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Juke-box n°9 : Zazie, « Je suis un homme », drôle de virilité…

Publié le par Eric Bertrand

Il est salutaire en cette période où certains hommes continuent de se croire le centre du monde et en position de supériorité par rapport à leur statut animal – même si, paradoxalement, ils rivalisent en matière de testostérone et de virilité – de réfléchir à notre véritable nature et à notre place dans le monde.

Déjà dans son Tam tam, Michel Polnareff aspirait à « redevenir un homme préhisto, avec rien sur le dos » et Jean Ferrat ironisait sur le confort ultra-moderne fourni au malheureux singe de son « Jardin d’acclimatation ». Dans le texte de Zazie, « Je suis un homme », « l’homme plein d’ambition » doté de « belle voiture et belle maison », « à la guerre en toute saison », se rend compte que, malgré tous les progrès dont il jouit, il « tourne en rond », bref, déprime et ne sait plus quoi trouver pour se divertir. Et le pire, c’est que, dans cette épreuve du vide, il détruit son espace vital, le réduit à « une terre glacée, une terre brûlée que les hommes abandonnent. »

En ce début d’année 2026, cette chanson écrite en 2007, bien avant l’invasion de l’IA, les rêves extraterrestres de Musk et le règne dédaigneux des prédateurs, résonne de façon juste et sinistre.

Homme; virilité; société

Homme; virilité; société

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Dosette de lecture n°176 : Carlo Goldoni : « Les Rustres », des masculinistes sous le masque.

Publié le par Eric Bertrand

Jusqu’à quel degré de machisme deux « rustres » peuvent-ils aller à l’intérieur du foyer qu’ils dirigent à la manière de chefs tout puissants ? Et quelle part de liberté reste-t-il aux femmes ? Dans cette comédie du Vénitien Goldoni, l’auteur s’amuse des excès de ces personnages d’hommes bouffons issus du grotesque Pantalon.

On est en plein carnaval de Venise et ce Pantalon-là, Lunardo, approuvé par son compère Maurizio, interdit à sa fille Lucietta (issue d’un premier mariage) et à son épouse (Margherita) de sortir. Avec Maurizio, à des fins de profit, il prévoit le mariage entre les deux enfants. Mais c’est sans compter sur l’audace et la malignité de l’une des femmes de leur entourage, la tante de Filipetto, fils de Maurizio. Malgré les coups de gueule, les grimaces et les menaces de son mari, elle sait très bien comment le gouverner et elle entend faire école auprès de ses craintives compagnes, quitte à ruiner d’un seul coup toutes les prétentions de tout « masculiniste avant l’heure » !

 

Dosette de lecture n°176 : Carlo Goldoni : « Les Rustres », des masculinistes sous le masque.

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Juke-box n°7 : Initials BB, le vertige des platines.

Publié le par Eric Bertrand

On pense évidemment à BB cette semaine, et à la façon dont les cinéastes ont utilisé son image au point d’en faire une icône. Par ses chansons, Gainsbourg a, lui aussi, contribué à l’élaboration d’un mythe en parfaite adéquation avec son univers : en laissant miroiter, sur les platines, divers reflets d’une créature fantastique, scandaleuse et provocatrice, à la fois barbare, orientale et baudelairienne, il a réussi à créer, autour de Bardot, une aura de femme-chimère.

Quand on remonte dans son répertoire, avant même qu’il ne la rencontre, on la devine, d’abord sous les traits de Néfertiti, « reine barbare, belle Egyptienne », qui joue de la « cithare » ; ensuite sous ceux d’une Barbarella qui « garde ses bottines », et d’une grisante « Lady Héroïne » qui déploie, pour lui, « tous les charmes de la Perse ». Et puis, vient l’ensorcelante Marilou chez « Max coiffeur », avec, à nouveau, ce charme oriental qui passe sous le « sirocco du séchoir » et les « volutes de Gitane ».

