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Dosette de lecture n°108 : Jean-Baptiste Andréa, « Veiller sur elle ». Les yeux et les mains du sculpteur

Publié le par Eric Bertrand

        Quel charme inexplicable peut émaner d’une œuvre d’art au point de profondément troubler ceux qui en approchent ? Combien d’entre nous ont connu ce vacillement, cet effondrement du corps qu’on nomme « syndrome de Stendhal » ?

La Pietà de Mimo Vitaliani, héros du roman de Jean-Baptiste Andréa, est une sculpture qui produit ce bouleversement sur de nombreux fidèles, aussi est-elle retirée de la circulation par le Vatican. En effet, la grâce sensuelle qui émane de cette statue dérange l’institution religieuse d’autant que le sujet traité est en principe voué à l’édification, non à la séduction.

Mais derrière la « Marie » de La Pietà, il y a une femme amoureuse, une certaine Viola Orsini que le sculpteur a toujours tendrement aimée et qui continue de l’inspirer, même après la mort…

Dosette de lecture n°108 : Jean-Baptiste Andréa, « Veiller sur elle ». Les yeux et les mains du sculpteur

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Dosette de lecture n°107 : Sylvie Germain, « Magnus », Les métamorphoses d’un ours en peluche

Publié le par Eric Bertrand

Comment procéder pour remonter le temps et comprendre ce que les proches et la mémoire ont toujours tâché de masquer ? Le héros de ce roman est un enfant partiellement amnésique dont les parents, Théa et Clémens Dunkeltal, ont été engagés dans le nazisme, visages rayonnants et triomphateurs entretenant leur propre légende jusqu’au moment de la débâcle…

Commence alors le long travail de reconstruction de l’identité de l’enfant qui se rattache irrésistiblement à son ours en peluche Magnus. C’est aussi l’enquête opiniâtre et patiente que l’auteure mène en parallèle pour plonger au cœur de la barbarie et du cynisme du III° Reich : « D’un éclat de météorite, on peut extraire quelques menus secrets concernant l’état originel de l’univers, d’un fragment d’os, on peut déduire la structure et l’aspect d’un animal préhistorique, d’un fossile végétal, l’ancienne présence d’une flore luxuriante dans une région à présent désertique (…) Écrire, c'est descendre dans la fosse du souffleur pour apprendre à écouter la langue respirer là où elle se tait, entre les mots, autour des mots, parfois au cœur des mots. »

 

Dosette de lecture n°107 : Sylvie Germain, « Magnus », Les métamorphoses d’un ours en peluche

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Dosette de lecture n°106 : Philippe Labro, « Un été dans l’Ouest », La loi de la route

Publié le par Eric Bertrand

Quelle expérience ramène-t-on lorsqu’on part pendant tout un été dans l’Ouest des États-Unis ? Quels personnages et quelles leçons la route génère-t-elle ? Cette question, je me la suis posée dans mes deux récits américains : « La Route, la poussière, le sable » (1993, Aléas Éditions) puis « Taper la route » (2017, Morvenn Éditions) ; ainsi, je ne pouvais qu’adhérer au beau livre de Philippe Labro qui raconte son séjour dans le Colorado. À l’issue d’une année d’université passée dans l’Est, « Frenchy » s’est engagé pour exercer, parmi des hommes rudes et imprévisibles, l’activité de bûcheron.

Ces personnages n’ont plus rien à voir avec ceux qu’il a pu côtoyer du côté de New-York. Chacun à sa façon apprend au jeune lecteur de Jack London la dure loi du Wild. Mais pour entamer son « apprentissage » au cœur des forêts, le « pied-tendre » doit « taper la route » et se méfier des rencontres malvenues même s’il en sort ébloui (mais meurtri) après avoir croisé une jeune fille vagabonde, équipée d’une guitare et d’un sac à dos et dont il continue toujours de chanter la chanson : « Et toi qui as mis ta guitare sur ton dos et qui as dit adieu aux bureaux, aux écoles et aux villes et qui as balancé ton baluchon kaki sur tes maigres épaules et qui tapes l’asphalte, la poussière, la pluie, la nuit, le ciment, écoute un peu que l’énumère la loi qui souffle avec le vent, la loi de la route. »

 

Dosette de lecture n°106 : Philippe Labro, « Un été dans l’Ouest », La loi de la route

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Du sang neuf pour le Père Cent à La Rochelle

Publié le par Eric Bertrand

Sur le boulevard du temps qui passe, à cent jours du bac, ils sont tous venus en défilé rejoindre le Père Cent, ces lycéens de La Rochelle vêtus de cent façons.

