Je rappelle que cette série de scènes a déjà été abordée à l’occasion de répétitions précédentes au cours desquelles j’ai proposé des
« analyses de textes » détailleés. J’y renvoie donc le lecteur. Cependant, je reviens sur les traits majeurs du travail sur lesquels les acteurs doivent porter leurs
efforts.
C'é un segretto...
La scène 1 met Tiziana en
vedette. Elle se mire sur le ponton, se découvre sous le soleil et au milieu de l’eau, sans masque, jusqu’au moment où paraît Gilda. Ses contradictions se révèlent
alors. Sévérité et douceur, dédain et attirance, pudeur et sensualité… Gilda « n’est pas une mauvaise fille »… Au contraire, elle s’amuse beaucoup du trouble de sa partenaire et,
très souveraine, dirige le jeu… Ainsi, j’encourage les comédiennes à prendre leur temps, à jouer beaucoup des silences, des rapprochements divers, des visages et
des mines…
« (…) Gilda : tout de même ! Le soleil éclaire à peine
les planches et il n’y a personne sur la plage… Comment tu as fait pour être ici avant moi ? Toi, tu viens du village… Moi, j’habite juste en face !
Tiziana : c’est mon secret !
Gilda : tu as des secrets à cacher, toi ?
(Elle la jauge) Tu n’en as pas l’air !
Tiziana : pas “des secrets”, un secret
!
Gilda : et on peut savoir quel genre de secret
?
Tiziana : (elle s’allume une cigarette) : de
toute manière, comme tu es là avec moi, tu vas tout savoir dans les minutes qui viennent !
Gilda : alors, pas besoin d’attendre plus longtemps ! Un
secret, ça doit se dire pour être un secret ! Si la personne qui écoute sait se taire, ça devient un vrai secret…
Tiziana : (elle réfléchit un instant) :
j’aime bien ta façon de présenter les choses !(…) »
Répétitions des 27 et 28.02 (4/11)
Mercredi après-midi, Palais des Congrès. Retrouvailles avec la grande salle qui a connu tant de moments forts depuis le début des
représentations. Je revois à chaque fois que je reviens là, des fragments de scènes du passé. Des Shakespeare aux dernières réalisations… Les morceaux de bravoure des meilleurs
de mes comédiens galvanisés par la rumeur du public, notamment le public des lycéens, généreux mais si facilement déconcentré…
L’optique est le travail en
profondeur : contrairement aux soirs de semaine, nous disposons de trois heures devant nous. L’occasion de revenir en profondeur sur les scènes de l’acte deux, les unes après les
autres pour ce lent et fascinant façonnement du jeu de l’acteur et de son déplacement sur la scène. Sans aucun préalable, les choses se font dans la matière même du jeu, à
l’issue de tentatives diverses et de propositions qui émanent souvent des comédiens eux-mêmes.
On revient sur le détail de chacune des scènes dans les articles qui
suivent.
Au passage, l’adresse d’un site sur l’importance
des marionnettes en Sicile… Clin d’œil à l’un de nos personnages fondateurs : Angelika…
Personnagi non sono tutti umani...
Répétitions des 27 et 28.02 (3/11)
L’émotion des Befana… L’épilogue est un moment fort. Tout affleure à la mémoire, les drames personnels et familiaux, les souvenirs
d’amour trahi, les frustrations, les images du passé… Beaucoup de concentration dans le public et Françoise et Jennifer savent le texte… 21h15, c’est la fin de la
répétition. Beaucoup d’émotion au fil des mots, et une part d’affectif qui rejaillit dans la voix même des deux actrices. Et pour couronner le tout, la mélancolique chanson
de Gian-Maria Testa qui bouclera le spectacle : « sono belle le cose… »
Emozione sul pontile... "Sono belle le cose"...
« (…) Francesca : je suis restée auprès d’elle
etelle m’a tout appris…
Carolina : « La Beffana sotto le
stelle », c’est toujours elle !