Et la voilà enfin, BB ! Elle apparaît dans la bulle du « comic strip », dans celle de « l’eau de Selz » et dans « l’essence de Guerlain ». Commence alors, pour celui qui « se morfond », « le tac tac tac des mitraillettes » ... Tout à coup, sous l’éclat de ses « médailles d’imperator », la créature qu’il nomme « Initials BB » s’impose comme une « vision ». Elle n’apparaît pas seulement comme une image issue d'un « conte d'Edgar Poe » ou d’un « roman de Pauwells » ; avec ses « désirs qui lui montent au creux de ses reins », elle perturbe, elle provoque ; et quand elle « agite » ses « grelots », elle ressemble à la princesse Salammbô, la retentissante « fille d’Hamilcar », chère à Flaubert.

Dans cette posture, elle incarne « la Beauté » pure, la Fleur du mal telle que l’a chantée Baudelaire, et elle subjugue le regard parce qu’elle est « bottée jusques en haut des cuisses » et parce qu’elle déploie toutes les ressources « câlines » de la séduction. « Les bijoux » encensés par le poète lui avaient valu, jadis, la censure. Avec un surcroit d’audace, Initials BB n’hésite pas à user de ces artifices pour tenter son amant : « le calice, le cercle froid du platine, le bronze, l’or et les clochettes d’argent à ses poignets » lui confèrent une splendeur qui fait tourner les têtes, aussi bien que les diamants et les platines.

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Aventures d’Arthur Rimbaud : des « sandales usées » aux « semelles de vent ».

Publié le par Eric Bertrand

« Mon esprit refuse de courir plus longtemps sur des sandales usées » … Cette formule de Nietzsche qu’on trouve dans son Ainsi parlait Zarathoustra convient bien à Rimbaud. Dès les origines, sa poésie postule un défi aux « vieilles vieilleries » et au « jadis », qu’incarnent par exemple « les assis » dont les reins sont « boursouflés et les sièges fécondés de barcarolles tristes ». Au contraire, la posture du « vagabond », du « Bohémien » dont la culotte est trouée, qu’il assume dès ses premières fugues, se lit sur l’empreinte de « ses bottines déchirées », de « ses souliers blessés » dont « les élastiques » sonnent déjà « comme des lyres ».

Pas de doute, pour le poète voyant, le monde se lit d’abord avec les pieds, quand le marcheur entêté s’enfuit « dans les soirs bleus d’été, par les sentiers picotés par les blés » ou quand le bateau devenu « carcasse ivre d’eau » abandonne ce qui lui reste de « semelle », à savoir une « planche folle tachée de lunules électriques ».

C’est alors que peuvent « se dévorer les azurs verts » et que commence pour « le mendiant », la poursuite échevelée de « la déesse » et de « l’aube exaltée » ... « O ses souffles, ses têtes, ses courses ! »

Rimbaud ; poésie

Rimbaud ; poésie

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Dosette de lecture n°175 : Knut Hamsun, « La Faim », le vertige de la page blanche et d’un héros au teint cadavérique

Publié le par Eric Bertrand

De quelle façon peut-on éprouver le monde quand on a faim, faim au point de crever la dalle comme le narrateur de ce roman du Suédois Knut Hamsun ? « J’étais devenu en quelque sorte trop las pour me conduire et me diriger où je voulais ; un essaim de petites bêtes malfaisantes avait pénétré dans mon être intime et l’avait évidé. » Il fait cependant tout son possible pour continuer à exister autrement, et s’accrocher à ce qui assurerait sa dignité : la croyance en ce Dieu qui l’accompagne, la foi en la noblesse de l’écriture pour laquelle il se sait doué, l’attrait qu’il ressent pour le charme et la beauté des femmes, mais rien n’y fait.

Le livre est une errance dans la ville de Christiana où ce beau garçon qui plaisait, qui savait travailler avec ses mains et ses muscles tout autant qu’avec sa plume ne parvient même plus à fixer son attention. Sa dérive est encore plus tragique que celle d’un personnage de Jack London qui réussit toujours, malgré la difficulté, à arracher sa pitance et à relancer son activité. La menace de la page blanche est à chaque ligne et contamine le texte au point de rendre le héros exsangue et de lui donner un teint cadavérique.

 

Dosette de lecture n°175 : Knut Hamsun, « La Faim », le vertige de la page blanche et d’un héros au teint cadavérique

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