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Dosette de lecture n°120 : Franck Pavloff : « Matin brun ». Le beau pelage des chats et des chiens à la clarté du matin

Publié le par Eric Bertrand

Je propose aujourd’hui, avant la pause estivale, une dernière « dosette ».

J’ai abordé également depuis environ deux mois la phase d’accélération de l’écriture de mon prochain roman consacré au livre et comme c’est à chaque fois le cas, lorsque je tiens mon sujet et mon canevas, j’ai du mal à faire autre chose qu’écrire et ceci notamment au détriment de la lecture.

         Mais pour le livre que j’ai choisi d’aborder aujourd’hui, il ne compte qu’une vingtaine de pages, et ce sont des pages essentielles en ces temps si particuliers.

         Quel est le meilleur éclairage pour définir la couleur du pelage d’un chat ou d’un chien, la coloration d’un article de journal, ou encore la tonalité d’une radio ? Le brun fournit-il la nuance la plus juste pour apprécier la fantaisie fantasque du félidé ou la bouleversante fidélité du bon toutou ? Sous le projecteur dont la chaleur noircit le papier, le texte de l’article ne finit-il pas par s’enfumer et ne plus refléter que des idées toxiques ? Et le son – riche en fibres - qui tombe des ondes prend-il donc la couleur de ce pain aux vertus laxatives ? 

Ce sont quelques-unes des questions que pose en d’autres termes l’auteur de cette petite fable. Le narrateur et son ami Charlie qui ont possédé, avant les décrets, un chat blanc taché de noir (bref un chat métis) et un labrador noir sont dans le viseur de la milice de « l’État national » et des délateurs de tout poil.

Entrainés dans une logique absurde, les citoyens de cette ville de lune rousse qui avalent la couleuvre de réglisse indigeste n’ont qu’à bien se tenir et obéir aux injonctions : marcher au pas, décolorer tout ce qui risque de déteindre, éteindre la braise du langage, dénoncer les différences et les montrer du doigt avant de se laisser contaminer par cette « rhinocérite » si bien décrite par Ionesco, par Camus qui écrit à la fin de son roman, « La Peste » : « le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais » ou par Brecht qui note dans sa pièce « La Résistible ascension d’Arturio Ui » : « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. »

 

    

Dosette de lecture n°120 : Franck Pavloff : « Matin brun ». Le beau pelage des chats et des chiens à la clarté du matin

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Dosette de lecture n°119 : Racine : Andromaque et Bérénice. Tristesse majestueuse ou vertiges de l’amour

Publié le par Eric Bertrand

        Que ressent-on quand on est amoureux ? Question essentielle que se sont toujours posé les artistes, et notamment les écrivains. L’amour chez Racine est un lien qui, certes, lie, veine à veine, les amants, mais qui les ligote aussi. Chez ce dramaturge impitoyable, les amants ne se sont rencontrés ni dans une discothèque, ni dans un bistrot, ni sur la plage et « le mal vient de plus loin ».

On est dans le monde oppressant de la tragédie et même le sentiment si beau, si pur, si fort qui pourrait sublimer et transcender les héros comme c’est le cas dans les pièces de Corneille, cette passion qui l’étreint finit par les étouffer, les anéantir et leur faire percevoir à l’avance l’issue fatale.

Dans Andromaque, Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque qui aime un mort… Et dans Bérénice, Titus et Bérénice s’aiment, mais Titus, Empereur de Rome, s’il veut être à la hauteur de sa fonction, n’a pas le droit d’épouser une princesse égyptienne et entend bien appliquer la règle, même si elle va l’écraser.

Il règne donc dans la tragédie, ce que Racine lui-même appelle « une tristesse majestueuse », de quoi « crever l’oreiller et rêver trop fort, quitte à niquer les circuits. »

Dosette de lecture n°119 : Racine : Andromaque et Bérénice. Tristesse majestueuse ou vertiges de l’amour

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Dosette de lecture n°118 : Émile Zola : Comment on se marie, comment on meurt ? Une peinture sans concession de l’homme.

Publié le par Eric Bertrand

Se marier, mourir ? Comment traverse-t-on ces épreuves quand on est ouvrier, paysan, commerçant, bourgeois ou aristocrate ?  Pour y répondre, l’écrivain naturaliste Zola, spécialiste de l’étude des milieux et des déterminismes, offre un échantillon de huit nouvelles.

La méthode qu’il suit est simple et efficace : à travers ces huit récits, il met en scène des personnages bien différents du fait de leur origine sociale. Mais, quel que soit le milieu abordé, riche ou pauvre, démuni ou opulent, le lecteur retient une image bien piteuse de l’homme, incapable d’aimer autre chose que lui-même ou que ses propres intérêts.

On était au XIX° siècle, mais en plein XXI° siècle, les choses ne semblent pas avoir beaucoup changé.

 

Dosette de lecture n°118 : Émile Zola : Comment on se marie, comment on meurt ? Une peinture sans concession de l’homme.

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« Loin, bien loin » : Rimbaud au bac de français

Publié le par Eric Bertrand

« Rimbaud et le départ vers le lointain » … C’est, en d’autres termes, l’un des sujets de dissertation proposé cette année au bac de français aux élèves de premières et c’est aussi l’un des moteurs qui a guidé mon roman « Over the Rimbaud ».

« Loin, bien loin » : Rimbaud au bac de français

 

« Rimbaud et le départ vers le lointain » … C’est, en d’autres termes, l’un des sujets de dissertation proposé cette année au bac de français aux élèves de premières et c’est aussi l’un des moteurs qui a guidé mon roman « Over the Rimbaud » (https://www.helloeditions.fr/product/over-the-rimbaud/).

