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Torremuzza

Publié le par Eric Bertrand

« (…) La scène se déroule au large d’une petite plage, sur un ponton.
Le ponton est matérialisé par une estrade au milieu de la scène.
Une jeune fille y est allongée et se prélasse dans son peignoir.
 
Gilda : il est à peine huit heures du matin… Qu’on est bien ! Elle se redresse, fixe l’horizon. Ma nouvelle maison est en face, à Torremuzza... Tout là-bas, sur la plage… Elle est blanche. Blanche sous le ciel bleu. Elle est belle ! Une maison de carte postale… Sur la colline, on distingue le village de Santo Stefano di Camastra. Le village de la céramique !... C’est l’été. Au printemps dernier, peu de temps après notre arrivée ici, j’ai demandé à mon père d’installer ce ponton à cinquante mètres de la plage ! J’y suis tous les matins, bien avant tous les autres !… A la vérité, je n’aime pas la populace ! (…) »
 
              Je n’ai pas voulu faire de la littérature trompeuse mais force est de constater… Les lieux réels n’ont pas grand-chose à voir avec le texte de référence. Ce n’est pas un parti-pris de transformation du réel mais tout simplement la volonté de suivre la logique d’une Gilda FERRARI qui ne supporterait pas un tel environnement… La beauté est ailleurs, là où son oeil n’irait pas…
              A Torremuzza, pas de ponton, de plage de sable, de villa blanche ou d’allée d’oliviers. Mais de gros galets ronds, des maisons appuyées sur des échafaudages, la vieille voie ferrée et des rails dont la rouille voyage au rythme des tortillards en provenance de Palerme sur les énormes barils, citernes, hangars, bidons d’une usine désaffectée, sous le pont pisseux de la voie ferrée, sur le blanc terni des galets de la plage.
              Une femme met une poubelle dans un containeur. Soudain, elle sursaute, deux chats affamés et faméliques sortent du tas de détritus, l’œil fâché. Un clan de chats à élu domicile sur le fond crevé d’une vieille barque isolée sur les galets comme un ponton à la dérive. Mais sur la colline en face, la petite ville de Santo Stefano pointe dans le matin, mauve sous le soleil, et sous le miroir de l’eau, les galets sont devenus bleus. Comme le dit Gilda, contemplant du ponton la colline :
 « La musique du grand jour monte de la place du marché et je referme les yeux pour l’écouter. »
 
Faites comme elle, écoutez cette chanson très en vogue en ce moment en Sicile : http://www.youtube.com/watch?v=FiohgoiKw40
Ferrari, Gilda Ferrari... "Quel bolide !"

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Ambiance entre jeunes

Publié le par Eric Bertrand

« (…) Salvatore : tu es vraiment génial, Gigi ! Ces trois crâneuses nous courent après depuis six mois… Et devant tout le monde, elles font semblant de se moquer de nous… Chiche, on leur met le dos au mur ! (…) »
 
              Valentina, Stella, Marinella… ils sont tous regroupés entre les deux places de la ville par bandes de filles et de garçons en cette période de semaine sainte (si importante dans une Sicile très pratiquante) qui permet aux jeunes qui font leurs études à Messine, Palerme, plus loin, jusqu’à Milan, de revenir au pays. Dans les rues, les rues et les églises, des enfants chantent des chansons pieuses et préparent des processions (je consacre un article prochain à la procession).
              Les filles complotent en secret par groupes, le coude sur le parapet qui surplombe la mer, Joconde au sourire niaisement énigmatique, au portable à la ceinture, un coin de ventre pendant comme un gros lobe d’oreille avec ou sans piercing. Les garçons télépathent. L’œil coule sur le nombril. Ils décrochent le portable et parlent avec de grands gestes, à cheval sur la selle de leur vespa ou avachis sur les sièges.
              Les mots éclaboussent. Les syllabes en italien, à la différence du français, font porter les accents sur des zones acoustiques qui varient selon la longueur du mot. Cela donne un plaisant effet de ricochet, souligné par la paresse lascive de la voix : casa, Santo Stefano, ragazza, bella giornata…Quand vous passez auprès des groupes de jeunes particulièrement volubiles en fin de journée, cela donne un effet savoureux de roucoulement. D’autant qu’ils et elles s’étonnent facilement de ces Français en tenue légère alors qu’ils portent encore des blousons et des pulls sous le beau soleil printanier.
Dove sono le ragazze, dove sono i ragazzi ?
 

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Répétition du 17.04 (2/2) : réaction dans le public

Publié le par Eric Bertrand

             Quand approche le moment du spectacle, on voit passer des gens intéressés par « ce qui se cache derrière le rideau »… Si le blog en est un coin levé, la salle de répétition en est un autre et je publie ce matin le point de vue de l’une des spectatrices venues là avec son petit garçon de cinq ans. Ce genre de point de vue est toujours stimulant pour l’ensemble de la troupe.

