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Ossian ou James MacPherson

Publié le par Bertrand

         J'ai déjà fait mention dans ce blog de la grotte de Fingal. Elle est située dans l’Ouest de l'Écosse, sur une petite île nommée Staffa (au large d’Iona et de Tobermory), à laquelle on peut accéder en bateau. Sur cette île, s’ouvre une sorte de caverne d’une soixantaine de mètres de hauteur, soutenue par ce que le géographe appelle des « orgues basaltiques » : la mer s'y engouffre en clapotant, ce qui produit cette rumeur presque musicale qui inspirera au musicien Mendhelsonn sa fameuse « Grotte de Fingal ». Fingal est l’un de ces héros de l’épopée antique prétendument écrite par Ossian, le vieux barbe écossais, « l’Homère du Nord ».
         En 1760, à Edimbourg, paraissait une plaquette de poèmes en prose intitulée Fragments de Poésie Ancienne, recueillis dans les Hautes Terres d’Ecosse, et traduits de la langue gaélique ou Erse. Il faut rendre hommage à cet Ecossais rusé qui a su répondre en son temps aux nouveaux besoins de sa génération… Il prétend en effet à la fin du XVIIIe siècle, avoir découvert dans l'extrême nord-ouest de son pays d’étranges textes écrits en langue gaélique qu'il attribue à Ossian, barde celte du IIIe siècle. Belle histoire qui comble aussitôt les rêves de l’Ailleurs et le vertige d’une Histoire renvoyée à l’aube des temps. Ossian parle de héros immenses, de pierres dressées dans la lande, de créatures énigmatiques, de silhouettes évanescentes vivant dans des châteaux dressés sur les gouffres. C’est tout Girnigoe ça, c’est tout Ackergill et sa Green Lady !
         Tout n’est en fait que supercherie ! Macpherson a simplement cherché à donner un cadre à ses rêves romantiques… Il faut bientôt se rendre à l’évidence ! Ossian n'a jamais existé. Les héros d’Ossian ne sont que les chimères d’un esprit mélancolique… Macpherson doit avouer la mystification. Notons tout de même que la promotion de son œuvre s’est faite via la figure médiatique du vieux barde ! Bel effet de marketing !
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Anywhere out of the world (Ch.Baudelaire)

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Journée portes ouvertes

Publié le par Bertrand

Seconde parenthèse avant de retrouver Ossian demain. Elle est liée à la répétition qui vient d'avoir lieu comme indiqué dans une salle de classe. Cinq sur huit des acteurs étaient présents, les autres étaient empêchés. Dans une atmosphère très décontractée, nous avons pu ajuster certains moments de la pièce et profiter du passage de nombreuses personnes intéressées, certains se sont même assis, ont commenté, suggéré. L’après midi, Jenny, Françoise et Angeline ont mis au point leurs ballets jazz et tout s’est bien passé.
              C'était donc l’occasion de montrer les coulisses du théâtre au lycée. Le principe est de diffuser la pièce et de la rendre accessible le spectacle dont la date approche. À ce sujet, j'ai mené deux actions au sein de l'établissement : à l'occasion du bac blanc de français, j'ai proposé dans le corpus des textes donnés à étudier, un extrait du Ceilidh. Il s'agissait de la scène quatre de l’acte un qui se joue entre Rebecca et Ronald. Le texte trouvait sa place dans un ensemble qui donnait à réfléchir sur les scènes d'affrontement où un personnage est jaloux et l'autre tente de se défendre.
              D'autre part, le proviseur adjoint a préparé une circulaire destinée aux professeurs de lettres et d'anglais du lycée afin que les collègues préparent leurs élèves à assister à la représentation. J'ai ajouté à cette circulaire un texte de deux pages visant à exposer dans ses grandes lignes le contenu du travail. Je n’ai rien fait d’original, simplement repris les deux pages qu’on trouve en annexe du Ceilidh et que j'ai baptisées « Exploitation pédagogique ».
              Lorsque j'ai proposé aux comédiens de l'atelier de faire eux-mêmes une présentation au sein de leurs classes (il s'agit de la première S1, et des secondes 1 et 5, Julie étant déjà intervenue dans sa classe de terminale L), ils ont accueilli l’idée avec beaucoup d'enthousiasme et m’ont même proposé de le généraliser à toutes les classes. Par conséquent, dès lundi, ils semblent prêts à s’organiser… La présentation du Loft History 2084 en 2003 avait donné lieu à des débordements au niveau de spectateurs les plus turbulents qui étaient venus en masse et qui avaient lâché prise ou ne s'étaient pas suffisamment impliqués dans l'écoute. L'année suivante, pour que la chose ne se répète pas, j'avais mis au point une stratégie : une présentation de la pièce dans toutes les classes. C'était un travail de Romain et j’ai refusé de recommencer cette année même si, en 2004, pour le Tennessee club, la récompense avait été une magnifique audience de la part des spectateurs. Je crois qu'en adoptant une telle stratégie, chacun y trouvera son compte. Je remets à la fin de cet article le plan de cette fameuse « exploitation pédagogique », mais il y aura quelque chose en plus pour ceux que les élèves viendront visiter… C’est cette possibilité de demander aux acteurs, puisqu'ils seront présents, de jouer une «  bande-annonce » comme nous l'avions fait au milieu de la cour de récréation les années précédentes…
 
