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Nessie at breakfast

Publié le par Eric Bertrand

http://www.nessie.co.uk/
              Le fameux Nessie, bien évidemment ! C’est l’attraction du lieu et les gens en parlent avec malice. Ces dernières années un « monster exhibition centre » a été monté dans le village de Drumnadrochit et il répond de façon assez pertinente aux diverses questions « pratiques » qui se posent à propos du vieux « cheval de mer » qu’avait vu jadis (6° ou 7° siècle) San Colomban. Il déchaîne les passions ce monstre !
              Le Loch Ness est majestueux. Immense lac qui s’étend sur une quarantaine de kilomètres dans un secteur de vieilles montagnes. Quand la bise souffle et engourdit les branches, penchées sur la petite route qui longe, c’est l’aube des temps. En cela, l’esprit de la créature antédiluvienne souffle le respect. Les gens roulent l’oeil braqué sur les eaux du lac. Elles sont profondes, 400 mètres par endroits, tourbeuses et agitées. D’épais nuages passent là-dessus et prolongent sur la surface l’ombre des ruines d’Urquart Castle qui domine l’endroit le plus stratégique (et touristique !), à environ 8 miles de Drumanadrochit.
              C’est là que j’avais donné rendez vous à Nessie un beau matin de juin, à cette période enchantée de l’année où, à cette latitude, le soleil (quand il daigne se montrer !), ne se couche pas longtemps ! L’inconvénient, c’est qu’en juin, les touristes commencent sérieusement à affluer. Japonais, bridés par le plaisir de mitrailler dans ce coin d’Europe cliché, Chinois, dragons de Komodo sur le ventre, sanglés d’appareils photos, Américains bardés pour « faire l’Ecosse en sept jours »…
               Il fallait donc arriver avant tout le monde. Bed and breakfast à Drumnadrochit, veillée avec un couple de Gaëls originaires de Skye. Je les avertis : demain, pas de breakfast avant neuf heures, ne vous inquiétez pas, je ne me sauve pas pendant la nuit, mais je me lèverai à 3heures et sortirai discrètement…
               Il fait beau. Le soleil perce quand j’arrive devant le château autour de 4heures du matin. Pas un bruit. « Embrasser l’aube d’été » comme dit Rimbaud. Beaucoup de voiles et de scintillements sur le miroir des eaux. Pinceaux de lumière. Maquillages sur la joue des fleurs. Les oiseaux s’ébrouent. Lever de rideau sur le lac, mais pas de monstre.
              Je reviens vers 8heures au bed. Mon hôtesse m’accueille : « Did you see Nessie at breakfast ?” Façon sympathique de présenter le monstre familier que son mari m’a dit avoir vu un jour : « Ulinich Loch Nich » en gaélique !

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One june morning on the shore of Loch Ness (collection personnelle)

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L'ile noire : l'arbre aux fées

Publié le par Eric Bertrand

Je ne clorai pas cette série sur les lutins et les fées sans évoquer cette curiosité qui surprend le passant le long d’une petite route de la « Black Isle », la fameuse « Ile noire » de Tintin, située à proximité d’Inverness.  A vrai dire, il ne s’agit pas d’une île (ce qui va dépoétiser la scène !) mais d’une presqu’île économiquement très active, qui s’étire entre deux bras de mer (des « firth »), au nord d’Inverness.
              Un dimanche matin, je roulais sur une petite route de cette Black Isle et mon regard est attiré par un gros chêne sur le bas-côté. Toutes les branches de ce chêne sont encombrées de pièces de vêtements, tissus variés, indécents ou légers, gracieux ou triviaux, chaussettes, soieries, slips à poches ou strings, mouchoirs brodés, collants usagers, bas résilles…
               L’eau de la claire fontaine que chante Brassens coule là-dessous, sous cet enchevêtrement de racines, ramures, étoffes et semble accompagner le grincement des branches dans le vent du matin.
               Je m’avance ou plutôt me faufile sous les culottes avec l’air sournois d’un cycliste qui défait son cuissard pour la pause pipi. Je reluque les dessous pas très affriolants de cette débauche de dentelles et de tissus fantaisie empesés de rosée.
               Un paysan travaille dans le champ d’en face et fixe un oeil jaloux sur mes musardises. Plutôt perplexe qu’autre chose, je choisis l’option de m’avancer vers lui pour l’interroger.
               Le gaillard éclate d’un bon rire. « That’s the fairy tree », l’arbre aux fées !... « Depuis des temps très anciens, les gens accrochent des bouts de tissu pour habiller les fées !... » Puis il ajoute, un peu plus rigolard : « toi, je t’ai vu faire ! tu n’as rien accroché, mais tu as regardé sous les jupes ! Arh, these french ! »

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Looking for fairies (collection personnelle)

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La petite fée de la petite fille

Publié le par Eric Bertrand

Troisième volet de la série lutins et fées : je joins comme promis un extrait de la lettre que j’ai reçue en même temps que la photo que vous avez déjà découverte…
 
              “The story behind this photo is that a man who lived not far away from my house had a little daughter. Always she would pretend she had a little friend but her parents thought it was only a child’s game she was playing. Anyway, she took a photograph of her father in the garden and when it was developed the little girl said she could see “her friend” in the short grass.
              This section of the photo was enlarged and as you can see, there appears to be someone in the grass. The photo was sent to Kodak and the Royal Air Force to test if it was in any way false and they could not find anything wrong with it. Later a television programme was made about “fairies” and this photo was part of the programme.
              As you can imagine, I was very excited about this and in fact I met the man only two weeks ago and the girl who took the photo. He seemed to me to be a very honest man and I certainly don’t think he would lie...”
              Les fées font partie du paysage. J’évoque l’arbre aux fées demain.

