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Dosette de lecture n°186 : Victor Hugo : Quatrevingt-Treize, le spectre du monstre qui rit.

Publié le par Eric Bertrand

Comment comprendre cette année de déchainement de violence et d’hybris qu’est Quatrevingt-Treize sans pour autant prendre parti ? Quand le vieil Hugo se retire seul à Hauteville-House pour écrire son roman, il s’interroge sur cette période terrible qui a ensanglanté la Vendée. Pour accomplir ce défi narratif, fidèle à son habitude, non seulement il convoque les personnages historiques de Robespierre, de Danton et de Marat mais il y mêle des silhouettes fictives de haute stature : celle du marquis de Lantenac, chargé de mater « l’ennemi » et d’assurer le lien avec l’Angleterre ; celle de Cimourdain – avatar d’un Javert mieux connu des lecteurs -, masque intraitable de la République ; celle de Gauvain, héros généreux conduisant avec un idéalisme digne d’Enjolras à la tête des Amis de l’ABC les colonnes des Bleus.

Et ces hautes figures du récit permettent au théoricien Hugo de s’interroger sur le sens que prend la Révolution en 93. À le voir ainsi manier les idées et les points de vue différents, on a l’impression qu’il frotte des morceaux de silex pour entrevoir la Vérité en étincelle car, derrière cela, l’auteur des Contemplations, le « mage » de Guernesey, ne cesse d’interroger l’Avenir et l’idée de Progrès. Quand « la branloire » chère à Montaigne est ébranlée par des guerres et des révolutions de cette ampleur – et nous en savons quelque chose en ce moment ! - que va-t-il en sortir ? L’apparition de visages plus simples et plus humains comme ceux du Sergent Radoub, de Michèle Fléchard et de ses trois enfants, ou bien, plus mystérieux, comme ceux de Halmalo ou du Caimand - qui rappelle à bien des égards le Gilliatt des Travailleurs de la mer – permet au lecteur d’élargir encore le champ de sa réflexion et de se dire que rien n’est jamais simple et que derrière les ombres pointent peut-être des rayons. La logique hugolienne irait volontiers dans ce sens, mais le spectre du monstre qui rit est toujours là, qui menace. 

 

Dosette de lecture n°186 : Victor Hugo : Quatrevingt-Treize, le spectre du monstre qui rit.

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Juke-box n°20 : Jane Birkin : “Baby alone in Babylon”, les larmes sous les paillettes...

Publié le par Eric Bertrand

L’air vous semble familier ? Il s’agit du troisième mouvement de la Symphonie n°3 en fa majeur de Johannes Brahms… L’un des charmes des chansons de Gainsbourg – et notamment de celles qu’il a composées pour son égérie Jane Birkin – tient non seulement à la délicatesse des paroles, aux nombreuses références littéraires, mais aussi à l’emprunt à des morceaux de musique classique. C’est le cas de cette Baby alone in Babylone, où Brahms accompagne la mélancolique déambulation « dans la nuit métallique » d’une jeune actrice qui « recherche un rôle, les studios et les traces de Monroe » qu’une autre chanson de l’album appelle « Norma Jean Baker ».

Mais comme l’indique également la chanson de Souchon Ultra moderne solitude, tout n’est pas aussi fluide et lumineux qu’il y paraît « Boulevard d’Haussmann à cinq heures » et, au contraire, ça klaxonne dur. Malgré « le strass » et les paillettes, malgré les « Pontiac et les Cadillac », les « poussières d’étoiles éphémères », l’errance dans l’une des Babylone modernes – on pense aujourd’hui tout particulièrement à Doha – ou sur le prestigieux « Sunset boulevard » comporte des risques. Dans son « boulevard du crépuscule », Baby alone rêve d’éternité, mais elle est dépassée et, comme son idole, se sent « nue en diagonale » ; peut-être redoute-t-elle déjà, dans la poche intérieure de sa veste, à l’endroit du cœur, l’effet des « cinquante nembutal » que le « le chef du District d’L.A » constatera un peu plus tard sur le corps de la malheureuse Norma Jean Baker.

 

Juke-box n°20 : Jane Birkin : “Baby alone in Babylon”, les larmes sous les paillettes...