              « C'était vraiment sympa d'assister hier à une partie de répétition, même si je n'ai pas pu rester jusqu'au bout car cela aurait fait trop tard pour Eol. Il était fatigué depuis un moment mais il ne voulait pas partir. Il me répondait à chaque fois : "Non, c'est pas fini !". Il a vraiment apprécié. Je ne regrette pas de l'avoir emmené car non seulement il a été très sage comme il me l'avait promis, mais en plus la répétition l'a beaucoup intéressé. Et il a adoré les passages musicaux. Au moment où nous sortions, il m'a dit "c'était très très bien". Je pense qu'il aura envie de revenir. Tout ceci me fait encore davantage regretter - égoïstement car c'est tellement génial pour vous - que vous partiez l'an prochain. J'aurais aimé avoir davantage l'occasion d'approcher cet atelier d'expression artistique. Et je pense que le fait d'assister à quelques répétitions aurait contribué à forger chez Eol - et plus tard chez Louarn - un goût pour l'expression (...)"

 

Un po di sogno sul teatro...

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Répétition du 17.04 (1/2) : le temps des musiciens

Publié le par Eric Bertrand

Comme je l’ai annoncé depuis la reprise, je vais interrompre périodiquement ce reportage sicilien pour continuer de donner des indications sur la progression de la mise en scène.
              Mardi soir, dans une ambiance sympathique de retrouvailles, (et puis de visiteurs présents dans la salle) première répétition avec une partie des musiciens. (Mandoline, accordéon, guitare, batterie, piano, chanteurs…) Une large place leur était donnée car la plupart d’entre eux sont impliqués dans d’autres activités et ne se consacrent au spectacle que très tard. Ils découvrent donc la réalité de la scène, même s’ils ont entre les mains le texte que leur a soigneusement confié Arlette qui les dirige avec beaucoup de maestria. Place aux musiciens donc, qui ont essayé des accords, interprété des morceaux, souligné des passages avec brio ou hésitation selon les cas. Il ne s’agit que d’une première.
              En ce qui concerne les comédiens, j’ai déjà cette impression (qu’on ressent quand on laisse des élèves s’en aller vers leur examen), que les jeux sont faits, que c’est désormais à eux de trouver les dernières ressources, intuitions, coups de génie… Du reste, même s’ils n’ont pas eu le temps de jouer beaucoup de scènes, j’ai trouvé qu’il y avait du progrès chez chacun d’eux. On voit que les vacances ont porté leurs fruits.
              Je leur propose de trouver une autre date pour essayer de retravailler en finesse entre nous, mais ce n’est pas évident de « sinuer » à travers toute cette période marquée par des jours fériés et des ponts. Ce blog s’efforcera de donner encore quelques dernières pistes pour le jeu (j’ai notamment dans mes « reportages siciliens » prévu un article sur « la gestuelle »…) En tout cas, mardi prochain, rendez-vous est pris avec la presse à l’occasion de la deuxième.
 
la_mandoline_2.jpg
 
Musica siciliana...
 

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Circulation à Messine

Publié le par Eric Bertrand

Première répétition avec une partie des musiciens hier soir. J’y reviens prochainement. Continuons notre reportage sicilien…
              Gaetano le constate, la circulation en ville est un enfer. Les gens passent au rouge, klaxonnent si tu marques l’arrêt, descendent de leur voiture en plein milieu du trafic pour passer dans un magasin, s’acheter une pizza, un paquet de cigarettes, un journal… Créent un embouteillage monstre, imposent la loi d’un geste obscène et attirent une averse de coups de klaxon, de doigts levés en phallus.
              La circulation reprend, comme en suspension magique, jusqu’au prochain feu rouge. Et les marchands de fruits, de légumes, de chaises, de fauteuils relax, de canapés et divans étalent la marchandise tout au long du périphérique des fois qu’un conducteur fatigué ait envie de s’arrêter cinq minutes pour aller manger une orange, croquer dans un fruit, se détendre les jambes ou reposer le moteur de la 500.
 
« (…) Francesca : (Elle jette un à un les morceaux d’écorce qu’elle a accumulés à côté d’elle. Elle se laisse griser) Regarde ce que je fais de mon orange ! « Orange sanguine ! », note bien le détail ! J’enlève l’écorce. Je la découpe en petits bouts et je prépare plein de petits bateaux ! Du zeste de bateaux !... Une vieille recette…Voilà toute une flottille de dériveurs à la voile colorée ! Et hop, je les lance au fil de l’eau, je les vois partir et j’invente les histoires que je raconte le soir, aux enfants du village (…) »
 
C'é un posto per ognuno nel trafico !

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