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livres

Andrei Makine : « le Testament français » (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

          

Eté (partie 2) (12) [1600x1200]

               La scène se passe en Sibérie. L’auteur raconte comment il a « ébloui » un soldat rude et inculte par le seul récit du contenu de l’un des beaux poèmes de Hugo extrait de « l’Année terrible ». Sa grand-mère le lui avait raconté et il le fait à son tour à cet auditeur inattendu.

 

Sur une barricade, au milieu des pavés

Souillés d'un sang coupable et d'un sang pur lavés,

Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.

— Es-tu de ceux-là, toi ? — L'enfant dit : Nous en sommes.

— C'est bon, dit l'officier, on va te fusiller.

Attends ton tour. — L'enfant voit des éclairs briller,

Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.

Il dit à l'officier: Permettez-vous que j'aille

Rapporter cette montre à ma mère chez nous ?

— Tu veux t'enfuir ? — Je vais revenir. — Ces voyous

Ont peur ! Où loges-tu ? — Là, près de la fontaine.

Et je vais revenir, monsieur le capitaine.

— Va-t'en, drôle ! — L'enfant s'en va. — Piège grossier !

Et les soldats riaient avec leur officier,

Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle ;

Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle,

Brusquement reparu, fier comme Viala,

Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voilà.

 

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Andrei Makine : « le Testament français » (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

 

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                  En ces temps où le français est souvent malmené, il est plaisant et, pour certains Don Quichotte de la langue, jubilatoire de tenir en main des livres qui rendent hommage à la belle langue et à la culture françaises. C’est le cas de Makine, écrivain d’origine russe qui se penche sur son enfance et sur ce qu’il appelle son « Atlantide », à savoir la lente remontée à la surface de cette terre d’origine, la France, que lui révèle sa grand-mère Charlotte.

                  Charlotte a vécu à Paris dans l’entre-deux guerres, elle en a conservé une élégance, une distinction, un charme qui nourrit et enrichit le narrateur et le pousse à se construire à travers la conscience de cette altérité. Le récit de la grand-mère l’amène tout naturellement à la Littérature qui lui facilite l’accés à la Beauté du français.   

                   Non seulement le récit traque les images enfouies, les mots, les paysages, les figures colorant cette « cité engloutie », mais chemin faisant, il rend au français, par la noblesse de son style et la délicatesse de ses références, un hommage vibrant. Je reviens demain sur l’une de ses références qui m’ont particulièrement interpellé puisqu’elle faisait référence à Hugo...

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« J’ai saigné » de Cendrars : dis Blaise, tu t’en souviens ?

Publié le par Eric Bertrand

                « Voyager pour boire des pays comme l’on boit des cocktails et surtout faire pas mal de mixtures et utiliser les moyens de transport comme un shaker ». Blaise Cendrars fait partie de « la troupe » de ces écrivains dont je suivrais allègrement le sillage... Voyages, aventures, sacs, ressacs et cognements de l’écriture... Il y a de cela peu de temps, trois wagons d’écrivains, parmi lesquels Olivier Rolin, (dont j’ai souvent parlé dans ce blog), s’étaient donné rendez-vous dans le mythique Transsibérien pour effectuer les quelques 9000 kms, de Moscou à Vladivostok, à bord de wagons rebaptisés « Blaise Cendrars ».

                Cendrars, c’est, pour beaucoup de lecteurs, « la Prose du Transsibérien »... « Et mes mains s’envolaient aussi avec des bruissements d’albatros (...) » Magnifique poème mélodique, mélopée du rail, rythmique que connaissent tous ceux qui ont passé leurs nuits et leurs journées dans la peau des « chemineaux » à la façon London ou Kérouac.

                 Mais qui connaît « J’ai saigné » ? J’ai lu ce petit récit dans le cadre de ma préparation de cours sur les auteurs et l’expérience des deux guerres... Cendrars est avant tout, comme Rimbaud, un ex-légionnaire, un homme d’action, un court-circuiteur de langue. Tout est explosif dans sa manière de raconter le réel. Quand il perd sa main droite sur le front en 1915, il se retrouve dans un hopital et côtoie la misère de la guerre. L’occasion pour l’écrivain « écorché vif » de pousser un cri contre toutes les formes de barbarie.  

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« Simenon et les secrets de La Rochelle » de Michel Carty

Publié le par Eric Bertrand

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                Beau titre auquel je n’ai pu résister quand on sait à quel point, en ce moment, tout ce qui touche à La Rochelle m’intéresse, non seulement parce que c’est la ville où j’habite, mais aussi parce que je sais désormais qu’elle constitue le fond sur lequel va se découper mon prochain ouvrage (dont la forme m’échappe encore).

                Je viens donc d’avaler ce livre écrit par un spécialiste du romancier d’adoption rochelaise : comme je l’ai découvert en arrivant dans la région, Simenon a aimé « plus que tout » la ville de la Rochelle et a voulu s’y installer. Il a résidé dans la région (Marsilly, Nieul, La Rochelle) un certain nombre d’années et surtout, rédigé de nombreuses fictions qui ont pour cadre cette cité propice au roman noir.

                 Outre l’origine réelle de nombreux personnages, l’ouvrage parcourt les rues citées dans les romans et complète ainsi mon travail actuel de recherche sur la toponymie.

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Le complexe d’idéfix : hommage aux arbres et « Chroniques martiennes » (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

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               Qu’arriverait-il sur la planète Mars si l’homme parvenait à y envoyer des expéditions ? C’est la question que pose l’écrivain de science fiction Ray Bradbury dans ses fabuleuses « Chroniques martiennes »... L’auteur de « Fahrenheit 451 » n’a jamais été tendre pour ses concitoyens et il fustige la société de consommation dont la civilisation américaine est le modèle absolu.

               Bien avant Kevin Kostner ou James Cameron, il réhabilite les peuples de « sauvages » que l’Américain vient dominer. Les Martiens sont des êtres délicats, sensibles et esthètes. En face d’eux se présentent des brutes, des spéculateurs (ce couple qui espère par exemple monter une boutique de hamburgers dans l’une des vallées martiennes)... Mais tous les personnages ne sont pas ainsi. Il y a parmi eux des rêveurs, des poètes, et par exemple ce Benjamin Driscoll, héros d’une belle chronique : « le matin vert ». Et voici le retour des arbres ! Arbres de Giono, puits à oxygène, « pièges à vent », « mineurs de sources », ils vont permettre à Benjamin d’honorer le désert martien et de faire recouler l’eau dans les canaux assêchés.

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