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Juke-box n°10 : Johnny Halliday : « Quelque chose en nous de Tennessee », quelque chose qui nous dérange.

Publié le par Eric Bertrand

« A vous autres, hommes faibles et merveilleux, qui mettez tant de grâce à vous retirer jeu, il faut qu’une main posée sur votre épaule vous pousse vers la vie, cette main tendre et légère… » Par la voix de Nathalie Baye, on entend cet extrait de la pièce de Tennessee William, Une Chatte sur un toit brûlant, et on se sent tout de suite retenu par la griffe de ce « jeu » dont on ne se « retire pas ». La chanson écrite par Michel Bergé et interprétée par « le chanteur abandonné » scande « le désir de vivre une autre vie » et enregistre les défaillances de « ce cœur en fièvre dans un corps démoli ».

« On a tous en nous quelque chose de Tennessee », pourquoi ? Parce qu’on se sent enlisés dans le quotidien, parce qu’on n’en peut plus de la grisaille et de l’ennui - « Emmenez-moi au bout de la terre » chante Aznavour – parce qu’on a envie d’exercer sa liberté quelque part, « là-bas » indique Goldman, là où « tout est nimbé, tout est sauvage » … Le navire semblait pourtant bien amarré, mais, sous la quille, il tanguait déjà dangereusement ; l’ancre était « vissée à quelque chose de lourd » comme l’écrit Souchon …

Ce « quelque chose de Tennessee » diagnostique donc chez « les hommes faibles et merveilleux », une attraction irrésistible pour le départ, l’aspiration vers un ailleurs, la remise en question de l’habitude, mais il est le signe en même temps d’un sentiment de douloureuse mélancolie, si douloureuse qu’elle vient anéantir la joie frénétique de l’évasion : « Cette volonté de prolonger la nuit. »

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Publication de mon prochain livre : "Le Lit Mac Arthur"

Publié le par Eric Bertrand

Bonjour à tous,

Ça y est, c’est le grand jour attendu : la date officielle de la parution de mon dernier roman « le Lit Mac Arthur », le 30 janvier 2026 prochain. Pour l’obtenir en avant-première, il vous suffit de vous connecter sur le site mis à disposition par les Editions Hello : https://www.helloeditions.fr/produit/le-lit-mac-arthur/

Pour bénéficier également d’une remise, utilisez le code « MAC5 », valable jusqu’à la parution.

Si vous souhaitez davantage d’informations, n’hésitez pas à me contacter directement ou à visiter mon site d’auteur dont je vous rappelle l’adresse : https://ericbertrand-auteur.net/

Merci de votre soutien ! Et laissez-vous vite embarquer vers l’Ecosse ! 

Ecosse; château hanté; château d'Inveraray

Ecosse; château hanté; château d'Inveraray

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Juke-box n°9 : Zazie, « Je suis un homme », drôle de virilité…

Publié le par Eric Bertrand

Il est salutaire en cette période où certains hommes continuent de se croire le centre du monde et en position de supériorité par rapport à leur statut animal – même si, paradoxalement, ils rivalisent en matière de testostérone et de virilité – de réfléchir à notre véritable nature et à notre place dans le monde.

Déjà dans son Tam tam, Michel Polnareff aspirait à « redevenir un homme préhisto, avec rien sur le dos » et Jean Ferrat ironisait sur le confort ultra-moderne fourni au malheureux singe de son « Jardin d’acclimatation ». Dans le texte de Zazie, « Je suis un homme », « l’homme plein d’ambition » doté de « belle voiture et belle maison », « à la guerre en toute saison », se rend compte que, malgré tous les progrès dont il jouit, il « tourne en rond », bref, déprime et ne sait plus quoi trouver pour se divertir. Et le pire, c’est que, dans cette épreuve du vide, il détruit son espace vital, le réduit à « une terre glacée, une terre brûlée que les hommes abandonnent. »

En ce début d’année 2026, cette chanson écrite en 2007, bien avant l’invasion de l’IA, les rêves extraterrestres de Musk et le règne dédaigneux des prédateurs, résonne de façon juste et sinistre.

