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Juke-box n°28 : Julien Clerc : « Ce n’est rien », le chant des sirènes.

Publié le par Eric Bertrand

Des mots qui consolent, on en a tous les jours besoin mais on ne les trouve pas toujours parce qu'en face, la douleur est devenue trop grande et qu'elle ravage "le duvet qu'était ton lit un beau matin"...

Alors on essaie les paroles d'une chanson : "ce n'est rien, tu le sais bien le temps passe ce n'est rien !" Et c'est vrai "qu'avec le temps va, tout s'en va" et que souvent il laisse pousser "une fleur nouvelle"...

Mais le problème, c'est que "soudain, ça revient"... Et cette fois, on a beau mille fois se répéter que "ce n'est rien", les mille « radeaux frêles sur l'océan » ne sont plus que des « coquilles de noix » et on finit par ne plus croire aux « mille sirènes de joie ».

Juke-box n°28 : Julien Clerc : « Ce n’est rien », le chant des sirènes.

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Dosette de lecture n°193 : Patrick Deville, « Fenua », les mille détours de la Polynésie.

Publié le par Eric Bertrand

« Comment pourrait-il imaginer, Louis-Antoine de Bougainville, que de sa petite bouteille enterrée jailliraient un jour, comme d’une lampe d’Aladin, un hypermarché Carrefour de l’autre côté de l’île et des explosions nucléaires à Mururoa ? »

Avec précision et érudition, l’écrivain voyageur Patrick Deville invite le lecteur à une errance littéraire en Polynésie. Au fil de ses escales et dans le sillage du médecin Gustave Viaud – frère aîné de Julien Viaud, alias Pierre Loti - qui réalise à partir de 1860, des photographies de Tahiti, il superpose divers plans ; ainsi, il remonte aux origines du contact entre indigènes et occidentaux et cite l’exemple de Aoutourou, ce « sauvage » ramené en 1768 par Bougainville, qui, devenu très vite la coqueluche des petites marquises, se transforme en libertin ; s’appuyant sur les textes de  Diderot, il évoque aussi ce peuple de « bons sauvages », hélas abusés par l’envahisseur.

Avec une même curiosité, l’auteur part sur les traces des artistes prestigieux qui sont passés ensuite dans l’archipel : Melville, Stevenson, London, Gauguin, Ségalen, Matisse, Simenon, chacun à la recherche de l’autre … et, chemin faisant, par la force des choses, ses pas le conduisent plus près de chez nous, dans une Bretagne primitive chère à Gauguin et à Ségalen, du côté de Pont-Aven ou de la forêt de Huelgoat.

Dosette de lecture n°193 : Patrick Deville, « Fenua », les mille détours de la Polynésie.

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Juke-box n°27 : Renaud : « Mistral gagnant », les ventilateurs de la mémoire.

Publié le par Eric Bertrand

Qui n'a pas gardé, au chaud de la mémoire la marque d'une petite main serrée contre la paume, de petits doigts agrippant la chair de la nuque ou le haut des épaules, et, dans la profondeur du champ, la silhouette éphémère d'un banc, un de "ces bancs verts qu'on voit sur les trottoirs" ?

On s'y est assis avec son enfant, ne serait-ce que « cinq minutes », on a "donné à bouffer à des pigeons idiots" et on a ri comme des ventilateurs, la bouche pleine d'aérienne barbe à papa et de ces fameux "Carambars d'antan qui nous niquaient les dents".

Et puis la pluie est tombée, on a "sauté dans les flaques", on a mouillé les bas de nos pantalons et "bousillé nos godasses en se marrant"... jusqu'à ce que l'averse cesse et que le soleil s'en aille. Alors on a vu venir de gros nuages dans le ciel assassin, de ces gros nuages louches et teintés de rouge que secrète la mémoire.

Juke-box n°27 : Renaud : « Mistral gagnant », les ventilateurs de la mémoire.

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Dosette de lecture n°192 : Lawrence Durell : « Le Carrousel sicilien », agitez le chiffon rouge !

Publié le par Eric Bertrand

Comment raconter un voyage en Sicile, dans une île si odoriférante et musicale, « Jetée au travers du détroit comme un piano de concert » ? Le narrateur féru d’histoire et d’archéologie constate lui-même l’immensité de la tâche : « C’était un projet ambitieux, car je découvrais peu à peu que la Sicile n’est pas seulement une île mais un sous-continent dont l’histoire bigarrée et la variété des paysages submergent le voyageur qui n’a pas au moins trois mois devant lui pour étudier le pays, ses cultures et ses civilisations enchevêtrées. »

Pour étreindre le projet, il revient sur les pas d’une femme aimée et, à bord d’un autocar rouge chargé de passagers disparates, il découvre les divers monuments de villes et villages qui, tous, recèlent des pépites dont elle lui avait déjà parlé : Catane, Syracuse, Agrigente, Sélinonte, Erice, Ségeste, Palerme, Cefalu, Messine, Taormina…

Mais le temps manque et l’organisation du voyage, dans la promiscuité rubiconde et pimentée de l’autocar, exige bien des sacrifices et des frustrations.

Dosette de lecture n°192 : Lawrence Durell : « Le Carrousel sicilien », agitez le chiffon rouge !

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Juke-box n°26 : Michel Polnareff, « Love me, please love me » : tristesse d’amour

Publié le par Eric Bertrand

Quand on entend Michel Polnareff moduler le « je suis fououou de vous », de cette voix si caractéristique, il semble qu’on retourne à un stade élémentaire de la passion amoureuse, celle qui créait les Tristan, les Roméo ou les Des Grieux, mais à un niveau encore plus tragique car l’amour n’est pas partagé : « Devant tant d'indifférence, parfois, j'ai envie de me fondre dans la nuit ; au matin, je reprends confiance, je me dis, je me dis, tout pourrait changer aujourd'hui »

Cette idolâtrie ressentie pour la femme aimée est peut-être d’un autre âge et on n’a plus l’habitude de voir le chevalier servant aux genoux de sa maîtresse. De manière générale, la chanson, ne cesse toutefois de scander ce motif de l’amant éconduit : « Elle a les yeux révolver, elle a le regard qui tue ; elle m’a touché, c’est foutu ! » ou bien, chez Brassens : « je me suis fait tout petit devant une poupée … Je subis sa loi, je file tout doux sous son empire » ; ici, le malheureux accepte la fin tragique à laquelle un amour impossible le condamne : « Pourtant, je veux jouer ma chance, même si, même si, je devais y brûler ma vie » …

L’espoir bat de l’aile car l’amante demeure intraitable : « Je l’aime à mourir » disait l’autre, ce qui implique, certes, une dérive personnelle mais aussi un silence sournois et cruel de la part de la femme aimée : « Pourquoi vous moquez-vous chaque jour de mon pauvre amour ? Vraiment, prenez-vous tant de plaisir à me voir souffrir ? » Dans « Le Bal des Laze », au milieu des « diamants, rubis, topazes, blanches robes longues » pendant que Lord et Lady de Laze « recevaient le grand monde » et que « Jane dansait avec son fiancé », la mort rôdait déjà dans le château, comme le châtiment de l’assassin : « Je serai pendu demain matin ».

 

Juke-box n°26 : Michel Polnareff, « Love me, please love me » : tristesse d’amour

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