Comme je l’ai indiqué la semaine dernière,
le cours des répétitions est passablement perturbé ces temps-ci… Pas de répétition mardi 13 mais beaucoup de spéculations aussi qui tendent à donner aux semaines
et au spectacle à venir leur forme définitive. Dans les articles à venir, je propose d’en indiquer les contours notamment en ce qui concerne la part
musicale.
Siamo pronti ?
D’abord, les répétitions et le programme
que je viens d’envoyer à chacun des membres de la troupe. 17 mars : dans le cadre de la journée
portes ouvertes du lycée : présentation du fonctionnement de l’atelier et de quelques scènes aux visiteurs. (Salle 109) : projection des DVD
des spectacles, press-book : bienvenue à tous les intéressés !
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20 mars : répétition au Palais des
Congrès, de 19h00 à 21h00
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27 mars : filage complet au Moulin à Sons
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17 avril : filage complet avec les musiciens au Moulin à Sons
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24 avril : filage complet avec les musiciens au Moulin à Sons
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13 mai : présentation du « Ponton » au Salon du Livre de Loudéac (thème de cette année : l’amour…)
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15 mai : filage complet avec les musiciens au Moulin à Sons
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22 mai : rendez-vous au Palais des Congrès dès 9h00…
NB : étant donné les jours fériés du mois de mai, il faudra probablement convenir d’au moins une autre date pour
une répétition supplémentaire… Tout dépendra bien sûr du stade où nous serons parvenus !
Théâtre forum
Une troupe de St Brieuc proposait mardi, dans le cadre de la
semaine de la santé, une forme intelligente de réflexion sur les thèmes sensibles
pour les adolescents… La consommation de produits illicites, l’incompréhension des parents, les
phénomènes de bande, les violences diverses… Guidés par leur metteur en scène, quatre jeunes comédiens devaient jouer dans un premier
temps une série de scènes mettant en perspective ces sujets-là. Puis, dans un deuxième temps, proposer au public (« spect-acteur ») d’intervenir dans le scénario afin d’en modifier le sens et d’ouvrir le débat.
Non è ceramica la vità ! Non si puo amare con sapienza !
Ce principe s’inspire directement de la
pratique mise en vogue par le Brésilien Augusto Boal qui, dans les années 70, a popularisé ce type de
spectacle de rue afin d’éveiller la conscience politique de l’opprimé (dans des pays régis par des dictatures)… Voir à ce sujet, son ouvrage « le théâtre de l’Opprimé »
De la même façon, dans le prologue du Ponton, les Befana mettent à disposition des adolescents un scénario, celui
d’Angelika… et un thème… Celui du désir amoureux… Dans la suite de la pièce, Gigi ne se gène pas pour intervenir et donner sa propre version des
faits. Même si les deux commères n’apprécient pas, on en est là, et c’est bien l’une des valeurs du spectacle de rue ! On trouve le thème au
moins à deux reprises dans son discours, d’abord à l’acte 1, puis à l’acte 2 :
Extrait acte 1 : « (…) Gigi :
Tiziana, Lauredana, Ornella, modèles de sagesse et de bon comportement ! Les parangons de vertu !... Tu vas voir ! On va les mettre à l’épreuve ! Secouer leurs
principes !... Tu te souviens de l’histoire de la Beffana sotto le stelle ? On va faire tomber les armures !... Moi, c’est comme ça que je la comprends la légende
d’Angelika ! Crois-moi, j’ai l’œil américain ! Le radeau d’Angelika dérive en ce moment au large de Torremuzza, et il ne faut pas le laisser passer ! (…)
Extrait acte 2 : « (…) Francesca : c’est pourtant la voix
de la sagesse, mon enfant !
Gigi : j’avoue que j’ai aussi du mal !... D’autant que
j’avais cru comprendre exactement le contraire dans l’histoire que vous nous avez racontée pendant votre dernier spectacle Porta Messina…
Carolina : il ne faut jamais confondre les histoires avec la
réalité, mon petit, jamais !... Les histoires offrent du rêve à bon marché, il faut juste savoir les écouter.
Gigi : si les jeunes ne sont capables que d’écouter et de
répéter les mêmes histoires, alors, ça sert à rien ! Vous pouvez remballer la marchandise !... Avec des gens comme vous, le pays est condamné à se figer dans la céramique !
(…) »
Non è ceramica la vità ! Non si puo amare con sapienza !
La part de limagination
Beaucoup d’universitaires m’insupportent par
leur côté pompeux et le vide solennel de certains de
leurs discours. Mais il y en a un dont je ne rate jamais les interventions sur France Culture (l’Eloge du savoir, 6h00 a.m, y’a intérêt d’être captivant !), Michael Edwards. Spécialiste de Shakespeare mais également de poésie et de théâtre
français…http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/utls/
L’acuité du regard « so
british » et so « delicate » qu’il porte sur les grands textes est toujours savoureux. Il s’entretenait récemment de l’importance des créatures issues de l’imaginaire qu’on trouve dans une pièce comme « le Songe d’une nuit d’été » et affirmait que
Shakespeare accordait plus de vérité aux fées, lutins et elfes qui apparaissent sur la scène qu’à tous les autres personnages… En d’autres termes, dans Shakespeare, ces créatures du mensonge acquièrent par leurs propos et leur façon d’être davantage
de vérité que dans la vie que nous disons réelle. Comme l’indique le conférencier, ils vont davantage « au fond des choses ».
