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Epilogue : direction les Orcades !

Publié le par Eric Bertrand

Est-ce parce qu'il s'agissait de la fin de la pièce, mais la répétition qui s'est globalement bien passée au Palais des congrès a « trouvé ses limites » (c’est un euphémisme !) dans ce passage pourtant essentiel pour clore l’aventure. Je resitue les choses. La pièce de Ronald, le Ceilidh, vient de se terminer au pub du Black Cat et deux des membres de la troupe, Rebecca et Heather ont été assassinées
 
              A bord d’une embarcation, le metteur en scène et ses complices ont réussi leur coup et quittent les côtes du Caithness. Les silhouettes de Girnigoe et d’Ackergill s’évanouissent dans le brouillard et Sheumas les amène en direction des îles Orcades…
 
« Maintenant, le tour est joué. Direction les îles Orcades ! Je connais bien les eaux du Pentland Firth : jusqu’au port de Stromness, nous en avons pour une trentaine de minutes. Là-bas, vous serez, comme convenu, accueillis à bord d’un cargo brésilien. Ce sont des hommes que connaît Lou. Aussitôt, vous filerez en direction de Rio de Janeiro ! »
 
              Ils ont deux meurtres sur la conscience et se félicitent de la tournure qu’ont prise les événements. J’explique qu’on est comme dans un final de roman (ou de film) noir. Au lieu d’afficher une certaine décontraction, un relâchement évident, je suggère aux comédiens de dire une partie du texte d’une voix blanche, face public afin de communiquer davantage le frisson d’angoisse
 
« Sheumas :Il a suffi de desserrer le frein à main ! Et plouf !... (Là, il arrête de ramer !) La voiture ne risque plus de remonter !...
Ronald :Avec l’épais brouillard qui s’est répandu dans la région, et tout l’alcool que nous avons bu, nous aurons été précipités au bas de la falaise ! La police peut nous chercher ! La mer est notre couverture ! Tout a fonctionné à merveille. 
Lou :Ça me glace les sangs ! »
 
              Cette angoisse est d’autant plus sensible qu’elle est soulignée par la musique lancinante de Silly Wizard aux deux bouts de la scène en même temps que par la lueur de la torche de Sheumas qui balaie la pénombre. Le spectateur est ainsi impliqué et rentre dans la conscience tourmentée de ces personnages qui ne dialoguent pas véritablement mais qui ont, dans cet horizon de mer et de brouillard un ultime rendez vous avec la partie sombre d’eux mêmes.
              Avant la reprise de la musique, Sheumas avertit le public… Profère un message codé, du style : « N’essayez surtout pas de venir du côté de mon repère ! Il risque de vous arriver malheur ! »…
 
« Lou : Ça doit être la pagaille dans le pub ! S’ils sont suffisamment malins, ils viendront directement sur la Baie des Sinclair… Ils auront du mal à découvrir la carcasse de la voiture et le cadavre de Rebecca dans les rochers…
Sheumas : (Il balade sa torche comme s’il était occupé à chercher les corps) Quel endroit maudit !... Pourtant, tout le monde sait bien qu’il est dangereux de venir se promener la nuit du côté de la Baie des Sinclair !
Lou : Et encore plus dangereux de s’y promener à la sortie du pub ! »
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Girnigoe and Ackergill Tower in the mist (Collection personnelle)

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Entrées et sorties des musiciens

Publié le par Eric Bertrand

Voilà donc comme promis le support sur lequel nous avons travaillé mercredi soir. Il permet à celui qui ne pourra se rendre au spectacle d'envisager la façon dont les choses vont se produire sur scène. Intéressante gymnastique aussi, pour celui qui peut feuilleter le livre, d'envisager la réalisation scénique d'un texte figé sur le papier. N'est-ce pas là la destinée de toutes pièces ?
 
