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A la recherche de frissons

Publié le par Eric Bertrand

L’un de mes objectifs déclarés lorsque je suis parti pour l’Ecosse, c’était d’échapper à la faune étudiante, aux livres, aux austères diplômes et de mener une enquête sur le terrain. J’avais (et j’ai toujours, le Ceilidh le montre bien !) une vision romantique de l’Ecosse. Non pas romantique au sens édulcoré mais au sens fort : une Ecosse passionnée, tragique et mystérieuse, pénétrée de la présence des formes du surnaturel…
              Châteaux hantés, créatures étranges (monstres des lacs, vaisseaux fantômes, green ladies, fées, lutins, fantômes…) pour chacun de ces motifs, je peux dire que j’ai « mené l’enquête » en garantissant à tous ceux qui me suivaient de loin que je garderais mon sang froid et ma lucidité… Et j’ai tenu cet engagement. .
              Ainsi, je propose, dans les jours qui viennent, de dévoiler, non pas des révélations, mais de raconter des anecdotes. Je peux affirmer en tout cas, au risque de décevoir tout amateur de « scoop », que je n’ai vu ni fantôme, ni fée, ni lutin, ni monstre des lacs, ni green lady… et que pourtant, je reste profondément troublé par ce que j’ai ressenti au fil de mes aventures sur un espace qui s’étend, au sud, à Dunbar, petite ville à proximité d’Edinburgh, au nord, dans l’archipel des Shetlands, sur un îlot désolé appelé Unst…

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Legendary Scotland (collection personnelle)
 

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Le haggis

Publié le par Eric Bertrand

Cette panse de brebis farcie est suspendue chez le boucher telle un trophée ou un ballon de rugby qui se serait figé dans son élan. C’est d’une couleur peu engageante, une sorte de marron délavé, avec des points de blancheur. Rien à voir avec un beau saucisson ou un esthétique pâté en croûte, crânant dans la vitrine. Le haggis est un paria. Un malheureux ballon ovale qui a été botté en touche, et qui pend lamentablement dans un coin de comptoir, sur fond blanc. Et le boucher qui a shooté, coiffé de son petit chapeau (en Grande Bretagne, le boucher porte chapeau) l’ignore royalement. Il faut avoir « marqué l’essai » pour avoir envie de s’engager sur ce terrain.
              Et pourtant, le haggis est reconnu comme le plat traditionnel à ce point que, chaque année, il a sa place dans un rituel : « la Burns supper ». C’est en janvier. Tout commence comme un ceilidh, kilts, musique, danse, boissons puis soudain, un joueur de cornemuse s’avance dans la salle. Il accompagne un complice qui porte comme un saint graal un plat dans lequel trône un haggis. L’air de « Bonny Dundee », de « Scots whae », ou de « Loch Lomond » se suspend…
              Le plat est posé sur une table, au centre de la salle. Celui qui portait le plat sort le couteau de sa chaussette, le « skean dhu » et il prononce, d’une voix vibrante, la prière au haggis, après l’avoir éventré. La viande sort de la gaine. Elle se débine et le texte de Robert Burns, le poète national écossais, s’impose aux oreilles de tous : « adress to a haggis », en voici les premiers vers :
 
“ Fair fa your honest, sonsie face,
Gr
eat chieftain o' the pudding-race!
Aboon them a' yet tak your place,
Painch, tripe, or thairm”
              L’accent est fort, les “R” sont roulés, les diphtongues soigneusement rendues. La fronde écossaise retrouve toute sa vigueur tandis que les convives reprennent en chœur les vers de Robert Burns avant d’éventrer d’autres panses et d’aller danser des jigs endiablées… Ne dit-on pas, depuis Rabelais, « car de la panse vient la danse » ? 

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Adress to a haggis

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sucreries dans "le ceilidh"

Publié le par Eric Bertrand

Retour sur la “gastronomie” ! Après le fish, en guise de dessert dans le sac à dos, voici deux sucreries dont les noms figurent dans le Ceilidh, du moins dans la version narrative.
« Sa compagne Rebecca sur les genoux, Ronald Mac Donald n’a pas ouvert la bouche de la soirée. Les beaux yeux d’Heather, l’éclat de la chevelure rousse, le léger accent réveillé par l’émotion de la mémoire, la lueur du feu dans l’âtre, un disque d’Enya choisi par ses soins et la confuse impression d’écouter une espèce de petite fée celte, égarée dans son salon.
         Il a bu beaucoup de thé, sucé deux barres de fudge au caramel, puis il a décrété qu’il voulait se rendre immédiatement sur les lieux afin de s’en inspirer pour l’écriture de sa prochaine pièce. »
 
         « Loin des projecteurs, malmené par les vents dans la lande écossaise, Ronald Mac Donald est un autre homme.
         Il a du mal à suivre le rythme. Il s’essouffle. Il s’arrête. Il râle. Il cherche à sauver la face. Comme il est gourmand, il a toujours sur lui son paquet de shortbread ou de fudge au caramel. Dans son emballage plat, le shortbread est facile à transporter. C’est un gâteau de poche. Quand Heather lui parle et lui explique des choses, il feint de ne pas écouter et passe la langue sur ses dents. Il ne s’essuie jamais le coin des lèvres. Mais le premier soir, quand ils sont allés au pub, il est revenu sur une multitude de détails. Heather en a immédiatement déduit cette vérité : quand Ronald Mac Donald grignote, quand il mâchouille, quand il ne s’essuie pas le coin des lèvres, il pense. »
 
              Dans la version narrative, j’ai voulu donner au lecteur « quelques petits faits réels. » La leçon vient de Stendhal et tous les auteurs de polars le savent bien. Il faut qu’un personnage existe physiquement, d’où cette référence aux « manies » de Ronald… Demain, je consacre un article au fameux « haggis ».   

