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Dosette de lecture n°130 : Barbey d’Aurevilly : « L’Ensorcelée ». Le diable est au clocher

Publié le par Eric Bertrand

           Quel impact le paysage du Cotentin a-t-il sur la création d’un univers romanesque ? Cette belle région du nord-ouest qui ressemble par ses landes et sa côte découpée à la Bretagne et à l’Écosse dont il la rapproche souvent constitue l’un des attraits des romans de Barbey. « Qui ne sait le charme des landes ? Elles sont comme les lambeaux, laissés sur le sol, d’une poésie primitive et sauvage que la main et la herse de l’homme ont déchirée. »
           Les personnages qui hantent ces lieux semblent sortis tout droit des landes de Walter Scott ou de « Macbeth » que l’auteur admirait, lui qui écrit à propos de son roman : « J’ai tâché de faire du Shakespeare dans un fossé du Cotentin ». Et dans ces contrées sauvages et désertées du XIX° siècle romantique, le lecteur croise des pâtres sorciers, dotés de pouvoirs diaboliques, une vieille femme qui a le don de lire dans l’avenir, et un ancien chouan devenu prêtre, l’abbé de la Croix-Jugan, naguères torturé par les Bleus et dont le visage labouré inspire à l’aristocrate Jeanne Le Hardouay « Un amour à monter dans le clocher quand il brûle ».

 

 

Dosette de lecture n°130 : Barbey d’Aurevilly : « L’Ensorcelée ». Le diable est au clocher

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Chanter « la Californie » avec Julien Clerc ou Joe Dassin au risque d’être trumpés...

Publié le par Eric Bertrand

Trump ; Amérique ; Julien Clerc

Trump ; Amérique ; Julien Clerc

« La Californie est une frontière entre mer et terre, le désert et la vie … »
         Il y a toujours eu dans les chansons de Julien Clerc et de tant d’autres une part de rêve et de méfiance à propos de l’Amérique. Rappelle-toi la troupe de « Hair » à Broadway… « Je vois ma vie se projeter dans l’espace… Au bout de l’Atlantique, je suis un génie, génie ».
À dix-sept ans, bien avant d’aller « taper la route », toi aussi, tu te projetais ! Tu te laissais pousser des bouclettes et tu portais chèche dans le cou, sac sur le dos et guitare au côté. Tu commençais à faire de l’auto-stop et tu réclamais le « pouvoir des fleurs ». Tu lisais Jack London et rêvais à l’Amérique des chercheurs d’or, des « Vagabonds du rail » et de « l’Appel sauvage ». Tu étais un loup de liberté, de désir et d’envie. Tu avais le croc blanc de convoitise et tu rêvais de Californie : « La Californie est une frontière entre mer et terre, le désert et la vie »
        Mais à cette époque, tu étais encore un lycée, pas assez Rolo pour être baroudeur. Alors tu regardais ce jeune chanteur aux cheveux bouclés à qui tu t’identifiais de plus en plus et dont tu retenais par cœur les meilleurs des couplets écrits par Maurice Vallet et par Etienne Roda-Gil : « Les chercheurs ont laissé leurs pioches et leurs tamis, l’or étant devenu sourd à leur triste folie… » Les horizons s’ouvraient, tu écoutais Scott Mackenzie, Mamas and papas et Supertramp ; tu voulais troquer ton appareil dentaire contre l’harmonica de Bob Dylan et, sur la route, devenir « caravanier » avec « des cheveux bien trop longs pour la région, et une chemise dont les trous rêvent de te suivre un peu partout ».
Tout au long de la « country road » de Johnny Cash et de John Denver, du côté du Tennessee, ou au bout de la route 66 chère aussi à Johnny et à Eddy Mitchell, il y avait la poésie des « clochards célestes » et les pages du tapuscrit de Jack Kérouac. Tu voyais ta vie « se projeter dans l’espace » et tu te récitais du Rimbaud et du Walt Whitman : « À pied, le cœur léger, je prends la grand-route, bien portant, dégagé, le monde devant moi, devant moi le long chemin poudreux conduisant où je veux… »

Aujourd’hui, tu fermes les yeux, tu penses aux « Indiens bleus, aux lianes enchevêtrées », aux peuples « réfugiés », aux « hommes qui ont nagé » pour atteindre à « cette terre qu’il faudra bien un jour partager » … « Les palétuviers dorment sous le vent, la cannelle fauve embaume ton temps » et tu nous sens « Pétrifiés dans nos manteaux d’hiver, refoulés aux frontières du mensonge… Tués par des rêves chimériques, écrasés de certitude, dans un monde glacé de solitude… »
Dans cette Amérique frappée par le changement climatique où, à chaque été, les incendies embrasent les forêts et renversent les grands séquoias, où les cyclones défoncent les murs et les barrières, dans cette Amérique siliconée qui rêve de fusées et de bitcoins, quel est donc le président, « le prince charmant près des orangers » qui osera chanter encore « la chanson de l’Eldorado » ?  

