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La dernière gorgée du calice

Publié le par Eric Bertrand

C’est le régal de la dernière représentation. Le moment de temps suspendu où l’on sait très bien que sur les derniers projecteurs, l’éphémère va finir de se brûler les ailes… Nous sommes plusieurs à tourner ce soir dans la lumière, à nous étourdir à l’électricité du spectacle. La salle du Moulin à Sons est remplie.             
              Les demoiselles de la Tarentelle tournoient déjà dans le faisceau de projos. Les images et les scènes défilent, « jusqu’à la dernière syllabe d’un mot » et jusqu’à la dernière note. L’accordéon de Dominique. Beaucoup d’émotion, des fleurs montent des coulisses, floraison sicilienne poussée quelque part sous la rampe… « Lacrime di pagliarci », « larmes de Pierrot tristes ».
               Tout le spectacle a semé les éclats de son, (et de polenta !) soulevés sur les ailes du Moulin à Sons comme le suggérait l’improvisation finale. Multiplication des numéros d’improvisation… Francesca qui, au milieu d’une envolée sur les fleurs et les pollens de Santo Stefano, réagit à l’éternuement d’un spectateur : « à tes souhaits ! », Alan qui surgit dans une veste rouge à la mode Rubett’s, sans les chaussures blanches, lunettes noires sur le nez, accordéon en bretelles un peu défaites…
              L’heure est à la confidence. Confidences de Gilda, impeccable dans ses jeux de scène, de Tiziana et d’Ornella, tremblantes dans les bras de Salvatore, de Gigi, souverain dans son défi au ponton, de Carolina, qui voltige sur ses planches, de Lauredana, plus intraitable que jamais. Je suis en coulisses, je savoure la liqueur du texte, me délecte de la scène de couple en contrepoint, et ces voix et ces accents qui la font si bien couler si bien, comme tout le reste d’ailleurs. Serveur hitchkockien enfermé dans son bar à café, je me grise à l’absinthe de la troupe avant de refermer boutique. « Rideau ! »

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Inizio di tutto...

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Droit de réponse : bilan questionnaire

Publié le par Eric Bertrand

             La dernière vient de se terminer. Un article demain.Mais d’abord, je reviens sur la représentation de mardi et les réactions du public des lycéens. Au vu des questionnaires, la pièce a fait un triomphe… Les impressions éprouvées sur scène sont confirmées. J’ai en effet recueilli et dépouillé les questionnaires distribués en classe. Environ 250. Je crois que, en comparaison avec les autres spectacles de l’atelier, celui-ci a remporté le plus grand succès. Sur les 250, je compte une dizaine de « bof », ou de rejets. Je vais mettre en ligne dans les jours qui viennent les différents commentaires, mais je voudrais commencer par examiner les arguments de ceux qui affirment ne pas avoir aimé.
-         « Le thème est trop banal »
-         « Je n’aime pas le théâtre, ça ne bouge pas assez »
-         « Il ne se passe pas grand-chose »…
Voilà un résumé des attaques. Je m’accorde donc un droit de réponse à ces quelques voix discordantes.
-         Quand on n’aime pas le théâtre, quand on n’en a aucune expérience, on se garde de critiquer. On essaie d’abord de se constituer une culture minimale.
-         Quant à « la banalité » ou « la simplicité »… Depuis le début, on me reproche « la complexité ». Complexité du « Ceilidh », complexité du « Loft »…J’ai décidé cette année de faire simple. Simple mais profond. L’un des attraits de l’écriture consiste, je crois, à travailler à partir de motifs simples, à la limite même à partir de clichés auxquels on réinjecte du sens… Ainsi, ce qui m’a intéressé dans l’idée du « Ponton », c’était précisément de travailler sur un motif nu, vide, quelques planches et c’est tout !... Le vieux rêve de Flaubert n’était-il pas de « faire un livre sur rien ! ». La simplicité a fait recette ! On va voir prochainement pourquoi le grand public y a trouvé satisfaction. Je m’en réjouis pour toute la troupe et pour « le Ponton »… Mais je ne renie aucunement les pièces plus complexes ! N’y a-t-il pas, pour le spectateur, un plaisir à la complexité ? Christine C. me disait vendredi qu’elle jugeait « le Ceilidh » un sommet, une réussite totale dans la recréation de l’univers élisabéthen. Sylvie L, qu’elle se souviendrait surtout de « L’Homme à la tête chou et au cœur d’artichaut », Yann L que « le Loft » était un trésor de causticité et que je n’avais rien fait de mieux depuis, Stéphanie L qu’elle avait été marquée par « Jack, on the route again ! », Fabrice C. que "le Ponton" était de tous le texte le plus abouti… Je circule en cette fin de cycle au beau milieu d’œuvres qui sont très différentes les unes des autres et qui satisfont un public varié. Yann L. me qualifiait « d’écrivain caméléon », et c’est assez juste je crois. Que ceux qui critiquent « le Ponton » se demandent s’ils n’avaient pas en son temps critiqué « le Ceilidh »… Ou qu’ils fassent l’effort de retourner au texte…
             Place aux réactions du grand public à partir de mardi matin…

