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Juke-box n°17 : Julien Clerc : « Ivanovitch » : un voyage immobile…

Publié le par Eric Bertrand

C’est un jour d’hiver, j’ai dix ans et je suis contraint, pour plusieurs semaines si tout va bien, à rester allongé dans un lit d’hôpital. « Ce n’est rien » … Sur la tablette à côté de moi, il y a un lecteur de cassettes et un livre illustré des Contes d’Andersen, « la Petite marchande d’allumettes », « le Sapin », « la Reine des neiges » ; j’écoute en boucle les chansons d’un album de Julien Clerc sans savoir que, par la suite, je n’en manquerais plus un seul. De l’autre côté de la fenêtre à double vitrage, le ciel est d’un gris sale ; au-dessus des toits de la ville de Dijon, la neige s’essaie à de faux flocons ; ils me font rêver à des moments déjà évanouis de luge et de bonhomme de neige mais « Tout est fermé, la maison est là, solitaire » …

Prisonnier de mes draps glacés, je savoure la tonalité étrange de ces musiques, la force poétique de ces textes et j’adore la voix si particulière de ce jeune chanteur. « Mille coquilles de noix », il suffit de quelques accents, de quelques traits de plume et l’atmosphère est plantée : « Il était arrivé, le fiacre l'emportait (…) Ivanovitch est là ; et le ciel est toujours si gris … »

Une infirmière passe dans la chambre, c’est l’heure de la piqure ; j’attends d’autres visiteurs. Je ferme les yeux : peu à peu, la vie arrive dans le tableau ; les bruits, les odeurs, les personnages aux membres aussi endoloris que les miens : « Une rumeur, un pas traîné, la porte s'ouvre un peu (…) Dans un coin du logis tous se pressent autour de lui ; la fille a l'air fanée et le garçon gêné, le père et tous les apprentis qui rêvent de Paris … »

Et moi, « Rolo, le baroudeur » piteux, sans jamais avoir baroudé, c’est peut-être « mon dernier train » ; alors, je « n’achète pas les gazettes » et je me mets à rêver à des fiacres qui m’emportent, à « St Pétersbourg, ma ville » ; puis viennent d’autres lieux, Zucayan, Sertao, la Californie, les chutes du Niagara et « ses grands mouchoirs de lilas » et je me vois déjà, loin des perfusions et des bandages, « sur la piste des savanes » où je serais « caravanier » ou bien passager à bord de « grands trains fleuris » où je rencontrerais, parmi d’autres Fleurs des gares, des filles sur des vérandas et des Adelita.

 

Julien Clerc ; chanson française

Julien Clerc ; chanson française

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Dosette de lecture n°182 : Jean Echenoz : « Des Éclairs », un héros qui fait des étincelles.

Publié le par Eric Bertrand

Comment réussir en société quand on est un inventeur de génie, qu’on est capable d’avoir une idée à la seconde et de créer des innovations techniques essentielles pour la civilisation ?

Dans ce récit qui commence à la fin du XIXème siècle, tout semble sourire au jeune Grégor, sorte de savant fou bien en avance sur son temps et en passe de devenir très vite l’une des plus grosses fortunes américaines. À condition toutefois d’accorder un minimum d’attention à la prospérité des affaires entreprises…

Or, ce personnage insolite, inspiré très librement de Nikola Tesla (1856-1943), et qui porte, est-ce un signe, le nom du héros de La Métamorphose de Kafka, se désintéresse du profit qu’il peut tirer de ses inventions et préfère à la compagnie des hommes, celle des pigeons qui lui accordent une escorte rapprochée jusqu’à la fin.

 

 

Dosette de lecture n°182 : Jean Echenoz : « Des Éclairs », un héros qui fait des étincelles.

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Juke-box n°16 : Alain Souchon : La vie Théodore, un autre satellite.

Publié le par Eric Bertrand

On est « si loin du grand désert », celui dont rêvait Rimbaud, avec ses « satellites et ses météores », et surtout « ses étoiles à la Grande Ourse » et « son petit gobelet d'aluminium » ... Il ne suffit pas de se savoir comme chacun d'entre nous, « poussière d'étoile », ou fragment de « foule sentimentale » envolé loin du « ras des pâquerettes. Il faut un minimum, un rêve, une voile », un tout petit peu de ce sable d'or qui éblouit et qui libère des « choses pas commerciales ».

Alors la nuit « quand on dort, » et comme on n'a pas la santé, qu'on a « les pilules et l'ordinateur », on laisse s’envoler la Chrysler, l'Audi, et « la vendeuse de glaces », et on « part avec Théodore ».