C’était en tout cas manifeste dans le discours
que tenaient les trois sorcières l’an dernier dans « le Ceilidh ».
N’est-ce pas aussi dans une certaine
mesure la part que joue la marionnette Angelika dans la fable du
Ponton ?
« (…) Et puis une nuit, elle s’est enfin assoupie… Pas très loin d’ici… sur la plage de Capo d’Orlando. Et alors, et
alors, pour la première fois, quelque chose a bougé dans son corps, sous l’armure… Elle a commencé à rêver. (…)»
Mascherra e verità...
Répétitions des 27 et 28.02 (11/11)
« (…) Et moi, c’est encore pire, je suis une fille !... Imaginez l’histoire !... Mettez un jeune Américain à la place de Gilda, un bel Américain, style surfer, sur le ponton, tous les matins !… Eh ben, je l’aurais suivi sans hésiter, moi aussi !... Par amour, je l’aurais suivi !
Francesca : je préfère te savoir avec Salvatore, ma petite Ornella ! Tu es bien mieux avec Salvatore, crois-moi !... Je le connais, c’est un gentil garçon… Ton surfer, laisse-le où il est ! On ne part pas avec le premier venu !
Carolina : on ne part pas ! Surtout si on croit aimer !... C’est le pire des pièges, Gigi ! (…) »
Quand Ornella essaie d’aller dans le sens de Gigi et de Gilda, cela réveille un sursaut d’hystérie chez Caroline. Ce trait la ramène à son histoire personnelle et je demande à Jennifer d’outrancier sa réaction. La référence au « surfer » suscite la jalousie de Salvatore qui ne se cache plus, même devant les Befana.
Sur la fin de la scène et les dernières répliques, les deux couples sont en miroir. Exercice classique dans les ateliers de théâtre. Je leur demande de l’utiliser pour montrer davantage l’intéraction entre les deux couples et accentuer le conflit entre les générations. Ces adolescents sont en train de rompre avec les usages ancestraux…
Les Befana n’ont plus qu’à causer entre elles, on ne les écoute plus… Gilda impose le signe du départ. Ils sortent. Elles restent là, seules en scène, à tournoyer sur un pas de valse dérisoire.
« (…) Carolina : je repose la question : « qui va les surveiller ? ».Il n’arrive rien de bon dans la rue si personne n’est là pour veiller sur vous !... Croyez-moi, les enfants, il est dangereux de quitter le pays des histoires.
Francesca : le pays des grands frères !
Carolina : le grand frère monte la garde !
Francesca : le grand frère donne la main !
Carolina : le grand frère va faire les courses !
Francesca : le grand frère aide la mamma quand elle vieillit !
Carolina : le grand frère s’occupe de tout !
Francesca : par conséquent, on reste à la maison !
Elles empoignent le manche de la carriole et s’en vont en chantant, par provocation, la chanson de « Gigi l’Amoroso » (…) »

In un paese, tutto si deve sapere !
(Photo Nino. Piazza Armerina)
Répétitions des 27 et 28.02 (10/11).
Quand les Befana font irruption sur la scène, les adolescents, gênés, se regroupent, à l’exception de Gilda qui perçoit l’agressivité des vieilles Siciliennes. Après une « présentation manquée » et une tentative de conciliation de la part de Gigi, on va inévitablement vers une confrontation.
Tout, dans le jeu de scène, le déplacement dans l’espace, doit signifier cette confrontation, jusqu’au moment où elle se déclare de façon ouverte sur les thèmes : sédentarité / mouvement, fidélité / liberté, tradition / modernité, devoir / insouciance…
« (…) Gilda : offensée par la provocation.Alors, remplissez-vous la gorge, espèces de commères ! Remplissez-vous la gorge !... Vous voulez tout savoir ?...Gigi est amoureux de moi !... Vous voulez tout savoir ?...Il va me rejoindre en Californie… Vous voulez tout savoir ?... Il va bientôt quitter votre Santo Stefano di Camastra, rien que pour moi…
Carolina : elle étouffe, totalement déstabilisée. Gigi, ma Gigi, c’est pas vrai !… Ma Gigi, tu es fou !... Non, Gigi, tu ne peux pas suivre cette fille !... Tu es sicilien, tu dois rester au pays…
Francesca : ça ne se passera certainement pas comme ça, mademoiselle Gilda !... Certainement pas !... Je vous le dis, à vous qui êtes bien trop jeune pour comprendre, les choses ne s’arrangent pas comme ça en Sicile !... Peut-être que cela se pratique de l’autre côté de l’Atlantique, mais ici, non ! Certainement pas ici !
Gigi : et qu’est-ce qui nous en empêcherait, Francesca ?... Tout ça, ce n’est que de l’habitude, de vieux usages mesquins entretenus depuis l’âge de glace par les anciens ! (…) »

Non disturbare, prego !
(photo Nino, Piazza Armerina)