            Ouverture : Nous aurons peut être un joueur de cornemuse au début, pour planter le décor, sur le fond des premières diapositives, il jouera sans doute un air mélancolique du type de celui qu’Alastair Mac Donald met sur la chanson : «Flower of the forest ». Nous disposons d'un projecteur qui sera placé juste en dessous de la scène. Autre détail important pour la suggestion de l'atmosphère : il y aura, côté jardin, une grande harpe pour suggérer l’ambiance surnaturelle. Côté cour, la table d'échecs, pour suggérer l’ambiance machiavélique.
 
Acte 1 : avant la scène un, le synthétiseur, la flûte et le violon sont en place pour le premier morceau : Donnie Munroe, « Calum Sgaire ». Ce morceau est joué avant l’entrée de Heather et Max.
À la faveur d'un premier noir en fin de scène pour suggérer le changement de lieu (on passe du bord de la falaise à l'hôtel), le premier groupe de musiciens sort pendant que rentre le suivant : synthétiseur, guitare, clarinette, violon, chant.
 
Scène 2 : Lorsque Sheumas entre, les musiciens accompagnent sur le Run Rig : « Pog aon oidhche earraich ». Chanteuse.
 
Suite à la scène deux, nouveau noir pour se transférer dans la rue avec les sorcières : elles seront à chaque fois associées à des musiciens. Elles en joueront comme d’accessoires de la sarabande qu'elles mènent constamment sur la scène.
Scène 3 : Ainsi, se met en place le groupe clavier, synthétiseur, guitare pour le premier morceau emprunté à l'album de la gothique Mylène Farmer : « avant que l'ombre ».
 
La scène quatre se joue à nouveau devant le château : il y a donc un noir. Pendant ce noir, un morceau de composition au synthétiseur crée une ambiance Hitchcock. La scène terrible de Rebecca et de Ronald peut alors commencer. Le seul élément musical qui sera associé à ce long passage sera celui du jambé.
La fin de la scène et de l'acte retrouve la musique Hitchcock qui permet en même temps d'assurer le passage à l’acte 2.
 
Acte 2 : Se met en place, parallèlement, côté cour (à droite pour le public), un groupe violon, violoncelle, accordéon, guitare. Côté jardin, un accordéon chromatique.
 
La scène un est en effet très musicale : un air mélancolique de Silly Wizard, « Bridget o’Malley » assure l'entrée dans le pub : c'est le moment où l'on voit les sorcières essayer de faire tourner les verres. Lou s’impatiente et invoque ses origines : « la danse argentine qui me remonte l'échine de la mémoire ! ». C'est là qu’elle décide de s’exhiber et qu'elle va chercher l'accordéoniste pour un moment de tango. « Gottam Project » L'ambiance monte très vite par le biais de cette séquence torride. L'excitation des sorcières est à son comble (c'est la scène du poulet qui vole !), ce qui permet aux musiciens d’affecter une sorte d'épouvante et de déguerpir, alors que Heather et Max, eux-mêmes interloqués, avancent avec précaution vers le cercle des sorcières.
 
Lorsque la scène deux s'achève, Diana propose « On va danser ? » et elle va chercher tout naturellement le groupe guitare piano et chanteuse pour la chorégraphie claquettes sur « Di ni mi » de Run Rig. Un « ceilidh » digne de ce nom a vraiment commencé, musique, danse, texte en gaélique (je ferai mon apparition en kilt à ce moment) et pendant ce temps, s'installe, dès la sortie du groupe des musiciens, le violoncelle et la chanteuse côté cour, de la harpiste côté jardin. Quand Ronald a fini de présenter le cadre de cette histoire, le morceau de Clannad : « fairy queen » peut-être interprété. Il y a un noir qui leur permettra de disparaître et de laisser la place au passé : nous sommes au XVIIe siècle, c'est l'histoire de John Sinclair qui commence.
 
Pas de musiciens jusqu'à la fin de la scène six lorsque Georges invoque les « démons de la nuit » : à ce moment, dans cette espèce de nuit de Walpurgis, la cohorte des sorcières et des musiciens : chant, batterie, pour le second morceau de Mylène Farmer et le ballet de claquettes sur « Fuck them all ».
 
