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livres

« Paroles de Lecteurs » (12) Les ateliers d’écriture de Colette If du Loup des Acqs : Sous le masque.

Publié le par Eric Bertrand

             L’auteur est au féminin, l’initiateur au masculin. Il me fallait choisir un pseudonyme pour rendre compte d’un travail collectif de deux ans en classe de 1ère L essentiellement féminines. Colette If donc, est une femme libre, sortie tout droit de l’univers du roman noir et inspirée à l’origine par un thème proposé au salon « Etonnants Voyageurs ». Elle produit entre 99 et 2001, trois ouvrages.

 

Black Polaroïd : le style roman noir.

 

               16 auteurs, 16 nouvelles et dans chacune d’elles, une écriture libérée, dans des espaces déconcertants où les auteurs doivent se mettre en scène sous un pseudonyme. En face des rares garçons, les Ronaldo, Luigi Callaci, Alix Birtram (mon pseudonyme hérité de mon séjour à la prison de New Orleans), galerie de femmes dont les photos sont encore disponibles dans les premières pages du livre Miss Morsure, Docteur Hache, Loulou la Blanche, Miss Krane, Lolita....

               Profils de femmes qui ont surpris René Frégni à St Malo et dont le film va donner un instantané.

 

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« Paroles de Lecteurs » Loudéac (11)La Route, la poussière, le Sable : apprentissage.

Publié le par Eric Bertrand

  

              Dans ce roman à caractère largement autobiographique qui met en scène l’apprentissage du monde, la figure féminine absolue, c’est la Route. A maintes reprises féminisée dans un parcours rude et exigeant (16000 kms en stop à travers les States), elle concentre tous les fantasmes de douceur, d’érotisme, d’aventures dont sont demandeurs les deux héros (Pascal et Eric, étudiants cabochards en 1983)...

               C’est sur la route que les deux voyageurs vivent en effet une aventure extraordinaire avec un pays qui leur réserve bien des surprises. Au fil des interstates émergent parmi d’autres figures patibulaires des silhouettes féminines, des rencontres éphémères notamment à Montréal, à Philadelphie, à Miami.

               Confrontées à deux garçons qui se la jouent nouveau western ou road-movie néo Kérouac ou Jack London, elles n’existent qu’à l’état de fantasmes, de tentations ou d’obstacles (la prostituée de Houston qui leur adresse la parole quand ils sont en train de vivre le drame du voyage). Eric et Pascal sont bien réels mais l’écriture accompagne le jeu auquel ils se sont livrés dés l’origine : celui du défi au territoire américain et à celui des figures de mecs qui en font la légende virile : hobos, Johnny riders, chercheurs d’or, cow-boys roulant dans de grosses bagnoles, claquant le fric dans les machines à sous, rêvant Hollywood, starlettes sur la plage et lames du Pacifique...

               D’ailleurs, cette traversée des Etats-Unis en autostop se transforme peu à peu, au gré des mésaventures, en conquête de l’ouest et Eric et Pascal deviennent, au cours de ce rude apprentissage de la vie sur la route, et par un subterfuge de romancier, John et Lucky par référence à leurs modèles John Wayne et Lucky Lucke... « I’m a poor lonesome cow-boy »... Le temps des cow-boys séducteurs n’est pas encore venu, la prison de la Nouvelle Orléans dans laquelle, à l’issue d’une malencontreuse situation ils se retrouvent, est une prison d’hommes et la discothèque de Houston dans laquelle ils essaient de rattraper le temps perdu avec un conducteur de rencontre est une discothèque gay !

