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Dosette de lecture n°177 : Laurent Mauvigner : « La Maison vide », le souffle du Temps.

Publié le par Eric Bertrand

Quels fantômes cache donc une vieille maison vide, une grande maison comme celle qu’habitaient, depuis 1854, les membres de la famille de Laurent Mauvigner ?

Pour répondre à cette question que chacun a pu se poser en revenant sur des lieux chers désertés par des proches, l’auteur se livre à une vertigineuse reconstitution du passé de ces silhouettes qui hantent encore les lieux ; mais il le fait avec la précision et la rigueur d’un romancier réaliste, qui s’interroge à la fois sur l’époque et la psychologie de personnages plongés dans l’Histoire, et qui reconstruit l’ensemble du tableau « comme à partir d’un fémur fossilisé, le squelette d’un animal préhistorique que personne n’a jamais vu. »

Ainsi, le roman remonte les générations et s’attache particulièrement au destin des femmes qui apparaissent sur l’une des photos tirées, dès les premières pages, du tiroir d’une commode : l’arrière-grand-mère, Marie-Célestine, d’origine paysanne, passionnée de piano et attachée à sa maison où elle s’isole souvent derrière ses partitions ; très talentueuse, elle passe des heures avec Brahms, Schumann et Chopin et, par la force des choses, tombe amoureuse de son professeur de piano ; pour cette raison, elle ne supporte pas Jules, le mari que lui impose sa famille en 1906, ni sa fille, Marguerite, qui naîtra de leur union.

Cette Marguerite aura trois enfants, dont le père du narrateur ; mais la malheureuse n’apparaît ni dans les photos, ni dans le récit des aînés. Comme sa mère, et comme son fils, plus tard, elle n’est pas heureuse et reproduit, à sa façon, une part du destin familial ; Marguerite, la grand-mère, est en effet confrontée elle aussi à la marginalisation, à la honte et à la souffrance de l’abandon. Privée du père qu’elle idolâtre et dont elle entretient l’image de héros tombé aux champs d’honneur en 1916, privée du mari qui l’a sauvée de la débauche et qu’elle essaie en vain de faire libérer pendant l’Occupation, elle n’existe plus, ni pour la société, ni pour la famille.

À la fin de cette saga du XX° Siècle, ne reste plus, au milieu de la maison, que le piano et la mélancolie que ne peut que ressentir le narrateur et, avec lui, le lecteur, confronté aux fantômes qui errent encore dans les grandes pièces vides et sur les lignes, derrière la belle couverture blanche des Éditions de Minuit, comme un drap agité par le souffle du Temps. 

 

 

Dosette de lecture n°177 : Laurent Mauvigner : « La Maison vide », le souffle du Temps.

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Juke-box n°10 : Johnny Halliday : « Quelque chose en nous de Tennessee », quelque chose qui nous dérange.

Publié le par Eric Bertrand

« A vous autres, hommes faibles et merveilleux, qui mettez tant de grâce à vous retirer jeu, il faut qu’une main posée sur votre épaule vous pousse vers la vie, cette main tendre et légère… » Par la voix de Nathalie Baye, on entend cet extrait de la pièce de Tennessee William, Une Chatte sur un toit brûlant, et on se sent tout de suite retenu par la griffe de ce « jeu » dont on ne se « retire pas ». La chanson écrite par Michel Bergé et interprétée par « le chanteur abandonné » scande « le désir de vivre une autre vie » et enregistre les défaillances de « ce cœur en fièvre dans un corps démoli ».