Francesca : elle t’a attendue tu sais… Elle était convaincue
que tu reviendrais. Et elle avait raison : au bout de deux ans, tu es revenue... Tu avais beaucoup changé… Ton regard s’était terni, tu avais coupé tes cheveux, ta voix traînait un peu. Tu
étais vêtue d’une bien étrange façon et tu ne riais plus… Pour me rassurer, la mamma affirma que si on avait du mal à te reconnaître, c’était à cause de ton maquillage… Elle dit même en
riant que tu ressemblais à Angelika, la marionnette…
Carolina : elle sourit, de plus en plus émue. Je
revois la scène, le jour de mon retour… C’était comme dans un conte de Pirandello… Il faisait très chaud, le sirocco soufflait… Pour me faire plaisir, elle m’a proposé un plat de polenta
pour le dîner et des cédrats de Sicile… Longtemps, je l’ai serrée dans mes bras, puis je suis montée au grenier, j’ai enfilé une vieille jupe et je suis venue l’aider à préparer la
polenta… Jamais on n’a travaillé la pâte comme je l’ai travaillée ce jour-là !... »
Répétitions des 27 et 28.02 (2/10)
L’une des suprises de cette répétition de mardi, c’est Alain qui la fournit. Alain est le technicien, toujours présent pendant les
répétitions. Il écoute, s’affaire, installe des projos, essaie des lumières, des ambiances, envoie la musique, commente au passage…
Dopo l'Americano, ecco l'Americana...
Et puis, à la fin de l’acte deux, au
moment où les Befana se mettent à chanter leur hymne de « Gigi l’amoroso », l’heure est à la nostalgie… Les deux sœurs se souviennent de leur ancien amour en Amérique, et
l’accordéon vibre… « Gigi, c’est toi là-ba dans le noir ?... » Sauf que cela devient, dans la gorge de Carolina, « Alan, c’est toi là-bas dans le
noir ? »… Alain surgit de la table de mixage et il avance un peu vers la scène. C’est très beau, très dense. Il incarne pour un instant, le fantôme d’Alan, l’amant disparu,
cause de la fêlure orginelle…
« (…) Carolina : (dans un registre un peu coquin pour
se libérer d’un poids d’angoisse) : rappelle-toi ses jolies lèvres, ses cheveux blonds et ses grands yeux, ses petites fesses bien fermes, les bracelets luisants à ses poignets,
l’élégance et l’énergie qu’il avait quand il faisait des claquettes… Quel beau danseur !... Nous étions toutes les deux vraiment folles de lui !
Francesca : dingues, complètement dingues !... Je t’ai
beaucoup enviée à l’époque… J’aurais voulu partir, moi aussi… Vivre une grande aventure, loin de Santo Stefano, suivre comme toi des cours de claquettes à Los Angeles (…)"
Répétitions des 27 et 28.02 (1/10)
Les acteurs dans le vide du filage de l’acte deux… C’est la norme ! Il faut que les acteurs retrouvent tout seuls leurs repères.
Psychologiquement, ça fait beaucoup de bien. En deux séances, nous avons l’impression d’avoir parcouru un chemin immense : une sorte de panoramique de la pièce telle qu’elle
apparaîtra sous les yeux des spectateurs… Evidemment, il ne s’agit pas que d’un panoramique et les défauts sont innombrables dès que l’on « redescend sur
terre » et que l’on s’attache à « la réalité du terrain ».
Les acteurs, notamment parce que le groupe a changé, ont perdu
beaucoup de leurs repères. Le texte fait encore un peu défaut et les nouvelles arrivantes crient au secours… Comment se placer ? Comment dire ? Comment
jouer ? L’intérêt de la séance du lendemain, c’est qu’au Palais des Congrès, je reviens précisément sur ces scènes-là pour travailler dans le détail et mieux fixer les
choses. Alors, on commence demain sur le détail.
Pubblico ?