Il décrit un Rimbaud qui s’en va loin, sous les yeux effarés de la jeune fille qui l’a aimé et qui commence, à travers ce voyage, à devenir une femme autre. Celui qu’elle ne cesse d’aimer s’en va tellement loin de tous les repères petits bourgeois qu’on a cherché à lui imposer à Charleville…

Loin, bien loin des rangs de l’école et des ragots des rues, loin de toutes les « casquettes de plomb », des « mesquines pelouses », de ces « tout petits chiffons à petites bottines », loin de ces « fleuves impassibles » et de ces « cotons anglais » qui enflent « les bedaines flamandes », de ces « habits puant la foire et tout vieillots » qu’on enfile pour honorer « le Livre du Devoir » que brandit « la Mère », l’effrayante « Bouche d’ombre ».

Loin de ces poètes de quatre sous que René Char, dans son poème « tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud » désignera comme des « pisse-lyres » ; loin de ces « mains à plume » et de ces « mains à charrue » et de cette langue de boue et de cendres ; loin de ces brumes et pluies des Ardennes…

« Que les villes s’allument ! » pour le compagnon de la « Grande Ourse ». Quelque part où couve le feu de la langue, sous ce « grand désert où luit la Liberté ravie », là où le soleil « lui tannera la peau » et fera sauter les « anciens parapets », là où l’enfant, « le front plein d’éminences », la semelle alerte et le « pied près de son cœur », décollera à la découverte de cet autre « je », de ces tapis de fleurs qui « lui disent leur nom » (Addis Abeba en langue amharique, ça veut dire « fleur nouvelle »), et de « ces splendides villes » illuminées sous la lampe de ce « génie » qui le mène jusqu’au bout de lui-même et jusqu’à l’extinction des feux.

Il décrit un Rimbaud qui s’en va loin, sous les yeux effarés de la jeune fille qui l’a aimé et qui commence, à travers ce voyage, à devenir une femme autre. Celui qu’elle ne cesse d’aimer s’en va tellement loin de tous les repères petits bourgeois qu’on a cherché à lui imposer à Charleville…

Loin, bien loin des rangs de l’école et des ragots des rues, loin de toutes les « casquettes de plomb », des « mesquines pelouses », de ces « tout petits chiffons à petites bottines », loin de ces « fleuves impassibles » et de ces « cotons anglais » qui enflent « les bedaines flamandes », de ces « habits puant la foire et tout vieillots » qu’on enfile pour honorer « le Livre du Devoir » que brandit « la Mère », l’effrayante « Bouche d’ombre ».

Loin de ces poètes de quatre sous que René Char, dans son poème « tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud » désignera comme des « pisse-lyres » ; loin de ces « mains à plume » et de ces « mains à charrue » et de cette langue de boue et de cendres ; loin de ces brumes et pluies des Ardennes…

« Que les villes s’allument ! » pour le compagnon de la « Grande Ourse ». Quelque part où couve le feu de la langue, sous ce « grand désert où luit la Liberté ravie », là où le soleil « lui tannera la peau » et fera sauter les « anciens parapets », là où l’enfant, « le front plein d’éminences », la semelle alerte et le « pied près de son cœur », décollera à la découverte de cet autre « je », de ces tapis de fleurs qui « lui disent leur nom » (Addis Abeba en langue amharique, ça veut dire « fleur nouvelle »), et de « ces splendides villes » illuminées sous la lampe de ce « génie » qui le mène jusqu’au bout de lui-même et jusqu’à l’extinction des feux.

 

« Loin, bien loin » : Rimbaud au bac de français

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Françoise Hardy : comment lui dire adieu ?

Publié le par Eric Bertrand

C’est une rose en bouton, une silhouette furtive, gracile et gracieuse dont la voix douce qui passe sur les ondes est celle d’une ondine qui se cache sous les roses de « la maison où elle a grandi ». Mais sa rose à elle est unique, c’est « son amie » et elle lui rappelle « des tas de choses » et aussi « qu’on est bien peu de chose » …

Bob Dylan, David Bowie, Mick Jagger, et tous ceux qui « aiment les filles » trouvent aussi que la rose au jardin est « mignonne » et qu’il faut aller la voir… Mais quand les yéyés roulent avec leurs yoyos, à peine « éclose », elle avance précieuse, enveloppée dans « les plis de sa robe pourprée » dessinée à la mode de l’époque par André Courrèges ou Paco Rabanne ; et rien ne dérange, et rien ne fait fausse note quand elle envoie son message tout personnel.

C’est désormais « le temps de l’amour et de l’aventure » et « son cœur de silex vite prend feu ». Cette vie nouvelle, elle ne veut la manquer, « sous aucun prétexte ». « Maintenant, la ville est là, les lumières, les amis, la chance » … Mais un soir, hélas, elle sent que le vent tourne et que « le Temps passe à pas de géant ». Du fond de sa conscience à marée basse, elle écrit : « Les fleurs que j’aimais tant ont disparu, où sont les pierres, où sont les roses ? » Elle avait prévenu dans une autre chanson : « Aucun sable ni la dune n’arrête le sablier quand je prendrai le large. »

Aujourd’hui, l’ondine s’est en allée mais elle nous a « fait une place dans sa bulle » et, sur les ondes, a laissé son sillage et son microsillon, la marque d’un accord de guitare, d’un vent léger : « Blowing in the wind ».

 

Françoise Hardy : comment lui dire adieu ?

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