« On a tous en nous quelque chose de Tennessee », pourquoi ? Parce qu’on se sent enlisés dans le quotidien, parce qu’on n’en peut plus de la grisaille et de l’ennui - « Emmenez-moi au bout de la terre » chante Aznavour – parce qu’on a envie d’exercer sa liberté quelque part, « là-bas » indique Goldman, là où « tout est nimbé, tout est sauvage » Le navire semblait pourtant bien amarré, mais, sous la quille, il tanguait déjà dangereusement ; l’ancre était « vissée à quelque chose de lourd » comme l’écrit Souchon

Ce « quelque chose de Tennessee » diagnostique donc chez « les hommes faibles et merveilleux », une attraction irrésistible pour le départ, l’aspiration vers un ailleurs, la remise en question de l’habitude, mais il est le signe en même temps d’un sentiment de douloureuse mélancolie, si douloureuse qu’elle vient anéantir la joie frénétique de l’évasion : « Cette volonté de prolonger la nuit. »

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Publication de mon prochain livre : "Le Lit Mac Arthur"

Publié le par Eric Bertrand

Bonjour à tous,

Ça y est, c’est le grand jour attendu : la date officielle de la parution de mon dernier roman « le Lit Mac Arthur », le 30 janvier 2026 prochain. Pour l’obtenir en avant-première, il vous suffit de vous connecter sur le site mis à disposition par les Editions Hello : https://www.helloeditions.fr/produit/le-lit-mac-arthur/

Pour bénéficier également d’une remise, utilisez le code « MAC5 », valable jusqu’à la parution.

Si vous souhaitez davantage d’informations, n’hésitez pas à me contacter directement ou à visiter mon site d’auteur dont je vous rappelle l’adresse : https://ericbertrand-auteur.net/

Merci de votre soutien ! Et laissez-vous vite embarquer vers l’Ecosse ! 

Ecosse; château hanté; château d'Inveraray

Ecosse; château hanté; château d'Inveraray

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Juke-box n°9 : Zazie, « Je suis un homme », drôle de virilité…

Publié le par Eric Bertrand

Il est salutaire en cette période où certains hommes continuent de se croire le centre du monde et en position de supériorité par rapport à leur statut animal – même si, paradoxalement, ils rivalisent en matière de testostérone et de virilité – de réfléchir à notre véritable nature et à notre place dans le monde.

Déjà dans son Tam tam, Michel Polnareff aspirait à « redevenir un homme préhisto, avec rien sur le dos » et Jean Ferrat ironisait sur le confort ultra-moderne fourni au malheureux singe de son « Jardin d’acclimatation ». Dans le texte de Zazie, « Je suis un homme », « l’homme plein d’ambition » doté de « belle voiture et belle maison », « à la guerre en toute saison », se rend compte que, malgré tous les progrès dont il jouit, il « tourne en rond », bref, déprime et ne sait plus quoi trouver pour se divertir. Et le pire, c’est que, dans cette épreuve du vide, il détruit son espace vital, le réduit à « une terre glacée, une terre brûlée que les hommes abandonnent. »

En ce début d’année 2026, cette chanson écrite en 2007, bien avant l’invasion de l’IA, les rêves extraterrestres de Musk et le règne dédaigneux des prédateurs, résonne de façon juste et sinistre.

Homme; virilité; société

Homme; virilité; société

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Dosette de lecture n°176 : Carlo Goldoni : « Les Rustres », des masculinistes sous le masque.

Publié le par Eric Bertrand

Jusqu’à quel degré de machisme deux « rustres » peuvent-ils aller à l’intérieur du foyer qu’ils dirigent à la manière de chefs tout puissants ? Et quelle part de liberté reste-t-il aux femmes ? Dans cette comédie du Vénitien Goldoni, l’auteur s’amuse des excès de ces personnages d’hommes bouffons issus du grotesque Pantalon.

On est en plein carnaval de Venise et ce Pantalon-là, Lunardo, approuvé par son compère Maurizio, interdit à sa fille Lucietta (issue d’un premier mariage) et à son épouse (Margherita) de sortir. Avec Maurizio, à des fins de profit, il prévoit le mariage entre les deux enfants. Mais c’est sans compter sur l’audace et la malignité de l’une des femmes de leur entourage, la tante de Filipetto, fils de Maurizio. Malgré les coups de gueule, les grimaces et les menaces de son mari, elle sait très bien comment le gouverner et elle entend faire école auprès de ses craintives compagnes, quitte à ruiner d’un seul coup toutes les prétentions de tout « masculiniste avant l’heure » !

 

Dosette de lecture n°176 : Carlo Goldoni : « Les Rustres », des masculinistes sous le masque.

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