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Dans l’atelier d’un livre, épisode 12 : confidences de lecture (1/3)

Publié le par Eric Bertrand

            Tout au long de ces épisodes, parfois par petites touches, parfois en de plus longs paragraphes, certains lecteurs m’ont livré leurs ressentis face à la lecture et j’y ai déjà fait référence. Mais dans les trois épisodes à venir (celui-ci et les deux prochains), je propose d’aller plus loin dans l’examen de ces indications afin d’interroger plus profondément l’acte de lecture.
             « Quand on ouvre un livre, c’est comme quand on ouvre une fenêtre sur l’imaginaire, on peut être un pirate, un espion, un prince, un lion… » De cette analyse de lectrice dénichée récemment dans un bulletin municipal, je retiens à la fois l’idée de guet et l’idée d’appétit : devant un bel ouvrage de « haute graisse » comme disait le bon Rabelais, le lecteur salive à l’avance. Il sait qu’il va se délecter (« je me régale toujours en relisant un bon Zola ou un bon Maupassant » me confiait souvent ma mère lorsque j’étais ado, cherchant ainsi à réveiller mon goût pour cette littérature qu’elle qualifiait de « vigoureuse ») ; et puisque ma question de la semaine dernière réveillait la métaphore de l’île, j’oserais la filer jusqu’à dire que, face à un livre « en chair et en os », le lecteur n’hésite pas à aiguiser les couteaux et à se faire cannibale afin de mieux assimiler la meilleure part que va lui apporter la viande qu’il mâche. Pour reprendre autrement une pensée chère à Nietzsche, lire, c’est d’abord ruminer ; et puis, à terme, c’est enrichir sa pensée pour être comme l’abeille qui butine et concocte son miel. Pensons aussi à Montaigne qui recommande la compagnie des ouvrages de haut pollen : « Les abeilles pillotent de ça de là les fleurs, mais elles en font le miel qui est tout leur. »
À moins aussi que ne se cache plus subtilement dans la lecture ce que Pascal Quignard appelle « une attente qui ne cherche pas à aboutir. Une errance. »
           Entre ce guet et cette errance, vous avez formulé des réponses que je vais prendre le temps d’éplucher dans les deux épisodes à venir, tout en respectant bien évidemment l’anonymat de leurs auteurs et autrices, hommes et femmes de tous âges et de toutes nationalités.

 

Dans l’atelier d’un livre, épisode 12 : confidences de lecture (1/3)

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« Lire ou pâlir à sa vue » enfin disponible !

Publié le par Eric Bertrand

            Je le mijotais depuis quelques années, et l’aborde en ce moment chaque semaine dans la rubrique « Dans l’atelier du livre ». Il est enfin disponible en précommande chez l’éditeur qui vous l’expédiera avant la publication officielle le 21 février prochain. Toutes les indications sont disponibles sur le lien suivant :

https://www.helloeditions.fr/product/lire-ou-palir-a-sa-vue/

En utilisant le code promo suivant : PALIR5 vous aurez droit à une remise valable jusqu'au 21 février prochain.


            N’hésitez pas, vous trouverez dans ce roman une réflexion sur la lecture, sur le monde d’aujourd’hui et les dangers de l’utilisation de l’intelligence artificielle mais aussi un roman d’amour ; il touche à la fois un public adolescent qui se reconnaitra dans ses trois héroïnes et un public de lecteurs avertis habitués à la fréquentation de romanciers aussi divers que Kundera, Jack London ou Flaubert.

 

« Lire ou pâlir à sa vue » enfin disponible !

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Dosette de lecture n°142 : Jean Echenoz : « 14 », « Foutre le camp » des Ardennes

Publié le par Eric Bertrand

               Comment, après l’ordre de mobilisation, un jeune homme se retrouve-t-il confronté à la réalité de la guerre ? C’est le cas d’Anthime, qui abandonne son vélo et part presque aussitôt pour les Ardennes, sous le commandement d’un gradé qui affirme par exemple que : « Si quelques hommes meurent à la guerre, c’est faute d’hygiène. Car ce ne sont pas les balles qui tuent, c’est la malpropreté qui est fatale et qu’il vous faut combattre. » Il s’en va loin de son village natal en compagnie de quelques autres, dont son frère Guillaume qui laisse derrière lui son épouse
               Sur le mode de la découverte, l’auteur suit cinq hommes sur le front et une femme qui ignore tout de la tuerie. Et la « découverte » s’avère de plus en plus rude et impitoyable au point que chacun n’a plus qu’une envie, « foutre le camp » : « Or, on ne quitte pas la guerre comme ça. La situation est simple, on est coincés : les ennemis devant vous, les rats et les poux avec vous et, derrière vous, les gendarmes. »

 

 

Dosette de lecture n°142 : Jean Echenoz : « 14 », « Foutre le camp » des Ardennes

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Dans l’atelier d’un livre, épisode 11 : retour sur vos « îles désertes »