 

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Dosette de lecture n°129 : Aragon : « Aurélien ». Lorsque Racine « chante dans la vie » d’un rescapé de la guerre de 14

Publié le par Eric Bertrand

Quelles blessures un jeune homme qui a connu à 18 ans l’enfer des tranchées porte-t-il en lui lorsqu’il revient à la vie parisienne et légère des années 20 ? C’est dans un Paris de la galanterie et du dilettantisme où l’art et l’ennui tiennent une grande place que le héros désabusé de ce roman rencontre une femme mariée, Bérénice Morel.  Son charme étrange et inattendu finit par le captiver. Elle porte le prénom de la Reine égyptienne qu’aime l’empereur Titus dans la pièce de Racine. Ce simple détail contribue à envelopper Aurélien dans la draperie d’une passion dévorante. De son côté, la jeune provinciale en séjour pour quelques semaines dans la capitale idéalise leur relation au point d’imposer une distance et un frein à l’urgence de leur désir.

Pendant plus de vingt ans, les deux amants ne se revoient pas et chacun vit sa vie de son côté, même si la mémoire subsiste ainsi que le récit hagiographique de leur rencontre à Paris. Lorsque la guerre de 40 arrive, le hasard les réunit enfin : comment le temps les a-t-il changés ? Que gardent-ils de leur passé ? Quel rapprochement l’épisode furtif des retrouvailles autorise-t-il encore ? « Vous êtes tout ce qui a jamais chanté dans ma vie » murmure Aurélien au moment où il constate que « cela le dérangeait, cela lui détruisait sa Bérénice, cela mesurait la distance qu’il y avait entre la poupée de sa mémoire et cette femme vivante »

Dosette de lecture n°129 : Aragon : « Aurélien ». Lorsque Racine « chante dans la vie » d’un rescapé de la guerre de 14

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Site d’auteur remanié : vers davantage d’échanges avec les lecteurs...

Publié le par Eric Bertrand

Mon site d’auteur existait depuis des années (autour de 1997 !) et devenait un véritable pachyderme, alourdi d’articles, de vidéos, de photos et d’extraits de pièces de théâtre, de conférences, d’émissions télé ou radio… Tous ces documents illustraient à la fois mes pièces de théâtre et mes livres (environ 25 publiés depuis 1993).

Il était temps de lui faire subir un allègement et de braquer les projecteurs sur les derniers événements… Merci à Jennifer pour cette importante remise à jour. L’idée est de clarifier l’ensemble et de fluidifier la visite afin de faciliter les échanges avec une communauté de lecteurs que je vais aussi constituer sur le site auteur de mon compte Facebook. N’hésitez pas à m’adresser vos retours !

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Dosette de lecture n°128 : François Mauriac : Génitrix : Les forces de chaux et de sable

Publié le par Eric Bertrand

Quel effet le sol et le milieu peuvent-ils exercer sur les personnages des romans de Mauriac ? « Toi, bâti à chaux et à sable » ironise la vieille Cazenaze à propos de l’état de santé de son quinquagénaire de fils qu’elle évalue du haut de son autorité de « génitrice ».

             On s’étiole et on ne bouge pas chez ce romancier. Les forces centripètes régissent l’univers des bastides au creux desquelles déclinent les vieilles familles bourgeoises, enferrées dans leurs principes et leurs certitudes. C’est la raison pour laquelle la rumeur, la terre, les pulsions qui ne sortent pas de leurs gonds tiennent une place si grande dans ces romans écrits pour la plupart dans l’une de ces propriétés des Landes ou du Bordelais qu’a habitées l’écrivain.

             D’après son propre témoignage, il sentait sur sa table la vibration des trains qui passaient dans la vallée. « Autour du drame interrompu, les grands arbres : tulipiers, peupliers carolins, platanes, chênes, agitaient leur feuillage pluvieux sous le ciel amolli. Rien n’est moins accessible aux regards, ni plus propice au mystère que ces domaines ceints de murs et enserrés si étroitement d’arbres qu’il semble que les êtres qui vivent là n’aient aucune autre communication qu’entre eux ou avec le ciel »

             Cette réalité décrite vaut aussi comme métaphore de tout le roman.

             Au début de Génitrix la femme de Fernand est délaissée dans la chambre où elle vient de faire une fausse couche et elle regarde « un verre d’eau vert à filet d’or que la manœuvre d’une locomotive fit vibrer car la gare était voisine ». Mathilde n’est pas la belle-fille souhaitée, elle a ordre de se tenir à l’écart. Le silence doit régner dans ces maisons où la sieste est sacrée. Pas un bruit ne vient troubler les dormeurs comme dans la demeure du Baiser au lépreux, autre roman de Mauriac où le père impose aussi un silence rituel.

             Mathilde est une « intruse » dans le huis-clos des propriétés. Quand il l’a connue, le fils est allé la guetter, la petite institutrice, cousine de la famille Lachassaigne : dans le parc des Lachassaigne situé à côté de celui des Cazenaze, il était attiré par cette fille qui arrivait de l’extérieur pour donner ses cours à une « enfant étique et demeurée ». Elle venait d’une maison basse de Bordeaux, « ce qui à Bordeaux s’appelle une échoppe » et, « accoutumée à cette gloutonnerie du regard, à cette attention goulue des hommes », elle a vite remarqué le manège de Fernand Cazenaze qui l’épiait à travers la haie et qui fumait là, en cachette de sa mère.

             Mais, comme « le soleil maternel » n’était pas à ses côtés, comment le fils, « terre désorbitée » pouvait-il bien « tourner dans le vide » ?

Dosette de lecture n°128 : François Mauriac : Génitrix :  Les forces de chaux et de sable

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