Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Dosette de lecture n°104 : Toni Morrison, « Home » : La force du sang

Publié le par Eric Bertrand

D’où revient-on vraiment lorsqu’on a traversé une épreuve telle que celle que la vie peut réserver ? Le héros de ce roman a survécu à la guerre de Corée. Traumatisé, angoissé, fébrile, il revient aux Etats-Unis par Seattle et traîne sa misère dans un monde qui lui paraît étranger. Jusqu’au jour où il reçoit une lettre qui va tout changer et redonner un sens à sa vie. Sa petite sœur Cee qui habite dans l’État de Géorgie manifeste sa volonté de le revoir d’autant qu’elle est en danger et qu’elle a un urgent besoin de ce frère, seul membre de sa famille sur qui elle peut compter

Pas une minute à perdre. Il faut partir tout de suite, voyager, aller vers le sud, surmonter ses angoisses et enfin un matin, en même temps que les autres travailleurs dans le bus d’Atlanta, se fondre dans la masse et accepter de « commencer la journée » : « Une fois passé le quartier commerçant de la ville, ils descendirent un par un tels des plongeurs pénétrant de mauvaise grâce dans une eau peu engageante, bien au-dessus de la pollution en contrebas. Parvenus au fond, ils chercheraient partout les débris, les ordures, réapprovisionneraient les récifs et repousseraient vers le bas les prédateurs nageant entre les algues dentelées. Ils nettoieraient, cuisineraient, serviraient, surveilleraient, blanchiraient, désherberaient et tondraient. »

De son côté, la petite sœur est devenue une jeune femme et la vie n’est pas simple pour elle non plus, mais une voix la guide et l’aide à surmonter les épreuves : « Ne compte que sur toi-même. Tu es libre. Rien ni personne n’est obligé de te secourir à part toi. Sème dans ton propre jardin. (Ne laisse personne décider qui tu es.) C’est ça, l’esclavage. Quelque part au fond de toi, il y a cette personne libre dont je parle. Trouve-la et laisse-la faire du bien dans le monde. »

Dosette de lecture n°104 : Toni Morrison, « Home » : La force du sang

Voir les commentaires

Une scène répétée sous le ciel de Rome

Publié le par Eric Bertrand

Grands oiseaux de présage, les avions passent au cœur des fumées de Fiumicino et, dans le mouvement d’horlogerie mal réglé des trottinettes, vespas et Fiat 500 tout feux rouges allumés, parmi les ruines et les bâtiments antiques, comme un Vésuve au-dessus de la ville éternelle, le Temps enfume les vivants.

Sous ce tremblement des heures, parmi les magnolias où courent les vertes perruches, éclairs vifs sous les palmiers en lampadaires, ces acteurs éphémères jouent leur scène entre les toits embrasés de Trastevere et la Place dorée del Popolo. Et les statues muettes et blanches baissent les yeux sous le soleil d’Apollon tandis qu’avancent les Vénus aux jambes nues, aux robes ouvertes et légères, les femmes aux visages peints, blafards sous le fard. À coups de pinceaux, les faux-cils, les breloques, les perles et les tatouages essaient, sur la toile de la peau et du papyrus brun, des vaguelettes d’écriture. Et la toile bouge jusque dans les fontaines où les Tritons pleurent toutes les larmes d’eau. Sur leurs écrans, les hommes tuent le temps, de leurs grands ongles, les filles effleurent les touches des portables et font semblant d’ignorer les touches et les œillades.

Et le Temps glisse, réfléchit les miroirs, les silhouettes, les yeux ravis, éplorés comme les figures sur les tableaux des musées, des galeries dans les palazzi, les villas. Les odeurs moulues du café, les parfums de glace fondue, l’émiettement de la pâte à pizza à la bouche des serveurs, le « sfumato » du cappuccino, moustache de chocolat sur les lèvres montent vers les nuages ou retombent sous la terre.

Tout au long des quais, le Tibre creuse la pierre et inscrit dans la durée cette minute d’existence au fil d’or de la ville éternelle.

Rome

Rome

Voir les commentaires

Muses écossaises...

Publié le par Eric Bertrand

Tes muses ce sont les mouettes et les oiseaux de mer qui envoient des éclairs de fiente dans le ciel électrique.

Au rythme des courants d’air, elles dansent, griffent et criaillent, te parlent de falaises à pic et de trous dans les rocs ; de grands albatros qu’elles n’osent pas suivre, de voiles hissées et de brule-gueules ; d’odeurs de mazout et de tourbe ; de charognes essorées par les tempêtes, de dauphins échoués et de viandes pourries ; de cet estomac d’Écosse qui pue les beans, le haggis et le fish and chips ; et puis de ces gros morceaux de ciel bleu qu’elles déchirent à coups de becs.

Tes muses ce sont les mouettes et les goélands. Et tu cries avec elles dès ton réveil, quand le soleil monte en cornemuse dans le ciel et dévore les nuages.

Muses écossaises...

Voir les commentaires

Dosette de lecture n°103 : Émile Zola : La Curée : Silencieuse poupée de son

Publié le par Eric Bertrand

Comment une femme devient-elle la marionnette d’un homme de pouvoir ? Lorsque, sous le Second Empire, Zola assimile les spéculateurs de tout poil aux chiens de la curée, affamés d’or et de profit, il met en scène la délicate Renée qui devient, à l’issue d’une première manœuvre douteuse, l’épouse d’Aristide Rougon. Ce provincial fraichement débarqué de Plassans est prêt à tous les tripotages pour s’enrichir et jouir d’un Paris en pleine refonte.

Le rêve d’une « pluie de pièces d’or sur la ville » de cet oncle Picsou qui se fait très vite appeler « Saccard » ne tarde pas à se réaliser. Dans l’euphorie de la réussite, Saccard fait de l’ostentation. Il parade dans son splendide hôtel particulier, circule dans une voiture à armoiries et exhibe sa femme en la parant des plus belles robes et des plus beaux bijoux.

Sous ce corps désiré et désirable, farci par les fantasmes d’une société décadente, Renée n’est plus rien qu’une nymphe Écho de Carnaval, condamnée à laisser résonner en elle les cris d’une figure frustrée par la meute des Narcisse. À l’issue du bal masqué de la Mi-Carême, elle en prend cruellement conscience devant son miroir. « Mais elle ne voyait que ses cuisses roses, ses hanches roses, cette étrange femme de soie rose qu’elle avait devant elle et dont la peau de fine étoffe, aux mailles serrées, semblait faite pour des amours de pantins et de poupées. Elle en était arrivée à cela, à être une grande poupée dont la poitrine déchirée ne laissait échapper qu’un filet de son ».

 

Dosette de lecture n°103 : Émile Zola : La Curée : Silencieuse poupée de son

Voir les commentaires

Rimbaud et Jeanne-Marie... Histoire d'amour.

Publié le par Eric Bertrand

Découvrez Arthur Rimbaud comme vous ne le soupçonniez pas au fil de sa vie tourmentée d'aventurier des mots et des horizons lointains...

Avec quelques jours d'avance, "Over the Rimbaud" est arrivé... Avant sa sortie officielle en début avril, vous pouvez l'obtenir en le commandant chez Éditions Hello ou en vous adressant directement à moi en message privé ou prochainement à l’Espace culturel de Lagord si vous souhaitez une dédicace.

Voir l'interview sur mon site ou directement ici : https://www.facebook.com/watch/?v=917178753296140

Rimbaud et Jeanne-Marie... Histoire d'amour.

Voir les commentaires