 

 

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« Paroles de Lecteurs » (11/22) : Tigre en papier : idoles et momies (suite)

Publié le par Eric Bertrand

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              Car toute liaison à caractère sentimental ou sensuel est immédiatement jugée suspecte, envahissante et celui qu’ils appellent le grand Timonier, relayé par le dénommé Gédéon, interdit les roucoulades, les coups de foudre et les canons de l’esthétique féminine, nivellement par le bas oblige, (rééducation culturelle des Maos, chasse à l’artiste... quand on a opté pour « la Cause » on « taille dans la petite chinoise » pour parodier le titre du beau roman de Dai Sijie à propos des beautés des romans de Balzac rentrés dans la clandestinité au moment de la révolution culturelle). Un membre honorable de la Cause évitera toute émotion esthétique et consacrera l’essentiel de son temps de son énergie intellectuelle à, selon la délicate expression, « enculer les mouches ». Le style de Rolin est lyrique et en même temps trempé dans cette impatience masculine de la spéculation activiste quand la machine à stencils a chauffé toute la nuit au milieu des tasses de café froid et des mégots écrasés. Autre époque !

                 La fille de Treize aux côtés du narrateur plonge avec lui dans le Temps. Et c’est le Temps qui sert de « tapis de sol » aux héros de « Tigre en papier » : et à l’exception de Marie, ils ont tous fait les frais et payé l’addition comme à la fin du Temps retrouvé au moment du fameux bal des têtes, lorsque le narrateur retrouve la société vieillissante qu’il a perdue de vue depuis plus de vingt ans. Comme l’écrit avec cynisme le narrateur, le temps diffuse de la « radioactivité » sur les êtres au point de ravager ceux que la mort a épargnés, hommes et femmes. Rolin n’y va pas par quatre chemins... Il transforme les plus nobles, les plus gracieux en grotesques silhouettes, même le narrateur ne peut plus que se lamenter sur le visage romantique et sauvage de « l’ange des révolutions » désormais évanoui. A ses côtés, Marie qui croise les jambes et fait crisser sa jupe lui tend le miroir de ce que furent pour lui Judith et Chloé, mais comme il l’écrit, « pas touche ! ».

                 La fille de Treize est tellement éloignée de lui, elle incarne la modernité, internet, portable, SMS, désinvolture gracieuse, enfant gâtée, ignorance de toutes les références culturelles du vieil homme de lettres qui découvre avec horreur qu’il ressemble à Daladier « un faux-dur qui a cané devant Hitler à Munich, enfin un type à qui on n’a pas envie de ressembler »... C’est pour ça qu’il à la fille de Treize : « Ce qui m’intéresse en vous, c’est la profondeur du futur... Je ne suis que sarcasme pour le passé »

Relisons quelques traits de ce sarcasme...

(p67-68)

 

 

                 J’en ai fini de cette première partie consacrée aux autres auteurs, j’entre à présent dans la partie qui concerne mes livres, et, par souci d’efficacité, je la traiterai de façon chronologique. J’ai choisi de ne pas consacrer de développement à la partie qui recueille les « essais » parus tout au long de ces années aux éditions Ellipses et qui s’attachent notamment à parcourir l’œuvre de Hugo. Peut-être aurons-nous le temps d’y revenir au moment de l’échange que j’essaierai de ménager après cet exposé. 

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« Paroles de Lecteurs » (10/22) : Tigre en papier : idoles et momies

Publié le par Eric Bertrand

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              Rolin, Olivier, pas Jean, car chez les frères Rolin, l’écriture joue comme un héritage familial. Dans la sélection Goncourt de 1998, toujours elle, il y avait Méroé, somptueux récit qui, à mon sens, sortait du lot par l’originalité de sa narration et la force du style. J’avais donné en commentaire à mes élèves cet extrait qui dit tout de la relation masculin-féminin dans les ouvrages de Rolin (page 103). Depuis Méroé, je suis devenu un fidèle lecteur et j’ai choisi de parler de mon préféré : Tigre en papier dans lequel, avec un humour caustique, l’ex-activiste des années 70 revient, au tournant du siècle, sur ses années de militantisme et fait défiler les visages et les silhouettes.

