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Pourquoi j'écris ?

Publié le par Eric Bertrand

Au cours du dernier salon auquel j’ai participé hier, à L’Houmeau, l’un de mes collègues écrivains m'a demandé de bien vouloir répondre à la question : « pourquoi écrivez-vous ? » afin de fournir matière à son prochain ouvrage. Moi qui ai eu le même type de démarche au sujet de la lecture lorsque j'ai écrit « Lire ou pâlir à sa vue », je trouve important de saluer cette interrogation et d’essayer de fournir quelques éléments de réflexion, même si, sans doute, il y a des mobiles qui m’échappent.

  • J'écris par nécessité organique, parce que j'avoue que je me sens un peu mal quand je n'écris pas pendant un certain temps.
  • J'écris pour mieux entrer dans les livres et dialoguer avec les auteurs que je lis.
  • J'écris pour réagir à ce que j'entends et à ce que je vois dans les actualités.
  • J'écris pour entrer dans un univers qui ne me quitte plus pendant le temps de la création.  
  • J'écris pour cerner, approfondir et exprimer un point de vue sur le monde car je trouve que mes discours à l'oral sont faibles et insuffisants.
  • J'écris pour mettre en relation des thèmes, des temporalités et des espaces distants les uns des autres.
  • J’écris pour rencontrer des lecteurs.
  • J'écris pour toucher l'imagination et la sensibilité des lecteurs.
  • J'écris pour raconter le monde et raconter l'homme en liant les destins individuels et le destin collectif.
  • J'écris pour cerner davantage cette condition humaine que nous affrontons jour après jour, avec nos forces et nos faiblesses.
  • J'écris pour sortir de moi, pour être un autre : homme, femme, enfant, être vivant, objet et ainsi varier les points de vue sur une réalité qui toujours échappe.
  • J'écris pour malaxer les mots, les phrases et la cohérence des paragraphes et des parties afin de parvenir à un ensemble que je juge enfin cohérent. 
  • J'écris pour affiner cette tension vers l'art et vers le Beau (sous toutes ses formes) que j'ai toujours ressentie.

 

Pourquoi j'écris ?

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Dosette de lecture n°180 : Balzac : « La Femme de trente ans » « Du côté de la barbe est la toute puissance… »

Publié le par Eric Bertrand

Dans quelles conditions une femme au début du XIX° Siècle parvient-elle à échapper à son statut de femme mariée et à opérer un changement dans sa destinée ? Très moderne en son genre, Julie d’Aigremont, victime à vingt ans de la vanité de l’amour et des déceptions du mariage, s’émancipe de son mari et des lois selon lesquelles elle a été éduquée : « N’était-elle pas obligée d’honorer une idole creuse, de protéger son protecteur, pauvre être qui pour salaire d’un dévouement continu, lui jetait l’amour égoïste des maris… »

Dans ce roman, hélas un peu décousu, Balzac amène le lecteur à suivre l’évolution de la belle et intelligente Mme d’Aigremont, qui, du haut de ses trente ans, continue de plaire aux hommes. Ce choix de vie, que le romancier analyse avec tact et lucidité, se double de discours féministes que l’héroïne n’hésite pas à tenir devant son mari et même devant le curé : « La nature étouffe les êtres faibles, vous les condamnez à vivre pour les livrer à un constant malheur. Le mariage, institution sur laquelle s’appuie aujourd’hui la société nous en fait sentir à nous seules tout le poids : pour l’homme, la liberté, pour les femmes les devoirs (…) Le mariage tel qu’il se pratique aujourd’hui me semble être une prostitution légale. »

En se glissant dans les mots de son personnage, le romancier laisse une fois de plus s’exprimer une révolte qui ne cesse de gronder à toutes les époques et dans tous les continents.

Dosette de lecture n°180 : Balzac : « La Femme de trente ans » « Du côté de la barbe est la toute puissance… »

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Juke-box n°14 : Etienne Daho : « Ouverture », une affaire de planètes...

Publié le par Eric Bertrand

Dans la chronique sur la chanson « Bonne idée » de J.J Goldman, j’évoquais cette « lumière » qui guide celui qui « marche seul » ou pire, qui est « comme un homme à la mer ».