 

Juke-box n°16 : Alain Souchon : La vie Théodore, un autre satellite.

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Dosette de lecture n°181 : John Steinbeck : « Voyage avec Charley », l’Amérique à la trace.

Publié le par Eric Bertrand

Pour quelles raisons entreprendre, à 58 ans, un grand voyage en camping-car à travers les Etats-Unis et avec quel compagnon ? L’envie de l’auteur des Raisins de la colère est épidermique et quasi animale : « Je n’avais pas entendu le langage de l’Amérique, humé l’odeur de son herbe, de ses arbres, de son fumier, vu ses collines et ses cours d’eau, ses couleurs et ses qualités de lumière. » Et en guise de compagnon, il choisit Charley. Charley, « c’est un très gros caniche d’une couleur dite bleue » doué à la fois de curiosité et de sens critique et son élégance grognonne en présence de ceux qui ne sont pas son maitre aident le narrateur à fournir une série d’instantanés sur les scènes et les personnages qu’il croise sur sa route.

L’Amérique change, mais l’esprit pionnier subsiste tout au long de ces États qui affichent leurs différences sur les panneaux et à travers la façon dont ils interpellent le voyageur en quête de vérité naturelle, humaine et linguistique.  On est en 1960 et le grand écrivain, qui s’interroge aussi sur son besoin compulsif de mouvement, offre à son lecteur un regard lucide sur cette société de consommation qui transforme le pays et tend à écraser, par le biais de l’audiovisuel, les différences entre les accents et les façons de parler. Même s’il fait de belles rencontres et sympathise avec des êtres sensibles, il croise d’authentiques automates, incapables d’échanger trois mots et « pires que des bacilles ».

Véritable métaphore de l’uniformisation, le plastique a envahi le territoire ; il l’observe un peu partout autour de lui, et préfère les endroits « non civilisés », bien loin des cadres administratifs qu’il juge excessifs et liberticides. « Les villes d’Amérique sont comme un terrier de blaireau cerné de détritus : elles sont entourées de piles d’automobiles accidentées, mangées par la rouille ; les ordures les enserrent, les étouffent. Presque tout ce que nous consommons nous arrive sous forme de caisses, de boîtes, de cartons, tous ces emballages que, paraît-il, nous aimons tant. » Et dans ce contexte inquiétant, c’est une nouvelle fois Charley qui lui paraît le plus proche de la vérité : « Là, de son nez délicat, Charley pouvait lire sa littérature personnelle sur les arbres et les buissons, y laisser un message peut-être aussi important en regard de l'éternité que mes traits de plume sur du papier périssable. »

 

Dosette de lecture n°181 : John Steinbeck : « Voyage avec Charley », l’Amérique à la trace.

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Une version en anglais dans Le Phare de Ré à propos du Lit Mac Arthur

Publié le par Eric Bertrand

Pour le voyageur qui se trouve dans la région montagneuse des Trossachs, au nord-ouest de Glasgow, se succèdent, dans le panorama de ces petites routes, qui vont du Loch Lomond à Inveraray, et d’Inveraray à Oban, deux châteaux qui attirent son attention : la propriété du clan Campbell, le majestueux domaine d’Inveraray, au bord du loch Fyne et puis « la ruine romantique » de Kilchurn au bord du loch Awe.

Ces deux châteaux sont reliés par l’Histoire et la légende et c’est d’ailleurs le propos de mon dernier livre qui permet au visiteur d’approfondir le lien profond du lit Mac Arthur - qu’on peut observer à l’étage – avec le cœur de cette région de lacs, de forêts et de montagnes où les clans se sont affrontés jadis…

Pour cette raison, Le Lit Mac Arthur offre au lecteur l’occasion d’une belle réflexion sur l’Histoire tragique de ce cœur de l’Écosse où les fantômes ne sont pas rares ; il donne également au visiteur de passage à Inveraray Castle de nouvelles pistes pour compléter, dans l’imaginaire, les informations que lui ont fournies les guides.

De fait, cet article paru hier dans Le Phare de Ré, est aussi proposé en langue anglaise, sachant toutefois que la novella n’est écrite qu’en français !  

Une version en anglais dans Le Phare de Ré à propos du Lit Mac Arthur
Inveraray castle; Kilchurn castle; Ecosse; histoire de fantômes

Inveraray castle; Kilchurn castle; Ecosse; histoire de fantômes

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