La scène 7 est sur cette énergie, la nuit de Walpurgis se referme comme elle est venue avec un noir et peut-être des effets de trombinoscope, ce qui permettra au groupe harpe flûte de se mettre en place pour la scène où l'on voit la future « green lady » exprimer son désespoir. C'est en effet au moment où elle se jette dans le vide qu’est interprété le morceau de Clannad : « Theme from Harris Game ».
 
Nouveau noir qui nous amène à la scène 9, seul où l'on voit mourir Georges puis John. Tant de sang attire à nouveau la sarabande des sorcières avec la cohorte des musiciens : côté cour, le groupe accordéon guitare clarinette, côté jardin le groupe accordéon, synthétiseur, flûte.
 
Ainsi les derniers musiciens sont en place pour les derniers morceaux : ceux de l'épilogue, Silly Wizard, « The fisherman lament » dont l'air mélancolique accompagne le geste de Sheumas, occupé à ramer et à amener Ronald et Lou sur le rivage des Iles orcades. Enfin, sur les dernières paroles de Lou, commence l’air du même Silly Wizard : « Hame », dont je dirai le texte, en vieil écossais bien roulé.
 
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Girnigoe castle from the rocks... (Collection personnelle)

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La tension monte !

Publié le par Eric Bertrand

Avant de revenir sur la prestation que je ferai en kilt le jour du spectacle, je reprends le fil de la mise en scène qui prend cette semaine un nouveau tournant. D'abord, j'évoque  l'événement lié à la répétition d’aujourd’hui. Nous allons en effet cet après-midi répéter pour la dernière fois au Palais des Congrès pendant trois bonnes heures. Ce n’est pourtant que la deuxième répétition dans le ce lieu où nous allons jouer, le mardi 30 mai prochain. Mais, pour des raisons d'organisation, j'ai décidé d'annuler la troisième répétition initialement prévue le 5 avril au profit d'une répétition dans le cadre du Moulin à Sons. (Je rappelle qu'il s'agit de l'école de musique.)
              Il est en effet nécessaire, à cette période de l'année, et ceci en étroite collaboration avec Arlette (professeur de musique) et Alain (technicien), de songer à l'intervention des musiciens sur la scène. La seule date qui pouvait convenir pour avoir tout le monde, comédiens, claquettistes, musiciens était celle du 5 avril… Nous allons donc pouvoir expérimenter ce qu’en compagnie d’Arlette, un soir de février, (on s'en souvient), nous avons tracé à grandes lignes sur le papier.
              Un peu après la répétition, je dois retrouver Alain et Arlette afin de mettre au point ce qu'on pourrait appeler, sans chercher à être pompeux, la scénographie ! Je viens d'éditer un document de travail qui va nous servir de base ce soir. Il s'agit d'un récapitulatif des entrées et sorties des musiciens, des morceaux qu'ils jouent et des moments pendant lesquels ils interviennent. Je le remets en ligne demain (avec quelques modifications)… Il y en aura probablement d'autres car nous allons parallèlement travailler avec Alain afin de songer à toute la partie lumières, éclairages, ambiances, moments de noir, diapositives... Alain est déjà intervenu sur le Tennessee club et nous en gardons tous les deux un très bon souvenir car c'est un véritable dialogue que nous ouvrons quand nous réfléchissons sur la réalisation scénique d'un texte. À l'occasion du Tennessee club, tout près de la table de mixage, nous avions l'impression, au fil des répétitions, d'être transportés à Bagdad café, cadre dans lequel se déroulait la pièce… C'est un copain, passionné de musique, que j'ai plaisir à retrouver dans cette nouvelle aventure qui nous amènera du côté des contrées sauvages d'Écosse. Je reparle de cette journée cruciale sans doute après demain. Demain, ce sera le document de travail…
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Over the sea to Skye : ghostly castle. (Collection personnelle)

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Quelques aventures en kilt ...