Avec « Ouverture » dans l’album « Réévolution », Daho promet davantage qu’un « week-end à Rome ». Il ne s’agit plus, pour le « cœur de pierre », de faire semblant, de prendre des pauses, « de se vouloir fort et fier » mais « d’aller vers son destin, la démarche paisible, superbe et enfantin ».

Et le premier « choc » passé, après une sorte de nouveau et inédit « duel au soleil », commence enfin, au-delà « des mirages et des pièges nombreux » la merveilleuse fertilisation d’une « planète invisible » par une autre. Alors, « la nuit est finie, on sort de la grisaille, on décolle de ce bitume » et on va vers « une vie martienne ».  

 

Juke-box n°14 : Etienne Daho : « Ouverture », une affaire de planètes...

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Dosette de lecture n°179 : Didier Daeninckx : « Galadio », le derrière du singe

Publié le par Eric Bertrand

Pourquoi, pendant la période de l’ascension du 3° Reich, un jeune métis nommé Galadio est-il appelé Ulrich par sa mère ? Est-il le fruit du viol d’une « honnête femme » par un « tirailleur sénégalais » comme tend à le faire accroire la propagande nazie ? Or, ce Galadio, fils d’un Soudanais massacré comme les autres, est le narrateur de ce roman et, grâce à lui, le lecteur parvient à lever les masques de la société allemande de l’époque. Avec des accents qui font écho, hélas, à ce qui est en train de se produire à nouveau aujourd’hui, l’auteur pointe des dérives dangereuses : « Seul un dirigeant fort peut nous apporter le salut. Il doit éliminer la partie malade et faible, empoisonnée et nuisible. Il doit aérer la partie saine afin qu’elle puisse croître (…) Nous ne voulons pas, dans nos villes et nos campagnes, vivre sous la botte des Gaulois de couleur ».

L’une des forces de ce petit roman, c’est donc le statut de narrateur confié à cet autre « cannibale » … Dans l’ouvrage du même nom qui précède celui-ci, l’auteur a très bien montré à quel point « l’indigène, le sauvage » est objet de moquerie et de « publicité » en faveur de « la civilisation ».

Au contraire, son héros échappe à ce stéréotype : il est lucide, perspicace, intelligent ; par sa lecture vigilante des journaux, des slogans et des caricatures, il dénonce le mensonge et la propagande. Et si, grâce au cinéma et aux films dans lesquels il obtient un statut de figurant, il a plus de chance que ses semblables, il n’échappe pas au ridicule et au mépris que lui inflige le regard des Blancs. Mais quand on lui fait dire par exemple : « Plus le singe monte haut, plus il montre son derrière. », le lecteur se demande de quel derrière il s’agit. 

 

Dosette de lecture n°179 : Didier Daeninckx : « Galadio », le derrière du singe

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Juke-box n°13 : Pierre Perret : « Ma nouvelle adresse », quand on n’en peut plus...

Publié le par Eric Bertrand

On râle, on s’insurge, on milite, on s’indigne : “Indignez-vous ! » - l’expression est à la mode - Et puis un jour, on a envie de tout laisser tomber, de tourner le dos à « cet air de robot content, à cette course avec le temps », et surtout à cette civilisation bâclée, avec ses « matches à la télé », ses « pubs de mousse à raser » et de produits cosmétiques, ses infos détraquées et ses gangsters « pavoisés ».

Alors, comme Brel, Perret, Souchon ou Aznavour, on a envie de « mettre les bouts », de « tailler la zone » et de se laisser « emmener vers des pays inconnus où l’on vit presque nus dans l’éternel été ». Et, parce que c’est souvent impossible, on s’imagine une « nouvelle adresse », un lieu de décrochage sous « le vent sucré des îles nacrées », un archipel épargné où soufflent « les alizés ».

Par chance, on aperçoit une voile qui s’élève à l’horizon et on entend, sur l’infini de la mer, la chanson de « mon ami Jacques » ; derrière le brouillard de la vie, il chante « Les Marquises » et, avec des frissons dans la voix, affirme que « le rire est dans le cœur » ; lui aussi laisse aux « cocotiers » le soin « d’écrire des chants d’amour » pour des « filles qui s’amusent à rire » de nos souvenirs.

 

 

Juke-box n°13 : Pierre Perret : « Ma nouvelle adresse », quand on n’en peut plus...

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