Publié le par Eric Bertrand

               Comme annoncé, je vous présente les titres des romans choisis par les lecteurs après avoir enfin réussi à trancher car la question était très difficile, j’en conviens. Le livre qui s’imposerait dans une telle situation ne vient pas forcément à l’esprit ; l’une d’entre vous va jusqu’à imaginer un ouvrage idéal, qui comblerait sa nouvelle vie dans cette île utopique et qui répondrait tour à tour à ses attentes et à ses élans. Quel beau compagnon !
                Mais revenons aux livres réels : je me bornerai à énumérer les titres en même temps que la justification que vous m’avez fournie mais sous la forme la plus réduite possible afin de laisser les horizons ouverts.
-    La Bible : mystère et conseils de vie
-    Honoré de Balzac : « Le Lys dans la vallée » : évasion et douceur.
-    Honoré de Balzac : « Eugénie Grandet » : avec un sentiment d’interdit, retrouver en cachette les rêveries d’Eugénie et se cacher du père Grandet avec sa lampe de poche sous la couverture
-    Guy de Maupassant : « Contes » : la condition féminine, la campagne, les mentalités et les petites mesquineries.
-    Alexandre Dumas : « Le Comte de Monte Cristo » : le halètement de l’aventure et l’héroïsme du personnage.
-    Léon Tolstoï : « Anna Karénine » : les tourments d’une femme et un horizon de lecture enfin accessible grâce à des « longues plages » de temps libre !
-    George Orwell : « 1984 » : le miroir sidérant et effrayant de la réalité actuelle.
-    George Orwell : « La Ferme des animaux » : la soif du pouvoir et la réflexion sur les systèmes politiques.
-    Vladimir Nabokov : « Lolita » : la subtilité d’une démarche narrative qui amène le lecteur à considérer de près la figure d’un monstre.
-    Charlotte Brontë : Jane Eyre : l’évolution d’un personnage atypique et le romantisme d’une figure féminine atypique.
-    Thomas Hardy : « Tess d’Uberville » : l’époque victorienne, la condition féminine, l’appel des paysages de la campagne anglaise.
-    Albert Cohen : « Belle du Seigneur » : la difficulté de la relation amoureuse.
-    Yasmina Khadra : « Les Hirondelles de Kaboul » : l’obscurantisme et la situation des femmes.
-    Milan Kundera : « L’insoutenable Légèreté de l’être » : la complexité de la relation amoureuse et la place de l’idéologie dans un contexte politique donné.
-    Michel Tournier : « Vendredi ou la vie sauvage » : le décalage entre la vision de l’homme occidental et celle de l’indigène au contact de la nature.
-    Jean-Christophe Rufin : « Les Flammes de pierre » : la grandeur de la haute montagne et le rejet des artifices.
-    Élisabeth Gilbert : « L’Empreinte de toute chose » : la quête de la botanique qui ouvre aussi à la connaissance de toute chose, même des plus intimes.
-    Romain Gary : « La Promesse de l’aube » : l’amour infini d’une mère et le pouvoir de l’écrivain.
-    René Frégni : « Minuit dans la ville des songes » : la conquête de la liberté par la lecture et l’édification (dans le sable de la plage !) d’un rempart contre la bêtise et la barbarie.
-    Jacques Prévert : « Paroles » : la beauté dans la légèreté.
-    Philippe Delerm : « La Première gorgée de bière et autre plaisirs minuscules » : l’école des plaisirs simples et précieux, le goût des textes courts et faciles à savourer entre deux baignades dans l’île.

          Accueillons avec bonheur ces nouveaux « rescapés » qui arrivent avec nous sur l’île et qui nous ouvrent leur boite à outils. La semaine prochaine, je reviens sur d’autres aspects de ce que vous avez livré au fil de ces semaines. Déjà douze !

 

 

 

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Dosette de lecture n°141 : Ray Bradbury : « Les Chroniques martiennes ». Des forages et du fric en abondance dans le sol martien

Publié le par Eric Bertrand

        Au lendemain de l’élection de Trump flanqué de son cynique commandant de bord des fusées SpaceX, ces chroniques écrites par Bradbury en 1950 et publiées en France en 1954 chez Denoël ne reprennent-elles pas une sinistre actualité ?
        À travers l’évocation de la lente colonisation de la planète Mars, le lecteur découvrait comment les pionniers venus de la Terre imposaient peu à peu leurs normes aux Martiens désignés comme des indigènes incultes et sauvages qui n’avaient pas su valoriser leurs terres. Mais, en parallèle, Bradbury donnait à voir entre les lignes un peuple noble, raffiné et subtil et une civilisation à peine perceptible aux grossiers envahisseurs prêts à en découdre au moindre frisson. À un premier niveau, son livre était à lire comme une méditation sur la conquête de l’ouest et sur l’assujettissement du peuple indien.
        Mais en 2025, comment peut-on le relire ? Mars n’est plus la lointaine sœur jumelle peuplée de petits hommes verts malfaisants. Pressés de quitter une Terre en piteux état et menacée de l’explosion atomique, des équipages hétéroclites débarquent progressivement sur la planète rouge entre janvier 1999 et octobre 2026. Ils ne voient rien, ni les fragiles et élaborées habitations des Martiens (nettoyées « avec des poignées de poudre magnétique »), ni « les amphithéâtres de marbre », ni les « canaux de vin vert où se croisent des embarcations délicates comme des fleurs de bronze ».
        Ils se précipitent vers ce nouveau Groenland et sont, pour la plupart, animés des mêmes défauts que les hommes d’aujourd’hui : ils veulent surtout faire du fric, rouler en Tesla, forer le sol, éliminer les derniers étrangers, jouer du colt et de la carabine et tout écraser pour tout recommencer. Témoin par exemple ce Sam Parkhill de la chronique « La Morte saison » qui a eu l’idée d’installer en plein désert un comptoir de hot-dogs : sous les deux lunes de Mars, en serrant son épouse Elma contre lui, il se frotte les mains et s’apprête déjà à accueillir les expéditions à venir, d’autant qu’un Martien bien avisé vient de lui céder « un droit de propriété allant des montagnes d’argent aux collines bleues ». Et, comme pour fêter cette bonne fortune, dans le fond du ciel étoilé, la Terre offre soudain au couple énamouré un effrayant feu d’artifice…

 

Dosette de lecture n°141 : Ray Bradbury : « Les Chroniques martiennes ». Des forages et du fric en abondance dans le sol martien

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