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Dosette de lecture n°125 : Voltaire : « Micromégas ». La guerre pour la Terre ou la boue

Publié le par Eric Bertrand

D’où viennent toutes les guerres et pourquoi « des atomes intelligents, ayant si peu de matière et paraissant tout esprit » se comportent-ils comme « un assemblage de fous, de méchants et de malheureux » ? La question, hélas de sinistre actualité, est posée une fois de plus par Voltaire qui s’interroge souvent sur la guerre comme dans un chapitre fameux de son « Candide » ou un article de son « Dictionnaire philosophique ».

Dans le petit conte « Micromégas », il imagine le passage sur la Terre de deux géants qui voyagent dans l’espace et qui s’émerveillent d’abord de ce petit globe perdu dans l’immensité. L’occasion leur est donnée bien évidemment de rencontrer des hommes et d’assister au spectacle de la guerre qu’ils ne comprennent pas. Ils demandent alors « naïvement » des explications à un philosophe qui leur répond de la façon suivante : « Nous avons plus de matière qu’il ne nous en faut pour faire beaucoup de mal, si le mal vient de la matière, et trop d’esprit si le mal vient de l’esprit. Savez-vous bien par exemple qu’à l’heure que je vous parle, il y a cent mille fous de notre espèce, couverts de chapeaux qui tuent cent mille autres animaux couverts d’un turban, ou qui sont massacrés par eux ? »

La guerre serait-elle un mal nécessaire lié l’imparfaite nature humaine ? Par le truchement de son philosophe, Voltaire invoque une autre raison qui, elle aussi fait écho aux guerres d’aujourd’hui : « Il s’agit de quelques tas de boue grands comme votre talon. » La revendication des terres déchaîne en effet chez les dirigeants une folie picrocholienne pour reprendre un terme cher à Rabelais. Pas moins que l’enragé Picrochole dans « Gargantua », les « barbares sédentaires qui du fond de leur cabinet ordonnent le massacre d’un million d’hommes » ne méritent le respect des voyageurs stellaires qui pourraient bien aussi se demander pourquoi tous ces dirigeants ne conjuguent pas leurs efforts à sauver une planète que l’homme a mis en piteux état, au lieu de la détruire tous les jours un peu davantage…

Dosette de lecture n°125 : Voltaire : « Micromégas ». La guerre pour la Terre ou la boue

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Dosette de lecture n°124 : Barbey d’Aurevilly : « Une Vieille maitresse ». Le chiffon rouge de la passion

Publié le par Eric Bertrand

Quel pouvoir surnaturel la fille d’un toréador peut-elle exercer sur un libertin qui vient d’épouser la femme qu’il aime, la belle et aristocratique Hermangarde de Polastron ? « La vieille maitresse » qui a passé « un serment de sang » avec son ancien amant s’appelle Vellini. C’est une Malagaise, et son tempérament de feu et son impétuosité rappellent celui de ces « diaboliques » que Barbey a mises en scène dans un autre recueil tout aussi édifiant. Bien que le couple se soit retiré dans son manoir, au cœur de l’hiver, rien ne semble pouvoir arrêter la frénétique Vellini dont le désir est une lame de fond…

Comme dans tous les romans de cet auteur, originaire du Cotentin, le lecteur retrouve l’âpreté et la sauvagerie de cette côte romantique qu’il connaît bien et qu’il se plaît à décrire en y insufflant une violence et une magie souvent empruntées à Shakespeare et aux légendes qui rôdent dans une presqu’île bien éloignée des salons parisiens et de toute civilisation, une presqu’île découpée et austère où soufflent le vent et la passion. Dans un autre roman, « L’Ensorcelée » dont le titre pourrait convenir au héros de cette histoire, il écrivait : « J’ai tâché de faire du Shakespeare dans un fossé du Cotentin ». Nul doute que la romance entre la jeune épouse et le libertin repenti ne prenne, dans ces landes dignes des sorcières de Macbeth, des couleurs tragiques.

Dosette de lecture n°124 : Barbey d’Aurevilly : « Une Vieille maitresse ». Le chiffon rouge de la passion

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Dosette de lecture n°123 : Théophile Gautier : "Avatar". La passion sous la peau

Publié le par Eric Bertrand

Jusqu’où la passion amoureuse peut-elle entrainer un personnage prêt à tout pour obtenir satisfaction auprès de son Idole ? Dans son recueil de nouvelles fantastiques, Gautier affectionne ce genre de réflexion à travers des récits où les époques et les figures de la Beauté inspirent à celui que Baudelaire appelait « le poète impeccable » des histoires incroyables. Et ces histoires permettent au lecteur de voyager dans le temps et dans l’espace, avec comme seul véhicule, le désir ardent et la passion.