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Little fairie in the grass...

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Le baladin du monde occidental

Publié le par Eric Bertrand

L’Irlande à l’honneur mercredi soir au théâtre de la Passerelle où j’ai accompagné une petite cinquante d’élèves à l’occasion de ce qui devait être la dernière sortie au théâtre de l’année. « Le Ceilidh » excepté bien sûr. Curieuse coïncidence d’ailleurs que la programmation de cette pièce à cette période de l’année. Au début du XX° siècle, le dramaturge Synge évoque un milieu âpre, celui de l’Irlande rustique où les relations entre les êtres sont étranges, marquées par une forme de tragique.
              Cela m’a fait penser au film « The Field » du réalisateur irlandais Jim Sheridan. Un jeune homme arrive dans un village et proclame qu’il a tué son père, ce qui lui donne une aura et une stature qu’il n’avait pas auparavant. Les filles sont à ses genoux et se battent pour lui. Elles ont la folie des sorcières et, le comble, se jètent le même poulet à la figure… La nouvelle coqueluche trône dans le pub parmi les odeurs de tourbe, jusqu’à ce que le père le retrouve et rétablisse son pouvoir.
              Ce qui était amusant pour les comédiens du « Ceilidh » qui se trouvaient là, c’est qu’ils ont retrouvé un peu de cette atmosphère qui leur est désormais si familière : folie des personnages, éléments tragiques, noms à consonance celtique, nourriture et boissons (bière brune, bouillie d’avoine), vocabulaire qui évoque la nature omniprésente : océan, lande, falaise. Ce qui était instructif et même « formateur », c’était de savourer le jeu des acteurs, cette maîtrise de la voix, la gestion des silences, le travail du corps qui confine au mime (savoir bouger sur scène est un art), le sens de l’occupation de l’espace (jamais de disproportion, toujours une organisation quasi géométrique des figures du groupe), l’absence de complexe… A partir du moment où on occupe un rôle, on va jusqu’au bout, sans redouter le ridicule. Le public en sait toujours gré.

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Sinclair Girnigoe Castle (collection personnelle)

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Répétition du 19.04 : lapsus de Julie

Publié le par Eric Bertrand

Une pause avant de reprendre notre histoire de petite fée. C’est jeudi, consacré en général à la parenthèse répétition de la semaine. Petit comité de fin de période aujourd’hui avant les vacances et la confrontation avec les semaines décisives. Le temps de réaliser quelques arrangements sur des zones du texte que j’avais repérées la semaine dernière.          L’entrée en scène de Sheumas par exemple à la scène 2 : il faut contrarier cette tendance finalement naturelle qui consiste à dévider le texte trop vite. Le théâtre, c’est aussi l’art des silences. Sheumas entre sur scène, il ne dit rien mais déjà il s’impose par une présence… Sur l’échiquier, il dépose son fou et ricane tant que le téléphone n’a pas sonné. Difficile de ricaner, mais cela vaut la peine… Cela donne au personnage une dimension machiavélique. Il peut puiser dans ce rire des ressources pour le monologue qui suit, notamment quand il évoque les « pièces de son jeu », le jeu de la réalité : Heather, Max, les filles…Il joue même avec les nerfs de Ronald qu’on devine crispé à l’autre bout du fil quand il dit :
 
« Non, Heather n’a vraiment pas l’air inquiète ! Vous êtes bien sûr qu’elle soit enceinte !... En tout cas, elle n’en a pas l’air ! Je la connais bien, elle est d’un naturel volage ! »
 
              Autre « silence éloquent », à bien marquer, celui de Rebecca, lorsqu’elle récite la tirade de Lady Macbeth : elle s’empare de l’énergie du démon qu’elle invoque pour mieux se « désexuer » : cela passe par des moments rituels, trois exactement, qui sont autant de degrés qui conduisent à l’état de transe (souligné par le jambé).
 
« Venez, venez, esprits qui assistez les pensées meurtrières ! Débarrassez-moi de mon sexe ! Et de la tête aux pieds, remplissez-moi toute de la plus atroce cruauté ! Epaississez mon sang et fermez en moi tout accès à la pitié ! Venez à mes seins de femme prendre mon lait changé en fiel, vous, ministres du meurtre ! »
 
              On retrouve cette exaltation dans le deuxième moment où elle récite le texte, cette fois devant Ronald qui l’a reconquise. A la faveur d’un lapsus, on en vient avec Julie à proposer un dispositif intéressant du point de vue dramatique : autant la première fois elle s’adressait au public quand elle disait sa tirade, autant cette fois-ci elle s’adresse directement à son amant pour l’entraîner dans un vertige ambigu dont les connotations sexuelles ne sont pas absentes. D’autre part, le spectateur perspicace qui a déjà perçu le jeu inquiétant de Ronald comprend toute l’ironie tragique du propos : Rebecca ne sait pas qu’elle s’adresse à son propre assassin… Ecoutons l’effet du tutoiement dans le texte :
 
« Viens, viens, esprit qui assiste les pensées meurtrières ! Débarrasse-moi de mon sexe ! Et de la tête aux pieds, remplis-moi toute de la plus atroce cruauté ! Epaissis mon sang et ferme en moi tout accès à la pitié ! Viens à mes seins de femme prendre mon lait changé en fiel, toi, ministre du meurtre ! »
 
              Merci Julie de ton lapsus !

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Croft house and nature... (collection personnelle)

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