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livres

Flaubert au scalpel de la biographie (3/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Les personnages féminins chez Flaubert ne sont pas toutes « plates comme des trottoirs de rue ». Bien au contraire ! « Les femmes rayon » comme les appelle Hugo, il les a connues : c’est le souvenir éblouissant d’Elisa Schlésinger qu’il voit sur la plage de Trouville alors qu’il n’est qu’un adolescent.

                    La jeune femme est de quelques années son aînée, il ose à peine l’aborder, elle irradie... restera toute sa vie cette intouchable déesse qui inspire le personnage inaccessible de Mme Arnoux dans l’Education Sentimentale. Frédéric Moreau tremble devant cette idole comme le jeune Flaubert a tremblé. Et jusqu’à la fin du roman, elle reste cette « apparition », bien au-delà des Rosanette et autres courtisanes qui ne font que côtoyer le jeune homme sensuel. Emma n’est l’idole de personne. Comme l’écrit Flaubert, « il ne faut pas toucher aux idoles, il en reste toujours quelque chose aux doigts ».

 

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Flaubert au scalpel de la biographie (2/6)

Publié le par Eric Bertrand

 

 

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                  Le père de Flaubert est chirurgien. Il voit de près la maladie, renifle les instruments de l’officier de médecine, soupèse la réalité organique dans laquelle l’être humain est souvent précipité. Est-ce un hasard si Charles est médecin de campagne ? Dépouillé de tout romantisme par le poids des veilles et des tabliers d’accouchement, il accompagne malgré lui la vie d’Emma.

                S’il ne danse pas au fameux bal de la Vaubyessard (début du tournoiement des rêves d’Emma), parce « ses pieds lui rentrent dans le corps », il valse allégrement dans cette espèce de cynique danse macabre qu’est la guerre livrée à la maladie. En même temps qu’Emma, sans cesse écoeurée par le rappel de la vie lourde de Yonville, par le défilé des journées corbillardes, le lecteur ne peut oublier cet espace sanitaire dans lequel l’enfant Flaubert a grandi.

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Flaubert au scalpel de la biographie (1/6)

Publié le par Eric Bertrand

 

 

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               Il est toujours intéressant d’effectuer un rapprochement entre la vie et l’œuvre d’un écrivain, et quand cet écrivain est le champion de « l’esthétique de l’impersonnalité dans le roman » et s’appelle Gustave Flaubert, c’est encore plus intéressant.

                 Flaubert m’amuse beaucoup, au même degré que Victor Hugo, et puis j’honore en lui ce goût du travail, de la ciselure qui occupe tellement à mon sens le travail de l’écriture. Flaubert est un galérien, un « redresseur des torts » de la métaphore et de l’Idéal et il n’est qu’à voir la distance qui sépare l’un de ses écrits de jeunesse, « Novembre » de Mme Bovary pour le comprendre.

                 Lorsqu’il a lu à ses amis et complices littéraires ses premiers écrits, Flaubert a dû se faire à l’idée que la littérature romantique avait bien vécu et qu’il fallait, pour percer, écrire autrement... Chasser l’exaltation, bousculer l’Idéal, tordre le lyrisme, en un mot, étouffer Emma. En ce sens on comprend la phrase souvent citée : « Mme Bovary, c’est moi ! ». « Quel lourd aviron qu’une plume » gémit l’écrivain.

                  Flaubert n’a cessé de se battre avec ses aspirations romantiques et de s’escrimer à pointer la phrase parfaite, comme on pointe un papillon dans une collection. Alors que la majorité des écrivains de son époque exaltaient le moi dans la littérature, lui cherchait à se faire oublier dans le filet du texte...  Après lecture de l’excellent ouvrage que lui consacre Henri Troyat, je réserve la série d’articles à venir à quelques échos de la biographie de l’auteur que le lecteur perspicace trouve néanmoins dans son œuvre.

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Bêtisier littéraire

Publié le par Eric Bertrand

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               L’enseignement est riche en échanges et en va et vient entre la parole du prof et celle des élèves. Des livres ont été écrits sur « les perles » trouvées dans les copies et régulièrement circulent sur le net des énormités dont on ne sait pas si elles relèvent du fantasme ou de la vérité. Le fait est que, malgré la relative « retenue » de mes élèves, soucieux de bien faire pour la plupart, j’ai pu noter certains « bons mots » qui peuvent aussi faire sourire le connaisseur.

               Ainsi, à propos de l’Assommoir de Zola, on se souvient peut-être que l’un des fils de Gervaise et de Lantier, Etienne, devenait le personnage principal de Germinal et exhortait les mineurs à se révolter contre la difficulté de leurs conditions de travail : et bien voici ce que j’ai appris : « Lantier part dans le nord pour poser des mines »...

                Autre perle... Dans le dernier des romans de la série des Rougon-Macquart, le docteur Pascal entreprend de dresser l’arbre généalogique de la famille pour mieux en cerner les antécédents et comprendre le processus de l’hérédité. Apprécions-en l’interprétation que propose un autre « candide »: « Il crée des monstres pour les transformer en sages ». Un roman peut en cacher un autre !

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« D’autres vies que la mienne » d’Emmanuel Carrère

Publié le par Eric Bertrand

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« Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d’amour. Tout y est vrai ». Comme il l’indique dans sa préface, l’auteur a voulu réfléchir sur « le difficile métier de vivre » en confrontant plusieurs destins humains. Et il le fait avec beaucoup d’empathie et une plume sans concession, attentive aux moindres palpitations de la vie qui s’en va. Catastrophes, cancers, usures diverses.

             Tout commence mal. Une obscure angoisse pèse sur les premières pages. Pourtant, le narrateur est en vacances avec sa compagne et le fils de cette dernière sur un rivage paradisiaque... Mais c’est à quelques instants du tsunami qui va ravager la région du Sri Lanka. Est-ce un hasard, les personnages sont ennuyeux, désagréables à force d’indifférence et d’égoïsme. Ils ne savent pas ce qui se prépare. Impression d’égarement des destins, des rencontres sans conséquences, des relations humaines. Et puis soudain, l’engouffrement du drame.

               Le Destin frappe. Sème la mort. Le désastre à partir de la plage. Inonde les rues, les piscines, les hôtels. Les gens courent affolés de toutes parts, les personnages disparaissent dans le chaos... Disparaissent puis émergent à nouveau, tout doucement, presque honteusement.

               La mort irréversible s’est cristallisée. Autour d’eux, d’autres destins affleurent et montent à la surface : la petite Juliette, 8 ans, fille d’un couple rencontré à l’hôtel... Et puis, en cascade, la nouvelle de la mort de Juliette, la sœur d’Hélène, arrachée à la vie par le cancer. Le contact du narrateur avec un collègue de travail de Juliette, atteint lui-même d’un cancer et à qui on a coupé une jambe. Encore adolescent, il raconte lui aussi le désarroi à l’annonce de la maladie, l’impression brutale d’être confronté à la pire de ses hantises : celle du rat qui ronge son visage. Mais un rat invisible, opérant dans l’organisme.

               Un livre dur, sans sensiblerie, mené comme une enquête dans les banlieues chaudes de la condition humaine.  

 

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