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Dosette de lecture n°139 : Philippe Collin : « Le Barman du Ritz », À la table tournante d’un Ritz de cristal

Publié le par Eric Bertrand

           De quelle façon peut-on, sous l’Occupation, « épater les Boches » quand on est « deux Juifs pris au piège » dans le Ritz ? C’est la question que se pose l’auteur en observant avec beaucoup d’attention le savoir-faire du barman, Franz Meier et de son souple et furtif apprenti, Luciano ; la réponse semble être dans cette formule de légionnaire qui agit sur eux comme un mantra : « Trouve le chemin entre deux lignes, bouge, rampe, crapahute ! » Et pour cela, il n’y a qu’une règle : « ôter les gants blancs et se salir les mains. »
           Dans l’air contaminé par la montée irrésistible de la peste brune, grisés par les vapeurs du gin, du whisky, des vins et des champagnes grands crus, étourdis par les cocktails concoctés spécialement pour chaque client, les officiers allemands attirés comme des mouches, les délateurs de tout poil, les corbeaux, bref tout « un essaim de frelons » viennent se brûler les ailes au comptoir du Ritz. Comme l’affirme un autre bourdon prestigieux, le tortueux écrivain Junger qui, à cette période, se pique d’entomologie, « On apprend beaucoup des hommes en observant les insectes ». Fort de son talent et de sa réputation, le vibrant barman laisse flotter son filet au-dessus de la ruche et regrette, en son for intérieur sa période légère et euphorique à New York, quand il était ami avec de fameux noceurs. Une photo de Scott Fitzgerald trône d’ailleurs au-dessus de son bar. Tendre est la nuit !
             Entre 1940 et 1944, de plus en plus figé à son comptoir, englué, emmiellé, tel « un châtelain » au sein d’un « palais de conte de fée », il fait tourner ces « Petits verres du secret » qui le mettent au centre d’une bourdonnante arène où les joueurs multiplient les atouts et posent sur la table vérités et mensonges, vice et convoitise, fantaisies et bravades au risque de tout faire voler en éclats.

 

 

Dosette de lecture n°139 : Philippe Collin : « Le Barman du Ritz », À la table tournante d’un Ritz de cristal

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Dans l’atelier d’un livre, épisode 8 : le défi de l’intelligence artificielle

Publié le par Eric Bertrand

          Et tout d’abord, je vous présente tous mes vœux de santé et de bonheur et des heures de lecture délicieuses, loin des tracasseries et de la furie du monde…
 
           Partons simplement de l’idée que la lecture est une citadelle inexpugnable, un repère et une balise du cerveau qui, pour reprendre les termes qu’emploie le neuroscientifique Raphaël Gaillard dans son essai « L’Homme augmenté », offre justement à l’homme l’occasion de se protéger et même de « s’augmenter » en sollicitant toujours davantage les zones sensibles de sa conscience. « Un livre, de plomb ou de papier, c’est déjà une annexe de notre cerveau, une prothèse cérébrale, un hors-de-soi que nous acceptons de partager et qui en retour nous transforme. »
             Mais prenons garde à ne pas céder du terrain car la concurrence est rude ces temps-ci et la lecture n’est plus le propre de l’homme ! En effet, si l’intelligence artificielle est à ce point en mesure de se développer, c’est avant tout parce qu’elle se nourrit de ce qu’on lui donne à lire.
             On voit tout de suite le défi qui se pose. Cette curieuse insatiable a si bien accaparé le langage qu’elle s’y est accoutumée. Par conséquent, elle semble en mesure de faire concurrence aux meilleurs des lecteurs. Les surpasse-t-elle pour autant ? Et quelles sont ses limites ? Quel territoire de la lecture ne peut-elle pas encore conquérir ? Et si, d’aventure, elle se pique d’écrire, parviendra-t-elle à séduire son lecteur au point de l’aliéner ?
              Sommes-nous à ce point démunis et les livres ne peuvent-ils pas nous protéger ? Les livres constituent d’abord des réserves intarissables de mots variés et charnus, et ces signes linguistiques qui nous arrivent les premiers à l’hémisphère gauche du cerveau sont aussitôt décryptés puis épluchés avant d’infuser en nous. Exploitons-en la richesse.

              La semaine prochaine, je reviendrai sur quelques-uns de ces ouvrages qui pèsent dans la conscience de mes personnages et qui garantissent leur préservation.
PS : « Lire et pâlir à sa vue » est en bonne voie, vous pouvez aujourd’hui découvrir la couverture et la quatrième via le lien suivant : https://ericbertrand-auteur.net/En-cours-creation-parution.htm

 

Dans l’atelier d’un livre, épisode 8 : le défi de l’intelligence artificielle

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Dosette de lecture n°138 : H.G Wells : « La Machine à explorer le temps » Un homme augmenté ?