               L’essentiel de la narration a lieu dans ce que le narrateur appelle « le vaisseau Remember », une Citroën DS 19 à bord de laquelle a pris place Marie, la fille d’un certain « Treize », son ami décédé sur lequel elle enquête. Marie « fume comme un petit mec » et écoute négligemment, pendant que la voiture tourne autour du périph, les révélations du narrateur au sujet de l’un de ces « tigres en papier » qu’était aussi son père. « Les tigres en papier », désignent à son sens ceux qui ont voulu jouer un rôle dans l’Histoire et qui se sont pris les pieds dans le tapis de leur ridicule et de leurs grands airs : sans concession, le narrateur dévide ce qu’il appelle sa pelote d’épingles », une bande de maos, d’intellos, de  prolos qui voulaient en découdre avec la société du grand capital et avec « le président Pompe ». Il y a surtout tous les proches du narrateur sur qui il jette son regard sarcastique : les Gédéon, Fichaoui, Angelo, Roger le Belge, Momo Mange-Serrures, Reureu l’Hirsute, la Chiasse, Pompabière... Et puis quelques jolies femmes, engagées elles aussi dans « la Cause » mais trop attirantes pour ne pas en même temps mettre ces jeunes tigres bouillonnants et, pour retrouver la métaphore du papier, « brouillonnants » en conflit avec eux-mêmes... Chloé et Judith.

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Article du mois : « Baudelaire laboureur »

Publié le par Eric Bertrand

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Quand il est comblé de douleur,
Je fume comme la chaumine
Où se prépare la cuisine
Pour le retour du laboureur.

Les Fleurs du Mal (la Pipe)

           

             Malgré ses allures paresseuses de dandy souffreteux et ses humeurs noires de sédentaire, Charles Baudelaire est un laboureur infatigable. Le muscle nerveux, le poignet ferme, la tempe frémissante, il fouille inlassablement le champ du langage. Tout part du haut de l’échine chez cet athlète de la poésie qui est aussi un fou de sensations fortes. Le corps en lui palpite, quête, épie, écoute, traque, « mange des cheveux bleus ». Et le voilà qui lâche prise, quitte l’herbe rase, « le port », lâche le soc ou la quille et se déroute « vers de charmants climats ».

             Après la fatigue du champ, le soir venu, au lieu de fermer les yeux tout de suite et de s’abandonner à la paresse, le laboureur esthète recueille, écrase, ensemence et se fabrique sa fumette de poudre d’or : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or ». Les sens en éveil, les nerfs en pelote, « les poumons gonflés comme de la toile », « il met à la voile » et creuse les sillons de l’imaginaire. Le navire n’est pas « ivre » comme il le sera chez Rimbaud, il remue, retourne et fend la terre fertile ou le flot.

             Dans les poèmes des Fleurs du mal, la mer n’est qu’un prétexte, le bateau qu’une image. Derrière la chimère de l’océan, le poète laboureur qui étend enfin les jambes dans le calme de « la chaumine » respire la moisson d’une maîtresse, vide le fond d’un verre de vin, palpe le culot d’une pipe de hachish.

             Femmes, vins, pipes, ces capteurs de sensations s’emparent du solide laboureur. « Homme libre, toujours tu chériras la mer »… Il n’est plus qu’un contemplatif, un « hibou » méditant sur une terre magistralement labourée :

« Vous croyez être assis dans votre pipe et c’est vous que votre pipe fume. Une question : comment sortirez-vous enfin de cette pipe ? »

             Les poémes de Baudelaire fleurent bon l’Amsterdamer et la terre fraichement remuée... Laissons les derniers vers du poème : « les Hiboux » faire volute :

 

Leur attitude au sage enseigne
Qu'il faut en ce monde qu'il craigne
 Le tumulte et le mouvement ;
   
 L'homme ivre d'une ombre qui passe
 Porte toujours le châtiment
 D'avoir voulu changer de place.

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