Intro : le principe et le fonctionnement de l’atelier
1. La réalité et la fable.
2. « le Ceilidh », une pièce dans la pièce. Un procédé cher à Shakespeare.
3. Les échos à « Macbeth »
-          Une troupe qui a joué Macbeth et qui monte le Ceilidh
-          Le climat de la tragédie.
-          Le fonds historique 
-          « La machine infernale » de la tragédie 
-          Le personnage de Lady M 
Conclusion : Une fenêtre ouverte sur l’Ecosse
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Sunset on the cliff on a bright spring evening
Noss head (collection personnelle)

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coup de gueule

Publié le par Bertrand

Dans la série ossianique, j’ouvre une parenthèse à l’occasion de la répétition d’aujourd’hui. Ce matin, nous répétons exceptionnellement au lycée dans le cadre de la « Journée portes ouvertes ». C'est l'occasion de montrer aux visiteurs qu'il existe au lycée une activité qui implique les élèves dans la pratique du théâtre associé à d’autres formes d’art. Pendant la matinée, j'ai proposé aux élèves de venir dans une salle et de répéter comme si de rien n'était. Qu'il y ait des visiteurs ou non, nous allons donc répéter… d'autant que Françoise sera avec nous. Il s'agit d'un samedi matin, et certains des comédiens ne pourront se libérer. J'expliquerai au besoin à ceux que cela intéressera le principe de notre démarche et on pourra consulter les archives et le press-book des origines.
              Or n'est-ce pas aberrant qu'après dix ans d'activité, de partenariats divers, de spectacles à chaque fois réussis, le lycée ne puisse pas encore offrir à l'atelier une salle digne de ce nom ? Quand je me retourne sur ce qu'on a fait les années précédentes, j’ai honte : répétitions bousculées par des conseils divers dans la salle des conseils, répétitions dans les salles de classe exiguës, refuge dans les salles de l’ancien dortoir, immenses et sans chauffage, sans chaises, non balayées. Drôle de loft pour des sacrés lofteurs ! A l'époque du Loft History 2084, certains soirs d’hiver, nous répétions dans ce hangar de la Pensée rebelle. Les quelques 15 comédiens tâchaient de s'installer contre les pylônes qui séparaient l'espace en deux blocs froids. Avec l'argent du théâtre, j’avais fini par acheter un radiateur et nous nous serrions là, les textes entre les mains, comme les misérables du Fahrenheit 451 autour d'un feu.
              Et puis le Moulin à Sons nous a ouvert ses portes et depuis, nous ne travaillons que là-bas. En d'autres termes, pour le lycée, nous sommes des parias. Quand je vois, à l'occasion de mes déplacements dans le milieu scolaire, des lycées équipés d'une salle de spectacle digne de ce nom, je me dis que vraiment, il y a quelque chose de pourri dans le royaume. Something rotten comme l’indique Hamlet ! Et je ne dis rien de la future ex salle de danse dans laquelle Jenny vient faire répéter ses danseuses tous les lundis entre midi et une heure. La future restructuration prévoit de la démolir ! Et je ne dis rien des subventions ou soutiens quelconques auxquels peut prétendre toute personne qui s'investit assez longtemps dans une pratique. Et je ne dis rien du manque de reconnaissance, et je ne dis rien, et je ne dis rien… pour ne pas enfoncer le clou dans ces planches de la mémoire où s'agitent avec passion des générations de vaillants comédiens. Me revient à l'esprit la phrase de Macbeth : it is a poor player that struts and frets his way on the stage and then is heard no more… Il is a tale told by an idiot full of sound and fury signifying nothing. Un pauvre acteur qui s’agite sur la scène... Un pauvre acteur mais doté de tellement de feu. Et je les revois toujours ceux qui sont passés sur les ces planches là… Et je leur rends hommage à tous en passant ! Le jeu en vaut la chandelle !

