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livres

René Frégni tel qu’en lui-même à Manosque (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

                  Je prolonge cette série d’articles consacrés à René, vu qu’il a, parmi mes lecteurs, ses inconditionnelles. Comme le font sentir les trois extraits d’interview que je republie à cette occasion, René excelle dans l’expression des ressentis... C’est un écrivain doté de cette « tendresse » des loups pour reprendre l’expression de l’un de ses romans.

                  L’article du  Telérama que j’ai cité hier insistait sur la beauté de « Elle Danse dans le noir » consacré à l’accompagnement de sa mère, et à l’épreuve du deuil d’un homme qui se sent tout à coup terriblement seul avec sa petite fille (après avoir été abandonné par sa femme).

                  Il y a sans doute la même détresse et la même émotion dans cette « Fiancée des Corbeaux » : la première fois que j’ai rencontré René, c’était dans un café un Saint-Malo, lors du Festival Etonnants voyageurs et il m’a vite parlé de son attachement à sa fille Marilou. J’y reviens demain...

 

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Le retour de René Frégni

Publié le par Eric Bertrand

              J’ai déjà à maintes reprises consacré des articles dans ce blog à René Frégni qui est, en même temps qu’un écrivain que j’apprécie beaucoup, un ami. Il y a même sur you tube deux vidéos qui retransmettent « l’interview » improvisée chez lui, à Manosque.

              Un article dans « Télérama » vient d’attirer mon attention sur ce roman qui vient de sortir et dont j’ignorais l’existence (la rencontre à Manosque n’a pu se faire cet été suite à un malencontreux malentendu). Je viens de commander l’ouvrage et je promets d’en fournir le plus vite possible une synthèse personnelle ici même. En attendant, je livre ici l’article de Télérama qui souligne les qualités intrinsèques de l’écrivain. (J’en souligne les points pertinents)

 

Une fin d'octobre, René Frégni se met à table. Cahier, stylo plume, encre noire. Aujourd'hui encore, il ignore - dédaigne - le matériel informatique. Sa fille, que ses lecteurs ont rencontrée dans quelques-uns de ses précédents livres, vient d'avoir 18 ans. Le bel âge pour voler de ses propres ailes. Mais partir, c'est contraindre le père à la solitude - à l'écriture ? Dans un silence qui désormais l'envahit - il dit « vivre avec le silence » comme on dit vivre avec une personne - René Frégni habille de mots doux les riens des jours. La Fiancée des corbeaux est le douzième ouvrage de l'écrivain. Une sorte de journal, intime forcément, qui court de l'automne au printemps. L'auteur prend soin de noter les dates (27 octobre, 19 février ou 13 juin), mais n'indique pas l'année. Qu'importe, c'était hier, ou il y a dix ans, c'est toujours cuisant.

L'homme se met à nu, ce n'est guère la première fois. Depuis ses débuts, en 1988, toute son œuvre (1), même baptisée roman, raconte son époque, ses aventures, bonheurs et malheurs. René Frégni est lui-même un personnage de roman. Il est son propre personnage, une mine d'or... noir. Parfois à peine dissimulé ou, au contraire, comme aujourd'hui, héros pour de vrai. Mieux encore : un antihéros, un homme à bout de souffle, père meurtri mais écrivain au mieux de sa forme, qui cherche une réconciliation avec la vie et la trouve avec les mots : « Rien que le plaisir d'attraper un souvenir, une lumière, un peu de vie. [...] Ecrire au fil de l'eau, des saisons, de presque rien. » Avec une nouvelle liberté, celle qu'impose la solitude, une espèce de réclusion volontaire.

La destinée de l'écrivain peut se lire rien qu'à travers les titres de ses ouvrages, romans d'amour ou romans noirs, tous trempés d'une sourde mélancolie, poésie des brumes et fougue libertaire : Les Chemins noirs, Tendresse des loups, Le Voleur d'innocence, Où se perdent les hommes, et le magnifique Elle danse dans le noir, hymne absolu à la mère disparue, et tant d'autres encore, marqués de cris de révolte, Lettre à mes tueurs, Tu tomberas avec la nuit...

