabin bougon » à Robert Taylor, Ava Gardner aux princesses blondes en jean troué.

Entre le Boulevard Haussmann et le Boulevard de la mer, sur une vaste toile de fond, « dans un parc au coin du jour » ou « au fond de la Baie de Somme », il suffit d’une beigne, vendeuse de glace, « fille électrique », « fille dénudée » et « ça électrocute ». « Herbes ascensionnelles », « baisers de propane », il tricote le long des dunes, observe « la lune pure », pique des « brindilles, des phosphores ». Il est « si loin de l’air », il est « si loin du vent ».

Il « monte là-haut s’asseoir », regarde la mer qui brille, un canoé, « un ballon qui s’ennuie », un rameur qui avance, une Chrysler qui s’envole. Et puis soudain, « de son belvédère », il sent « la p’tite brise », celle qui glisse sous la peau, qui froisse le tissu, qui fait crisser le stylo et dresser les poils.

Ses cheveux ondulent. Il se les ramène vers l’avant.  

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« Deux hommes dans la ville » et sur un fil... Delon à La Rochelle

Publié le par Eric Bertrand

« Deux hommes dans la ville » et sur un fil... Delon à La Rochelle

Le Festival La Rochelle Cinéma a braqué cette année ses projecteurs sur Alain Delon et sur ce visage énigmatique qu’a si bien représenté l’affiche de Stanislas Bouvier retenue pour la cinquantième édition. En dehors des 21 films sélectionnés qui ont permis au spectateur de découvrir ou de redécouvrir les mille et une facettes de l’acteur, une exposition de photographies de Paris Match a aussi cherché à montrer sa beauté, son élégance et sa légèreté de félin.

Dans ce cadre particulier, j’ai pris plaisir à revoir sur grand écran le film de Jose Giovanni « Deux hommes dans la ville » réalisé en 1973 où Alain Delon joue le rôle de Gino Strabbligi, ancien malfrat qui accomplit une forme de rédemption avec la bénédiction de son éducateur, un certain Germain Cazeneuve incarné magistralement par Gabin. Cent ans après Victor Hugo, à une époque où George Badinter méditait son célèbre plaidoyer contre la peine de mort, où Sardou s’apprêtait à chanter « Je suis pour », et Julien Clerc « l’Assassin assassiné », le film crée la polémique. Comme Victor Hugo, il dénonce la peine de mort par la voix de Germain Cazeneuve. Comme Victor Hugo, il montre l’horreur de la guillotine par le biais de quelques images choc. Et comme Victor Hugo, d’un point de vue narratif cette fois-ci, il prend le parti de l’éducateur et de la victime contre celui qui incarne aveuglément la Justice : l’inspecteur Goitreau, incarné par Michel Bouquet.

Si Gino est une créature angélique, un ange déchu dont les ailes ont été salies par un séjour en prison pour vol à main armée, aux yeux de Goitreau, l’honnêteté de cette créature botticellienne ne tient qu’à un fil. D’après lui, ce Gino est un ennemi public, un danger, une menace pour la société et il n’a sa place qu’en prison. Avec l’acharnement d’un Javert (que Michel Bouquet interprétera en 1984 dans « les Misérables » de Robert Hossein), Goitreau mène une surveillance rapprochée. Il guette sa proie, la traque et l’observe à la dérobée avec une persistance de maniaque.

Mais Gino s’est engagé dans la voie de l’honnêteté et sous ce nouveau costume, avec ses semelles de vent, il voltige. Il a trouvé un job chez un imprimeur qui ne cesse de louer son mérite et son ardeur au travail et il est amoureux d’une femme qui l’adore. Cette stabilité retrouvée dans « la ville » confère à son visage une beauté effrontée. Il vibre d’une électricité qui l’éclaire, qu’il soit avec son patron à l’intérieur du magasin ou dans une prairie au bord de l’eau en compagnie de sa fiancée, ou à bord d’une voiture de sport. Delon joue l’ivresse, l’émerveillement, le plaisir avec souplesse et bonheur et fait oublier le passé de Strabbligi.

Mais le représentant de la loi attend son heure et ne lâche pas d’une semelle l’ex-détenu. On peut se demander pourquoi un tel acharnement de sa part. Javert avait en lui la conviction de l’existence du Mal et œuvrait pour une conception erronée de la Justice et du Bien. À ses yeux, il n’était pas possible d’accorder un seul crédit à un forçat comme Jean Valjean et il était de son devoir de policier de le démasquer. Pour Goitreau, c’est plus troublant : il semble qu’il soit mû par une obscure force de séduction qui émane de sa victime. À plusieurs reprises, on le voit figé dans la rue ou dans sa voiture, occupé seulement à admirer la silhouette, le visage de cet être jeune, libre et insouciant. Il offre en quelque sorte l’image dilatée d’un spectateur séduit par Delon.

Impuissant, frustré et amoureux peut-être sans oser se l’avouer, il est du côté de la force et de l’Autorité et il s’en sert abusivement. On peut citer d’autres personnages dans son cas : celui de Billy Budd de Melville embauché comme gabier de misaine à bord d’une goélette et dont l’agilité, la jeunesse, la beauté troublent immédiatement son chef. Celui-ci l’accuse à tort de fomenter une mutinerie et le pousse à bout. On peut penser aussi au personnage de Claude Gueux que Victor Hugo décrit comme un détenu exemplaire que son surveillant de prison persécute. Comme Claude, et comme le marin Billy, Gino est un être innocent, libre, léger qui s’amuse, qui voltige et qui gagne sa réhabilitation aux yeux du lecteur-spectateur. Mais le couperet tombe et le fil, sur lequel évolue le gracieux acrobate, se casse.  

 

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« Ici et là », « Au sud de la fente » avec Souchon et Jack London…

Publié le par Eric Bertrand

L’écrivain Jack London a passé son existence à circuler entre « le peuple d’en bas » et celui d’en haut. Il est né dans un bas-fond de San Francisco, a connu la faim, la misère, le struggle for life et puis, à force de ténacité, il est devenu un grand écrivain. C’est le sujet de son beau roman « Martin Eden » et de l’une de ses nouvelles intitulée « Au sud de la Fente ».

          On retrouve cette thématique de la fracture sociale et de « la fente » dans les chansons de Souchon et notamment dans deux titres qui se suivent dans son dernier album : « ici et là » et « Debussy Gabriel Fauré ». À travers ces « quarante mètres de goudron qui nous séparent… » Souchon évoque deux univers, deux façons de vivre et deux esthétiques : d’un côté « Normal Sup », de l’autre « la ZUP », « Berry Chuck, Halliday Johnny » et « Gabriel Fauré  Debussy»… Le fossé semble bien creusé…  « Même si c’est le même soleil, c’est pas du tout pareil ». Et pourtant, les deux mondes se côtoient et se frôlent. « Tu sautes le périf, allez ! »

À l’époque de Jack London, ce n’était pas le périf mais le tramway qui séparait le secteur nord du secteur sud de San Francisco mais le miséreux petit Martin Eden, substitut de Jack « en jean troué », met un jour un pied dans « le Faubourg Saint Honoré » et, par le travail de la Littérature, parvient à conquérir la belle Ruth, « petite Ralph Lauren en Austin ».

Écouter Souchon, c’est monter dans l’escalator, « loin de Memphis Tennessee » et c’est s’embarquer « sous les lambris dorés » des mots.  

« Ici et là », « Au sud de la fente » avec Souchon et Jack London…

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