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L'amico Alan prima lo spettacolo...

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Le détroit de Messine

Publié le par Eric Bertrand

Jour important. Tournant sur « le Ponton », puisqu’on joue au Moulin ce soir… En attendant, un article de reportage sur la Sicile « pour se mettre dans l’ambiance » comme dit Carolina…
« (…) Carolina : elle plongea dans le Détroit de Messine, entre Charybde et Scylla, longea longtemps la côte, s’écarta un peu sur les collines, cueillit les fleurs et les oranges, marcha dans les temples et les théâtres antiques, s’enfonça dans la montagne, but du bout des lèvres le vin de l’Etna, grignota quelques amandes (…) »
 
                 Il y a une expression courante en français : aller de Charybde en Scylla. Cette expression est, comme de nombreuses autres, d’origine mythologique. Les Grecs se représentaient les dangers de la mer comme des monstres qui sévissaient contre les bateaux. Charybde était un récif et Scylla un tourbillon, situés l’un et l’autre au large du détroit de Messine. Malheur aux navigateurs qui s’aventuraient là !... Ou bien le navire était englouti, ou bien il se brisait. Aller de Charybde en Scylla, c’est donc redoubler un malheur par un autre.
                  La ville de Messine semble en effet hantée par le malheur. Lorsque le voyageur arrive du continent, après la traversée du désert de Calabre, il traverse ce détroit qui sépare la Sicile du reste du territoire. La présence de la mer et la confluence des courants prennent aux cheveux.
                 Je marche sur le quai avec mon amie Gilda (pas l’Américaine !). On longe la mer pour accéder au centre-ville. Elle est née à Messine et elle aime sa ville où, confie-t-elle sur un ton coupable, « les granite et les arancini sont les meilleurs de toute la Sicile… »
                 La ville est aérée, ouverte sur la mer. En cela, elle est plus agréable que Palerme où l’on étouffe en été. Mais Messine a subi des tremblements de terre dont le dernier, en 1905, a détruit une grande partie de la ville et notamment ses arcades. Les arcades ouvraient l’espace comme le déplore Gilda, c’était un merveilleux effet de perspective qui anticipait sur toute la Sicile, comme un décor de théâtre, un tableau de De Chirico
 
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Caminare a Messina...
 

