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livres

Le livre à l’école : ménager la chèvre et le chou

Publié le par Eric Bertrand

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                Le prof au collège est tiraillé entre deux tentations : celle de la littérature jeunesse et celle de la littérature classique. Les programmes officiels tendent vers cette dernière et je m’en suis ravi lorque je les ai découverts il a quatre ans. Mais après usage, force est de dire que la tendance est plutôt chou que chèvre et que la majorité des élèves attirent vers le fond ceux qui voudraient tendre vers « plus haute graisse » (comme le dit joliment Rabelais)

                 Au lycée, la tendance est inverse. Pas de quartier, la Littérature tient la barre, bon an mal an, et je reviens sans plus aucun scrupule vers les maîtres (que je n’ai jamais abandonnés, mais que je supportais de moins en moins de voir traînés sur l’autel de la Bêtise et de la Vulgarité)

                 Le dilemme, ce n’est plus « comment simplifier », « lyophiliser » « faire avaler » ? Mais qui choisir entre Hugo, Balzac, Flaubert ou Maupassant ?  Bref, même si les élèves de lycée sont de plus en plus de « grands collégiens », ils sont cependant plus « chèvres » que « chous », et il y a même, dans ces chèvres-là, des chèvres de Mr Seguin, à l’esprit libre, capables de s’aventurer dans les zones de pensée franche.

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Article du mois : l’univers de l’ami Brassens

Publié le par Eric Bertrand

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Margoton, Marinette, Fernande, Hélène aux sabots, Pénélope, femme d’Hector, Cendrillon... Elles ont des charmes d’un autre âge les dames du temps jadis que chante Brassens. Comme sous les boules à neige qu’on vend aux touristes, elles se mettent à bouger dans les « flocons des neiges d’antan ».

               Pamphile, Nestor, Archibald, vieux Léon, brave Martin... Les hommes qui les courtisent appartiennent eux aussi à une catégorie à part de séducteurs. Ils se retroussent les manches et ils vont à la chasse aux papillons.

               Cupidon, grand Pan, Saturne, Vénus et Bacchus, ces dieux-là sont à chaque fois de la partie. Impossible de faire sans eux... Ces compères savent rigoler. Rigoler comme Villon, maître François et tous les « foutrement moyenâgeux » qui poursuivent les belles parmi les amandiers, les bancs publics, les bistrots, les chênes et les claires fontaines.

                Ils disputent leur place aux cocus, aux croque-notes, aux gros dégueulasses ou aux pandores. « Gare au gorille ! » Ils retroussent les nonnettes et les nonnains, les punaises de sacristies, les jeunes veuves et les filles à cent sous. Ils se font tout petits devant les jolies fleurs, et les poupées. Ils leur apprennent les ricochets, les marguerites et les filets à papillon. Ils réparent les paratonnerres, franchissent les ponts (« il suffit de trois petits bonds »), fument les bonnes vieilles pipes en bois et cueillent des baisers sous la treille ou sous le parapluie.

                 Ecouter Brassens, c’est se mettre sous le parapluie et entendre ruisseler toute la vieille langue qui nous vient de Villon, de Rabelais et de La Fontaine et qui traverse le temps ou le paradis, « on ne perd pas au change, pardi ! ».

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Flaubert au scalpel de la biographie (6/6)

Publié le par Eric Bertrand

 

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                      Le goût de l’Art et la volonté d’impersonnalité déclarée de Flaubert rendent donc sa présence quasi transparente dans les romans. Dans la vie même, l’homme, le bon colosse normand, se tient à l’écart de tous, réfugié à Croisset où il « gueule » les phrases pour les « tourner » à sa manière, à l’écart des plaisirs des autres hommes (il considère que l’art doit occuper entièrement celui qui l’a choisi), à l’écart des femmes (ou alors de façon très épisodique avec la très libre Louise Collet qui devient surtout, avant Georges Sand, la correspondante à qui il confie ses tourments et ses affres d’écriture), à l’écart également des modes...

                  En effet, si, dans les manuels, on étiquette Flaubert comme le « chef de file du mouvement réaliste », il méprise le naturalisme et le goût ordurier de ses contemporains, exècre l’idée d’être « un fonctionnaire », un chef de régiment. Il sacrifie immanquablement à l’Art... L’âge avançant, ses voyages, ses sorties, il ne les fait que pour accumuler les notes à la bibliothèque ou pour « respirer » l’atmosphère de ses personnages : Normandie de Bouvard et Pécuchet... Aussi n’est-il présent que par petites touches dans ses œuvres, par gouttes pulvérisées. Par exemple le neveu et la nièce de la sublime Félicité dans un Cœur simple, c’est un peu lui dans ses jeunes années, et un peu sa nièce Caroline dont sa mère, après le décès de sa sœur, a eu la charge à Croisset.

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Flaubert au scalpel de la biographie (5/6)

Publié le par Eric Bertrand

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              Revenons à Mme Bovary. Bien conscient de la nécessité de changer son style, Flaubert lit dans un journal local l’histoire d’une certaine Delphine Delamare. C’est aussitôt « le bon sujet »... On n’est plus dans le rêve ni dans l’extraordinaire mais dans le fait divers le plus banal. Une affaire d’adultère qui secoue une petite ville de province...

                 Le romancier en rassemble les acteurs et en fait les modèles de Mme Bovary : autour de l’insatisfaite petite bourgeoise Delphine Delamare, il fait tourner un don Juan de Clochemerle, un clerc de notaire sans épaisseur, un pharmacien badigeonné de vanité, un ecclésiastique lourd et borné...

 

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Flaubert au scalpel de la biographie (4/6)

Publié le par Eric Bertrand

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                        Parallèlement à cette « apparition », il y a chez Flaubert la découverte de l’espace charnel. Le sexe est présent dans l’œuvre et l’amène à reparcourir autrement l’aventure intense vécue avec une certaine Eulalie Foucaud rencontrée à Marseille à la veille de son voyage en Orient. Rosanette joue ce rôle initiatique auprès de Frédéric...

                  Est-ce là toute l’activité érotique du maître à penser du galant et irrésistible Maupassant ? La scène originelle dans laquelle puisera l’auteur du récit quasi autobiographique de Novembre ? La chute dans la chair de celui qui deviendra très vite un ours réfugié auprès de sa mère dans les colonnes de Croisset ? Et qui prêchera au cher Guy l’abstinence...

                     Ce serait oublier la débauche en Orient, au cours de ce voyage réalisé en compagnie de Maxime Ducamp. Toute la fascination pour les langueurs et les femmes lascives des harems nourrissent les pages de Salammbo. Flaubert consacre à son évocation de Carthage de brûlantes pages imprégnées d’érotisme et de désir. Nul doute qu’il en a puisé les sources au cours de certaines de ces extases aux côtés des prostituées rencontrées en Orient.

 

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