Publié le par Eric Bertrand

On est bien dans un kilt. Un kilt, c’est confortable. Confortable pour danser, confortable pour marcher, confortable car c’est chaud et épais. On peut même bivouaquer dans l’étoffe d’un kilt… Au cours de cet hiver la, je l'ai évidemment porté, les personnes que je côtoyais trouvaient ça tout naturel, on me prenait simplement pour un Écossais en déplacement. Je l’ai porté dans » les trains, quand je rendais des visites aux gens que je connaissais aux quatre coins de l’Ecosse, dans les soirées entre amis, dans les « ceilidh ». Je voulais que mon kilt ne soit pas seulement un vêtement de cérémonie mais qu’il ait, un peu comme mon sac à dos, la patine du pays.
              Dès le printemps, lorsque les touristes ont commencé à arriver dans les Highlands, j’ai saisi des regards intrigués, parfois goguenards. J'ai par exemple, un jour de mai, décidé de gravir le classique « Ben Nevis » qui est le point culminant de l'Écosse. Beaucoup de gens font cette randonnée, du moins dans les premiers hectomètres car ils suivent d’abord une paisible rivière, dans un décor bucolique. Equipé de mon kilt et de mes solides chaussures de montagne, j’ai dépassé des dames à hauts talons et de gais messieurs en baskets, voire en espadrilles. Mais les choses se compliquent par la suite et il faut finir l’ascension dans le brouillard et lesrochers, et on passe par de forts pourcentages. Je trouvais le kilt très commode pour accomplir cette épreuve.
              Autre défi plus audacieux, celui de rentrer en France par le train en portant mon kilt : Le car entre Inverness et Londres, Londres dans le métro, passe encore… Mais Paris Gare du Nord, Paris dans le métro… Je devais rejoindre des amies dans la capitale, (elles aussi, ferventes des Highlands, je reviendrai prochainement sur ces différents compagnons côtoyés au cours de cette aventure en Ecosse…), passer un peu de temps avec elles et puis repartir enfin direction Lyon et la province où ce genre de tenue est encore plus insolite...
              Mais je me sentais parfaitement bien. Et surtout, j’amenais avec moi quelque chose d'essentiel, une sorte de seconde peau qui ne se détricoterait pas… Comme l’indique le beau paradoxe qu’énonce Paul Valéry : ce qu'il y a de plus profond en l'homme, c’est la peau.
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Visiting friends in Paris with my kilt

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Le choix du tartan

Publié le par Eric Bertrand

              Mon attachement à l’Ecosse a fait maille et a fini par faire tartan ! Bref, j’ai très vite eu envie d’endosser le vêtement distinctif (et le pull shetland que je m’étais acheté dans les Orcades en décembre ne suffisait plus !)
              Quand je suis revenu à Aberdeen, j’avais donc en tête de commander un kilt sur mesure. Un copain de Wick, celui qui m'avait parlé, on s'en souvient, du groupe Run Rig, m’a donné l'adresse d'une couturière spécialisée dans la confection de ce genre d’article. Elle habitait à Dingwall, petite ville au nord d'Inverness. J'ai donc frappé à sa porte et ensemble, nous avons pris les mensurations pour un kilt du clan Mac Leod.
              Pourquoi ce clan, au lieu du clan des Sinclair comme cela s'imposait, moi qu’on surnommait « Master of Caithness » ? Il faut dire que j'ai hésité et que deux raisons ont emporté la décision : d'abord une raison esthétique car, des deux tartans, je préférais celui des Mac Leod, ensuite une raison linguistique puisque le clan Mac Leod est attaché aux fiefs de l'Ouest de l'Écosse où l'on parle le Gaélique. Or, l'année où je donnais des cours à l'université d’Aberdeen, j'avais en tête d'apprendre cette langue afin de fréquenter « plus  dignement » les « ceilidh » auquel nous invitait notre professeur de gaélique, un dénommé Sheumas à qui j'ai fait déjà allusion lorsque je me suis expliqué sur le choix des noms dans la pièce.
              Commence alors la période en kilt, et les différents épisodes qui m'ont permis de le porter. J'y reviens demain, photos à l'appui.
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On the way to the isle of Skye where stay the Mac Leod ! (collection personnelle)

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