F1000020.JPGPhone box in Sutherland (collection personnelle)
Vox clamantis in deserto

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Le romantisme de l'Ecosse

Publié le par Bertrand

              Au moment de la grande vogue du romantisme, l'Écosse passait pour l'un des pays qui correspondaient le plus aux aspirations vers le rêve et l’absolu… (Un peu dans le sens des tableaux de Friedrich ou de John Martin). Pour changer le monde et remplacer la mythologie traditionnelle héritée de l'univers gréco-romain, les auteurs se réfèrent à l'univers celtique afin de satisfaire de nouvelles formes de l'imaginaire. Je citerai ici cette analyse de Renan, le Breton de Tréguier qui m'a peut-être fait croire que je trouverais en Bretagne, le moment venu de choisir une mutation, une région en correspondance avec l’Écosse. Voilà ce qu'il écrit à propos du Finistère :
              « Lorsqu’en voyageant dans la presqu'île Armorique et qu'on dépasse cette région de la Normandie et qu'on entre dans celle qui mérite ce nom par la lande et la race, le plus brusque changement se fait sentir tout à coup. Un vent froid, pleins de vagues et de tristesse, s'élève et transporte l’âme vers d'autres pensées ; le sommet des arbres se dépouille et se tord ; la bruyère étend au loin sa teinte uniforme ; le granit perce à chaque pas un sol trop maigre pour le revêtir ; une mer presque toujours sombre forme à l'horizon un cercle d'éternels gémissements. »
              Dans cet extrait de l'Essai sur la poésie des Races celtiques, Renan se ressent particulièrement de la vague ossianique qui a traversé le début du XIXe siècle en Europe. Qui est cet Ossian et pourquoi a-t-il à ce point marqué les consciences, j'y reviens demain.
 
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Wuthering heights of Dingwall (Collection personnelle)

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Le celtisme de Victor Hugo

Publié le par Bertrand

À force de lire et relire les passages essentiels de l'Homme qui rit et des Travailleurs de la mer, j'ai trouvé l’hypothèse qui me manquait pour réaliser enfin la rédaction que je méditais depuis si longtemps… Comment dire cela en une phrase ? L'exploration du fond de l’Océan dans les deux romans de Guernesey est profondément liée au déploiement d’images similaires qui constituent les deux faces d’un même mythe du paganisme (le mythe de la ville engloutie).
         Je prendrai simplement l'exemple de l'aventure du héros dans les Travailleurs de la mer : Gilliatt s’impose la mission d'aller récupérer en pleine mer un bateau échoué entre deux rochers. Il y travaille courageusement et dans la solitude absolue, côtoie le mystère de l'abîme, voit peu à peu le dedans de la mer et y découvre ce qu'on pourrait appeler une horreur sublime. Comme l'écrit Hugo, voir le dedans de la mer, c'est voir l'imagination de l'Inconnu. Ce qui est intéressant aussi, c’est de mettre en parallèle cette aventure et les motifs que révèle l'Homme qui rit
         C'est en quelques mots le contenu d'une passionnante enquête que j'ai menée pendant un certain nombre d’années avant de la formuler définitivement pour le doctorat et puis pour les éditions Ellipses (pour ceux qui voudraient en savoir plus, on trouve facilement en librairie les ouvrages de cette collection très bien diffusée) On comprendra mieux pourquoi j'ai à ce point fréquenté les vieilles pierres pendant mon séjour écossais, pourquoi j'ai rôdé sur les falaises, (dans le sillage des mouettes comme dit Suzy dans la pièce !) cherché les ruines, traqué les fantômes, interrogé les légendes. Remettons-nous en mémoire le passage du Ceilidh où les sorcières se disputent et se moquent réciproquement l’une de l’autre…Ce que je souligne constitue une sorte d’autoportrait caustique à travers lequel je me revois (clin d’oeil à ceux d’entre vous qui m’ont déjà si souvent interrogé sur la part de l’autobiographique dans ce livre !)
 
 
« Suzy : (à Lou) Et toi, tu es une vieille gâtée !... Tu n’aimes que les vieux murs avec plein de sang dessus ! Moi, je suis comme Diana, j’aime le grand air !
Lou : Vous êtes des sorcières hystériques ! Moi, je suis une sorcière raisonnable ! (Méprisante) Vous finissez par prendre la grosse tête à monter sur vos grands chevaux, à courir la lande, à rôder sur les rivages, à traîner dans le sillage des mouettes !
Diana : Et toi, tu ressembles à un vieux spectre ! Tu hantes les cimetières et les ruines, tu t’assois sur les tombes et tu fais la conversation aux corbeaux !
Suzy : Tes ongles sont noirs et tes pieds griffent le sol ! »
 
         Trêve de plaisanteries ! Parmi les rochers légendaires que j'ai rencontrés, il y a celui de Fingal associé au souvenir de James McPherson, le fameux Ossian, personnage incontournable du romantisme écossais. J'y reviens demain et après demain.

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Le sillage des mouettes. Collection personnelle

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