Dans La Fiancée des corbeaux se mêlent des images de l'enfance, celle de la fille envolée, et la sienne - ivresse de la jeunesse. Surgit encore une fois cette mère tant aimée à qui il rend visite au cimetière, à la nuit tombée : « Maintenant que ma mère est ici, c'est l'endroit le plus rassurant de la terre, même à minuit. Mortes, nos mères veillent encore sur nous. »

 

 

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Raconter le réel et la vérité dans l’autobiographie

Publié le par Eric Bertrand

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                   Même si c’est un genre dont je me méfie, l’autobiographie mérite une attention toute particulière dans la mesure où elle est à la base de nombreux ouvrages. La vie nourrit le récit qui se déclare « autobiographique » mais en même temps, et de façon plus profonde, elle travaille la fiction... Combien de fois ai-je croisé dans mes personnages, mes répliques, mes situations, des éléments offerts par certains de mes souvenirs... Mais ceci est un autre problème.

                    Je peux cependant m’exprimer aussi sur ces œuvres totalement autobiographiques que sont « la Route, la poussière et le sable », « Pour y voir Clerc » ou encore la nouvelle « aimer la vie » dans « Nouvelles pour l’été ». Nathalie Sarraute met en doute la vérité de l’autobiographie dans « Enfance » et explique qu’un auteur ne montre de lui que ce qu’il a envie de montrer, occultant ainsi la vérité de l’être.

                    Moins sarcastique, moins « iconoclaste »,Virginia Woolf analyse plus simplement les choses dans « Instants de vie » : elle raconte que ses premiers souvenirs la mettent en présence de grandes fleurs sur la robe de sa mère dans le train qui les amenait à Londres ou à St Yves et elle ajoute qu’il sera plus commode que ça soit St Yves, car dans ce cas, cela lui fournira une justification esthétique... Je peux le confirmer : tout est là... Même au cœur de la plus sincére des démarches autobiographiques, ce qui compte avant tout dans une œuvre destinée à la lecture, c’est la vérité esthétique !

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Trois pièces à éditer : Gulliver, Petit Prince et voyages dans les Fables

Publié le par Eric Bertrand

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                      Même si la pièce que je consacre à Gulliver est prête (du moins sur le papier, puisque nous en travaillons la mise en scène) et qu’il y a, derrière, deux autres pièces (le Petit Prince, les Fables), ma préoccupation majeure en termes de publication est celle de la chanson et d’un ouvrage sur les rues de La Rochelle.

                     Profitant de ces vacances, je fais le point sur cette matière disponible que constituent mes dernières pièces de théâtre susceptibles d’intéresser des éditeurs. J’ai en effet pris le parti de réserver à Aléas la dernière œuvre et d’essayer de nouvelles stratégies pour mes pièces. En ces temps de printemps propices à la germination, je n’en dis pas davantage

 

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Le naufrage de la haie et la banalité du paysage (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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                   Je parcourais lundi un article de la plume de Michel Serres paru dans Ouest-France dans lequel il déplorait, entre autres « déserts », l’apparition du « désert agricole ». Après l’exode rural, plus de haies dans les champs, plus de barrières naturelles marquant la frontière entre deux zones de culture, arbustes, noyers, pommiers, cerisiers, pruniers, pêches de vigne, noisettes, muriers... (Je revois certains de mes sentiers isérois le long desquels je m’évadais...) Tout est arasé, uniformisé, rentabilisé... Dans cet arrangement du territoire, quel espace à la fantaisie, à l’errance, à l’imaginaire, à l’humus ?

                   Tant de choses en effet vont dans ce sens depuis quelque temps. Est-ce un signe supplémentaire de la mondialisation ? De la marche triomphale de la société de consommation qui exhibe désormais dans les villes et à l’entrée des villes, les mêmes panneaux publicitaires, les mêmes franges, les mêmes paillettes ?

                    Quel espace le poète peut-il encore investir avec son sac à dos, son « unique paletot à poches trouées » et ses « manteaux de bure dans lequel on voit des constellations » ? Ecoutons le vagabond Rimbaud, spécialiste du talus, (sur la pente du talus les anges tournent leurs robes de laine dans les herbages d'acier et d'émeraude)  s’émerveiller au XIX° siècle de la magie des ponts, véritables frontières entre deux mondes...

 

Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bombés, d'autres descendant ou obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s'abaissent et s'amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D'autres soutiennent des mâts, des signaux, de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d'autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d'hymnes publics ? L'eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. - Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.

 

 

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