Dans le récit « Avatar », le jeune Octave est tombé fou amoureux d’une femme mariée profondément attachée et fidèle à son mari. Pour parvenir à ses fins, il ne lui reste d’autres solutions que la magie. Il a recours à un vieux sage qui a vécu en Inde et qui pratique l’art de la réincarnation. Entre les mains de ce Méphistophélès, Octave choisit d’abandonner son enveloppe charnelle et de se transporter dans celle du mari afin d’abuser la douce épouse.

Mais le changement de peau suffira-t-il pour leurrer la belle ? Ce genre de prestidigitation a déjà causé la perte d’autres personnages illustres : on se souvient par exemple d’Uther Pendragon suppliant l’enchanteur Merlin de lui donner l’apparence du Duc de Cornouailles, époux de la belle Ygraine pour obtenir avec elle une nuit d’amour. La passion se respire-t-elle toujours à fleur de peau ?

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Abbé Pierre : vices cachés sous la robe de bure

Publié le par Eric Bertrand

Sitôt que les médias sont aux trousses d’une affaire de mœurs, et qui plus est aux trousses d’un prêtre qui se prend les pieds dans sa chasuble, les têtes tombent vite. Flaubert écrivait : « Il ne faut jamais toucher aux idoles, il en reste toujours quelque chose aux doigts ». Dans le cas présent, c’est « l’idole » qui s’est mise à « toucher »… Et bien davantage encore.

Pourtant, quelle icône était cet abbé Pierre, au visage de Christ, aux allures de mendiant éclairé, à la voix de prophète allant obstinément par les chemins pour répandre la bonne parole et défendre la grande idée de l’amour du prochain. Figure absolue du renoncement aux plaisirs terrestres, incarnation de l’abstinence sous la robe de bure et les plis du discours charitable, engagé en faveur des déshérités et de tous ceux que la société capitaliste continue de bouter dans le fossé.

En son temps, Roland Barthes, expert en « mythologies » n’a pas manqué de signaler dans son article « Iconographie de l’abbé Pierre », les qualités du personnage : « L’atout précieux : la tête de l’abbé, le regard bon, la coupe franciscaine, la barbe missionnaire, tout cela complété par la canadienne du prêtre-ouvrier et la canne du pèlerin » C’était en 1957, après le terrible hiver 54 et l’obstiné combat mené par le valeureux abbé. Dans cet article, Roland Barthes pointe particulièrement deux de ces « coquetteries » qu’il juge suspectes : la coupe de cheveux, « archétype capillaire de la sainteté », et « la barbe ecclésiastique qui veut signifier apostolat et pauvreté ». Le sémiologue émet en effet un léger soupçon quant à la correspondance profonde entre l’apparence affichée et la vérité profonde.

Et, après plus de soixante-dix ans, les faits sont accablants : le masque de l’héroïque pèlerin vient de tomber, comme était tombé celui de l’un des personnages principaux du roman de Hugo, l’archidiacre Claude Frollo qui, du haut des tours de Notre Dame, lorsqu’il s’approche de la troublante Esméralda, perd soudain toute son austérité, s’enflamme et accuse le démon.

Abbé Pierre : vices cachés sous la robe de bure

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Dosette de lecture n°122 : Marc Dugain : Tsunami. L’assiette instable

Publié le par Eric Bertrand

A quelles difficultés un homme d’État est-il confronté dans un pays qui ne cesse d’évoluer et d’essayer de soigner ses plaies ? C’est le sujet de ce roman de légère anticipation qui choisit de prendre le point de vue du Président français pour évaluer les choix qu’il fait pour « régner » et naviguer entre les différents récifs qui se présentent à lui : développement de l’intelligence artificielle, environnement, sécurité, violence des manifestants et violence policière, surveillance de l’individu, contre-pouvoir des réseaux, influence des puissances étrangères…

Comment un homme seul, confronté également à ses problèmes personnels, parvient-il à endosser un tel fardeau ? Peut-il se doper ou trouver des appuis dans son entourage ou dans le parti-pris du cynisme ? À moins que l’exercice du pouvoir ne le grise et ne l’amène à trouver la solution davantage dans « la multiplication des problèmes que dans leur résolution ».

Dosette de lecture n°122 : Marc Dugain : Tsunami. L’assiette instable

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