Homme; virilité; société

Homme; virilité; société

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Dosette de lecture n°176 : Carlo Goldoni : « Les Rustres », des masculinistes sous le masque.

Publié le par Eric Bertrand

Jusqu’à quel degré de machisme deux « rustres » peuvent-ils aller à l’intérieur du foyer qu’ils dirigent à la manière de chefs tout puissants ? Et quelle part de liberté reste-t-il aux femmes ? Dans cette comédie du Vénitien Goldoni, l’auteur s’amuse des excès de ces personnages d’hommes bouffons issus du grotesque Pantalon.

On est en plein carnaval de Venise et ce Pantalon-là, Lunardo, approuvé par son compère Maurizio, interdit à sa fille Lucietta (issue d’un premier mariage) et à son épouse (Margherita) de sortir. Avec Maurizio, à des fins de profit, il prévoit le mariage entre les deux enfants. Mais c’est sans compter sur l’audace et la malignité de l’une des femmes de leur entourage, la tante de Filipetto, fils de Maurizio. Malgré les coups de gueule, les grimaces et les menaces de son mari, elle sait très bien comment le gouverner et elle entend faire école auprès de ses craintives compagnes, quitte à ruiner d’un seul coup toutes les prétentions de tout « masculiniste avant l’heure » !

 

Dosette de lecture n°176 : Carlo Goldoni : « Les Rustres », des masculinistes sous le masque.

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Juke-box n°7 : Initials BB, le vertige des platines.

Publié le par Eric Bertrand

On pense évidemment à BB cette semaine, et à la façon dont les cinéastes ont utilisé son image au point d’en faire une icône. Par ses chansons, Gainsbourg a, lui aussi, contribué à l’élaboration d’un mythe en parfaite adéquation avec son univers : en laissant miroiter, sur les platines, divers reflets d’une créature fantastique, scandaleuse et provocatrice, à la fois barbare, orientale et baudelairienne, il a réussi à créer, autour de Bardot, une aura de femme-chimère.

Quand on remonte dans son répertoire, avant même qu’il ne la rencontre, on la devine, d’abord sous les traits de Néfertiti, « reine barbare, belle Egyptienne », qui joue de la « cithare » ; ensuite sous ceux d’une Barbarella qui « garde ses bottines », et d’une grisante « Lady Héroïne » qui déploie, pour lui, « tous les charmes de la Perse ». Et puis, vient l’ensorcelante Marilou chez « Max coiffeur », avec, à nouveau, ce charme oriental qui passe sous le « sirocco du séchoir » et les « volutes de Gitane ».

Et la voilà enfin, BB ! Elle apparaît dans la bulle du « comic strip », dans celle de « l’eau de Selz » et dans « l’essence de Guerlain ». Commence alors, pour celui qui « se morfond », « le tac tac tac des mitraillettes » ... Tout à coup, sous l’éclat de ses « médailles d’imperator », la créature qu’il nomme « Initials BB » s’impose comme une « vision ». Elle n’apparaît pas seulement comme une image issue d'un « conte d'Edgar Poe » ou d’un « roman de Pauwells » ; avec ses « désirs qui lui montent au creux de ses reins », elle perturbe, elle provoque ; et quand elle « agite » ses « grelots », elle ressemble à la princesse Salammbô, la retentissante « fille d’Hamilcar », chère à Flaubert.

Dans cette posture, elle incarne « la Beauté » pure, la Fleur du mal telle que l’a chantée Baudelaire, et elle subjugue le regard parce qu’elle est « bottée jusques en haut des cuisses » et parce qu’elle déploie toutes les ressources « câlines » de la séduction. « Les bijoux » encensés par le poète lui avaient valu, jadis, la censure. Avec un surcroit d’audace, Initials BB n’hésite pas à user de ces artifices pour tenter son amant : « le calice, le cercle froid du platine, le bronze, l’or et les clochettes d’argent à ses poignets » lui confèrent une splendeur qui fait tourner les têtes, aussi bien que les diamants et les platines.

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