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Les coulisses de l’atelier

Publié le par Eric Bertrand

A la veille de la dernière représentation de l’atelier, l’heure est à la nostalgie, on l’a compris. Chronique d’une fin annoncée de spectacle…
             La fin d’une pièce, c’est toujours infiniment mélancolique et, dans « le Ponton », l’épilogue entre les deux Befana n’arrange rien… C’est mélancolique parce que c’est la fin d’une aventure collective, au cours de laquelle – et c’est particulièrement vrai pour les comédiens – chacun se dépouille du personnage qu’il a incarné sur la scène… se dépouille de toute la lumière qui irradiait de ses regards, de toute la chair de ses gestes et de tout l’éclat de sa voix...
              Depuis dix ans, la compensation, c’était l’idée d’une prochaine aventure sur les mêmes planches… Cette année, tout cela est fini. Derrière les ombres jetées dans les projecteurs, celles de Francesca, Carolina, Ornella, Tiziana, Lauredana, Gilda, Gigi, Salvatore, se tordent les silhouettes évanouies des gars et des filles du Ceilidh, du Tennessee, du Loft, de Gainsbourg et de JackJe pense aussi à eux, et je leur consacrerai à chacun un article dans les semaines à venir.
              Mais, par un fait exprès, j’ai récupéré hier, auprès d’Annyvonne Bléteau qui a opèré pour le lycée des conversions de vidéos en DVD, un remarquable montage appelé « Coulisses de l’atelier »… En mars dernier, je lui avais confié une série de vidéos des « coulisses » de tous les spectacles depuis « Jack ». On y trouve pêle-mêle et souvent sur fond musical, séances de maquillages, pique-nique devant le Palais des Congrès, départs en car, cafés, arrosages, confidences, sourires, éclats de voix, lectures de textes, fous-rires, bêtisiers, séances de maquillage, images de répétition dans la salle de l’internat, dans la rue de Verneuil à Paris, devant chez Gainsbourg, en salle Malivel à l’occasion de la fête de la musique, sur la plage de Binic ou de Saint Quay Portrieux à l’occasion du Festival de théâtre …
                Avec un sens aigü du rythme et de l’enchaînement, Annyvonne a su exploiter ce matériau et monter un DVD d’environ 1h00. C'est beau, énergique, émouvant, varié, c'est un superbe document de conclusion. Quelle somme, quelle habile sélection ! C'est une magnifique récompense et j’aurais aimé en partager le visionnement avec tous les anciens dispersés aux quatre coins du territoire. Au moins, ceux qui sont intéressés peuvent se procurer le DVD au prix de 5E 50, studio Labellière !
Labelliere.Prod Annyvonne Bleteau.
22600 Loudéac
Labelliere.prod@wanadoo.fr

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Il tempo del ricordo
 

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Gian-Maria Testa, le poème de fin

Publié le par Eric Bertrand

               A l’approche du spectacle (le 2 juin prochain) revenons à des préoccupations de spectacle. Une remarque judicieuse de Jean (sur la scène, joueur de mandoline) concernant le texte de la fin m’a fait introduire, in extremis une dernière modification au déroulement du spectacle : offrir au public une traduction approximative du texte dit en italien.
              A juste titre, il jugeait nécessaire de fournir à l’auditeur une clé de compréhension, même si, au départ, mon idée était simplement d’imposer le son de l’italien comme ultime chute… Mais, à la vérité, un peu de poèsie ne nuit pas… Dans un article du 13.05, j’avais donné la traduction. Or, à l’usage, sur les deux représentations, je n’ai pas exactement suivi les mots, j’ai laissé divaguer… Voici donc à peu près ce que le spectateur devrait entendre samedi soir :
 
Sono belle le cose
 
« Sono belle le cose, belli i contorni degli occhi e icontorni del rosso
Gli accenti sulle a, lacrime di pagliacci, le ciglia delle dive le bolle di sapone,
Il cerchio del mondo è bello, (l’ossigena delle stelle) la Befana sotto le stelle e la poesia dei ritorni di emigranti (e isole) come Gigi, cercando l’invisibile : (l’appartenenza) la Partenza.
E bello il fuoco e il sonno e il buio petulante gola dei fantasmi
E (il brodo) la polenta primordiale (padre nostro) della mamma nostra che cola in questi nomi… »
 
Version improvisée devant public
 
« Elles sont belles les choses, belles les couleurs du monde et beaux les yeux des femmes comme des larmes de Pierrot tristes ou des bulles de savon, le creux du monde est beau, elles sont belles les Befana sous les étoiles et la poésie du retour des émigrants comme Gigi, occupés à chercher l’invisible : le souffle du grand départ. Beau est le feu, le rêve, et la fameuse polenta que faisait si bien la mamma, et c’est à elle qu’est dédié ce spectacle… »
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Dominico all'accordeone...
 

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