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Dosette de lecture n°185 : Gaëlle Josse : « Le Dernier gardien d’Ellis Island », quand les hélices continuent de tourner…

Publié le par Eric Bertrand

Au moment où, en 1954, ferme le centre d’Ellis Island, dans quel état d’esprit celui qui a été témoin des grandes migrations aux États-Unis se trouve-t-il ? John Mitchell, directeur du lieu, est aussi le narrateur de ce récit qui permet à son auteure de parcourir toutes ces années au fil de la mémoire de celui qui a vu défiler devant lui des populations venues du monde entier.

Dans son journal intime, il confie avec émotion les épisodes forts de son existence, notamment le souvenir de deux femmes qui ont beaucoup compté à ses yeux : sa jeune épouse Liz, partie trop tôt et Nella, une immigrante sarde avec laquelle il vit une brève liaison amoureuse.

Derrière ces expériences personnelles, se perçoit une grande humanité et un regard douloureux posé sur tous ceux qui venaient là dans l’espoir de franchir « la Porte d’or ». Ainsi, au moment de son départ définitif, John Mitchell cite le passage d’un ouvrage de l’écrivain exilé hongrois Giorgy Kovacs qui relate la déconvenue qu’avec les siens, il a ressentie à son arrivée aux États-Unis : « L’Amérique que nous avions tant désirée se réduisait à un camp de fonctionnaires empressés et frileux, chargés de tenir à distance toute tentative d’approche d’une pensée divergente, tous les germes d’une possible déviance intellectuelle. L’Amérique savait ouvrir grand les bras, elle nous a montré qu’elle savait aussi brutalement les refermer. »

Par les temps qui courent, cet extrait résonne aussi de façon bien sinistre…

Dosette de lecture n°185 : Gaëlle Josse : « Le Dernier gardien d’Ellis Island », quand les hélices continuent de tourner…

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Interview autour de "Lire ou pâlir à sa vue"

Publié le par Eric Bertrand

Dans la continuité de la précédente interview et avec la complicité de TV17 La Rochelle, voici l'interview donnée en mai 2025 à propos de "Lire ou pâlir à sa vue". 

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Juke-box n°19: Mylène Farmer: “L’horloge », l’horloge interne de Mylène

Publié le par Eric Bertrand

« Le jour décroit, la nuit augmente. » … Face au temps qui passe, Baudelaire l’avait bien dit, il est inutile de résister ; l’horloge est « l’Ennemi », avec son doigt de marbre qui menace et qui dit « Souviens-toi ! » et l’univers de Mylène Farmer le montre bien.

« Trop tard ! » … Pour le « joueur avide », et le « vieux lâche », les jeux sont déjà faits et « il n’y a pas d’ailleurs ». Mais Mylène ne capitule pas. Elle a « le vertige de vivre » ; elle « a besoin d’amour » et elle cherche « l’instant X ». Il faut juste attendre « qu’un ange passe » : « ange parle-moi !» et cet « autre » qui, « sait la douceur de ses reins » et qui, comme dans un poème de Musset, « lui ressemble comme un frère ». Lui aussi, il a « le sang qui bouillonne », lui aussi, il a « l’envie pharaonique de frémir ».

Mais l’horloge continue de cogner et, « Dieu sinistre, effrayant » répète, « impassible » qu’il ne faut pas être « prodigue », car « les plaisirs vaporeux » sont éphémères et qu’ils « fuient vers l’horizon » ; alors, « au fond de la coulisse », s’enfuit une Tristana, dont le « cœur a pris froid », légère comme une « petite bulle d’écume » et « d’incertitude. »

Hélas, « entre les dunes », derrière « les morceaux du délice », « les rondeurs » et « la lune », ne promettent pas toujours d’être « douces » … En effet, « trois mille six cents fois par heure, la Seconde chuchote », jusque sous « l’oreiller de sa majesté », que « le monde comme une pendule va s’arrêter. »

De toute façon, « Mylène s’en fout » … « De mutilations en contorsions, elle s’est saignée aux quatre veines » et, « désenchantée » ou pas, du fond de « son gosier de métal », elle peut encore écrire, elle peut encore chanter ; au fond, « prose ou poésie, tout n’est que prétexte » !  Avec son organe, sa « voix d’insecte » et de mante religieuse qui « parle toutes les langues », face à la « pompe immonde », avec insolence, elle affirme que, même « pour un empire, elle ne veut se dévêtir » et que jamais, elle ne se défera de « son manteau de sang ». « Blood and tears »!

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