 


Would you fancy some cake HPIM0894.JPG?

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Répétition du 11.04

Publié le par Eric Bertrand

Petite parenthèse dans le parcours gastronomique afin de revenir sur la répétition de mardi soir. Les répétitions en nocturne ont un certain charme et elles fonctionnent bien. Tous les comédiens sont présents et notamment Françoise dont la présence dynamise le trio des sorcières. Extravagantes, odieuses, obscènes, lubriques, épouvantables, hystériques… Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier les trois complices, celles que Heather appelle « les créatures du Master of Caithness ». Cela indique à quel point elles sont « théâtrales », à quel point elles existent pour être incarnées sur la scène surtout avec le brio et l’énergie qu’y mettent les actrices. Les accessoires, les costumes et les jeux de scène ajoutent aussi une touche supplémentaire à l’interprétation débridée : longue tenue noire de la danseuse argentine Lou, chapeau haut de forme et fioles de whisky dans la poche du manteau de Diana, casquette de rappeuse de Suzy… Il faut les voir mener leur sarabande, d’autant qu’elles se sont échauffées dans une salle à côté… Je cite Le Ceilidh, dans sa partie récit s’efforce de mettre en avant le ridicule et le grotesque mais, quand le texte est à ce point joué, difficile d’égaler en intensité le résultat sur la scène !
 
« Diana distribue des cigarettes. Elle porte un chapeau haut de forme et un large manteau aux poches creuses. Sa voix aigrelette perce les tympans et agace les oreilles. 
« C’est quand même dingue, ça ! Il est 18h30, on est en plein centre ville, et on ne croise pas un chat ! »
         Par désoeuvrement, Suzy pioche régulièrement dans la poche du manteau. Noyée dans son vaste blue-jean, elle flotte dans une toile dont la surface varie en fonction de la prise au vent.
         Mais peu de vent dans les voiles.
         Elle se déplace mollement.
         Le slip saillant, la raie des fesses en perpétuel délit d’exhibition.
         Une tranquille assurance. Une arrogance bienheureuse, dans la fumée de cigarette. Ses chairs sont roses et flasques. Deux joues blanches, pigmentées de taches de rousseur, une poitrine abondante, lâche, un magasin de nicotine qui a pignon sur rue. »
 
              J’ajoute le petit article proposé au mensuel « le Cri de l’Ormeau », pour la promo du spectacle, il doit sortir prochainement :
« Mardi 30 mai à 20h30 au Palais des Congrès et vendredi 2 juin, à 20h30 au Moulin à Sons, la troupe de l’Atelier d’Expression Artistique du lycée Fulgence Bienvenue présente son nouveau spectacle en collaboration avec la troupe des claquettistes et les musiciens du Moulins à Sons. « Le Ceilidh », tragédie d’Eric Bertrand (Editions Aléas, 2006). Venez vous plonger au cœur de la légende, dans l’atmosphère à la fois mystérieuse et tragique des Highlands d’Ecosse. Renseignements sur le site de l’atelier d’expression artistique du lycée : http://www.atelier-expression-artistique.com et sur le blog http://genese.over-blog.com »
 

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Ackergill Tower from the other side.

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Le rite du fish and chips

Publié le par Eric Bertrand

J’évoquais hier, entre autres réjouissances culinaires, le « Fish and chips », écoutons d’abord le texte : Heather et Max sont au pied de Girnigoe et ils font des projet à courte échéance !
 
« Max : Mais il nous reste plein de choses plus amusantes à faire avant ce soir…J’ai faim. Pas toi ? Que dirais-tu d’un petit  fish and chips !
Heather : Oh oui, un bon fish and chips dans du papier journal ! Je sais où il faut qu’on aille ! »
 
              Pour comprendre cet échange, il faut préciser certaines évidences (qui ne le sont qu’aux yeux d’un initié !) Ce traditionnel repas à la sauvette attire beaucoup les jeunes qui ont pris leur repas du soir peu après cinq heures, rappelons-le, et qui commencent à avoir un creux… Le fish and chips enduit les doigts de graisse et « fluidifie » les relations… On en déguste assis sur un banc, dans l’un de ces établissements take away aux enseignes bleues, ou devant ces camions ambulants qui, dés 20h00, dans les rues des petites villes, font carillonner une petite musique de kermesse.
              Sans doute par mesure de salubrité publique, on mange de moins en moins le fish and chips dans du papier journal comme en requiert Heather. Et pourtant, c’est là qu’il est le meilleur et qu’il dégage ce fumet si particulier de graisse mélangée au papier et au vinaigre. Car on assaisonne copieusement les frites de vinaigre et de sel. On prendra soin toutefois de ne pas accepter le supplément de « beans » que propose sournoisement le marchand. Là, ça devient vraiment trop lourd, surtout quand on opte pour le « haggis and chips » !
              Je reviens demain sur des choses sucrées sans doute un peu plus légères qu’on consomme de préférence à l’heure du thé… Elles occupent une bonne place dans la version narrative du Ceilidh
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Fish and chips time ...

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