Publié le par Eric Bertrand

            Que deviendra l’homme dans les siècles à venir ? L’esclave des machines ? La victime aux abois des dictatures ? Un spectre sur la pellicule du temps ? Une voix inarticulée sur fond de bruit et de fureur ? C’est une question qu’on est en droit de se poser en ce début d’année, après un quart de XXI° siècle…
            La vision que les grands romans de science-fiction du XX° siècle donnent de l’espèce humaine n’est pas réjouissante et, à bord d’une machine que ne renierait pas Elon Musk, le voyageur dans le temps que Wells met en scène est confronté, lors de l’une de ses escales dans l’avenir, à une humanité bien falote et dont le rayonnement a perdu tout éclat.

 

 

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Lire dans l’atelier du livre : épisode 7 : la lecture et l’écriture sous la plume de l’intelligence artificielle.

Publié le par Eric Bertrand

          L’une des angoisses des créateurs, et j’ai déjà eu l’occasion d’en discuter avec certains collègues écrivains ou lecteurs affolés par le développement félin de l’intelligence artificielle et de ce Chat GPT qui prend des airs de Raminagrobis, c’est de voir s’imposer peu à peu dans nos sociétés la présence d’un mauvais génie capable de nous remplacer, de réduire notre regard sur le monde et d’endormir davantage encore notre part de réflexion.
          Je ne fais pas là de dystopie car ces outils sont hélas déjà très performants et encouragent par exemple les élèves et les étudiants à la paresse. Même chose pour les enseignants qui peuvent lui demander de l’aide pour la construction de leurs cours. J’ai également constaté que des « formations de nouveaux auteurs » proposent des services visant à se servir de l’intelligence artificielle pour écrire et réussir un roman.
    La menace n’est pas nouvelle et elle touche tous les domaines de la création, musique, peinture, cinéma… Et dans un sens, pourquoi échouerait-elle dans ce secteur alors que, parallèlement, elle réussit des prodiges dans le domaine de l’imagerie médicale ou de la chirurgie ?  Ironie supplémentaire, je suis tombé il y a peu de temps sur une nouvelle de Roald Dhal (le gourmand auteur de « Charlie et la Chocolaterie »), écrite en 1953 : « The Great automatic grammatizator » : elle va entièrement dans ce sens. Il imagine en effet une machine capable de produire tous les articles nécessaires au fonctionnement d’un journal, lequel s’empresse de « remercier » tous ses auteurs, tellement fragiles il est vrai et toujours sujets à de fâcheuses variations d’humeurs.
    J’ai donc, dans ma dystopie, étroitement mêlé la question de l’intelligence artificielle à celle de la lecture. De quelle façon ? Je ne le révèlerai pas car ce serait enlever l’un des intérêts majeurs de la progression de mon intrigue, mais, la semaine prochaine, je reviendrai sur cette question de l’intelligence artificielle qui tient toute sa place.
    Et en attendant, je vous souhaite un joyeux second réveillon, émaillé d’intelligence naturelle !

 

 

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Dosette de lecture n°137 : Philippe Lanson : « Le Lambeau », quand la vie ne tient plus qu’à un fil.

Publié le par Eric Bertrand

            Comment écrire après le traumatisme d’un massacre ? Et comment apprivoiser un corps meurtri, déréglé, étranger, incapable désormais de se projeter dans l’avenir, pas plus d’ailleurs que dans le passé. Le journaliste chroniqueur à Charlie Hebdo revient sur ce moment effroyable de l’attaque à sa rédaction, rue Nicolas Appert, attaque à laquelle il a miraculeusement survécu à ses collègues dont il revoit toujours le visage ensanglanté, « de l’autre côté de la rive ».
            De son côté, il est devenu ce « lambeau » de la chambre 106 que le personnel de l’hôpital et du service de stomatologie répare comme il peut, conscient de ce qu’il est devenu aux yeux des autres comme l’indiquent ces vers de Racine : « un horrible mélange / D’os et de chairs meurtris, et traînés dans la fange / Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux, / Que des chiens dévorants se disputaient entre eux. »
Commence alors le long et délicat processus de reconstruction ; tenter de le soigner, de lui refaire la mâchoire avec un morceau de péroné, c’est s’efforcer de « mettre du mécanique sur du vivant », et d’y insinuer le rire ou au moins le grincement de l’ironie. Le souvenir de ses collègues hante le narrateur ; Volinski, Bernard Maris, Tignous, Cabu sont toujours là et, avec ou sans Bergson, il ne peut se résoudre à cette idée que « soudain, ils ne riaient plus ».
              La chambre qu’il occupe l’écarte du monde réel, le ramène obstinément à son corps, à ses souffrances, à ces nécessaires et rituelles interventions chirurgicales que rythme le ballet familier des visiteurs et des infirmières.

 

 

 Dosette de lecture n°137 : Philippe Lanson : « Le Lambeau », quand la vie ne tient plus qu’à un fil.

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