            Ils sont tous là, en farandoles et fêtes galantes, les Pierrot au visage lunaire, tombés de Vénus ou du septième ciel. Leur tente est à côté sur un coin de pelouse, calée au milieu des cartons MacDo et des canettes de bière. Au feu rouge d’après, des Colombine en tenue d'astronautes, semblablement grisées par les altitudes, n’en reviennent pas de ne plus atterrir en cours comme elles font d’habitude le mercredi.

            Elles épient discrètement de l’autre côté de la route ces drôles d’humains habillés en cônes de signalisation, ces bonnets d'ânes d’un genre différent, ces chapeaux de sorciers un peu allumés qui courent après deux ou trois des Sept nains, Grincheux, Joyeux, Atchoum. Où est Blanche-Neige !

            Quatre ou cinq Dalton du genre nerveux ont abandonné le campement : dans leur pyjama de bagnard, ils arpentent l’asphalte et braquent les passants. La soirée pyjama, c'était hier, aujourd'hui, c’est du sérieux : on passe le cap, on est des grands et on ne craint plus personne, même pas les caïds aux casquettes de matafs, même pas les grands dadais en tenue de bite gonflable, qui s’excitent au rond-point d’à côté !

            Sur la grande avenue, d'increvables bibendums naviguent gaîment sur les pneus increvables de l'aventure buissonnière. Des pêcheurs à la ligne sont installés à la marge, sans copies doubles, sans cahiers, faussement paisibles parmi les flux de voitures et les klaxons : ils pêchent à la mouche et n’ont plus l'encre sur les doigts, ni annotations, ni sanctions des garde-pêches. Ici, c’est un nouvel établissement qu’il dirigent : on n'aime pas l'encre rouge et on préfère le rouge des roses et le rose du sang qui fait taper le cœur et rougir les joues. On ne tolère les mauvaises notes que lorsqu’elles sont jouées sur la guitare ou le banjo.

            Et tant pis si on ne récolte pas beaucoup d'argent, les frémissants pirates qui ont jeté l'encre et le stylo sur les ronds-points dans l’ombre savent bien qu’il y aura encore de l'ambiance cette nuit. De l’ambiance, de la bière, des gâteaux, et autant de friandises que de pièces jaunes et d’étoiles dans les yeux...

 

Du sang neuf pour le Père Cent à La Rochelle

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Dosette de lecture n°105 : Emmanuel Carrère : Un Roman russe : l’obsession du fantôme

Publié le par Eric Bertrand

Qu’advient-il de ces êtres qui disparaissent sans qu’on sache où et dont l’absence continue de nous hanter ? Ce mystère de l’Absent concerne un membre de la famille de l’auteur, son grand-père, sur qui pèse un lourd secret que protège farouchement sa mère, l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse. Cette dernière a supplié son fils de ne rien révéler à son sujet ; mais la tentation est trop forte pour l’écrivain tourmenté qui perçoit à quel point le secret mine le psychisme de ses proches.

Toute sa démarche, dans ce roman consiste à se confronter à la figure du disparu. C’est sans doute du fait de la proximité entre l’histoire familiale et celle d’un exilé hongrois, enlevé un jour d’octobre 44 par l’Armée russe, qu’il s’intéresse à ce personnage qui revient enfin dans son pays après un séjour de plus de cinquante ans dans un hôpital psychiatrique perdu dans la campagne, à huit cent kilomètres de Moscou.

L’enquête menée dans une petite ville de Russie égare le lecteur au fil de la vie dévastée de l’auteur de « l’Adversaire » où les rencontres, les relations amoureuses et les projets de tournage ne parviennent pas à éliminer de son horizon mental la figure fantomatique du grand-père disparu. Lui, dont « la folie et l’horreur ont obsédé la vie », s’observe sans concession dans ce miroir qui le met aux prises avec le réel le plus insoutenable : « Pas besoin de sauter par la fenêtre pour mourir, d'autres comme toi meurent très bien vivants. »

 

Dosette de lecture n°105 : Emmanuel Carrère : Un Roman russe : l’obsession du fantôme

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