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Clan Sinclair : rencontre et "intronisation"!

Publié le par Eric Bertrand

              Aujourd’hui dimanche, nous rencontrons la fameuse Kay Dunnet par l’intermédiaire de laquelle mon article sur les châteaux passe le 15 mai prochain dans le livret destiné au clan Sinclair. Nous sommes invités au déjeuner.
              Le couple Dunnet habite dans un lieu fantastique, le « Broomfield castle », littéralement, le château des ajoncs. C’est une propriété située au bas d’une allée qui serpente entre les arbres (ce qui est très inattendu dans le Caithness !) où les arbres sont si rares !
              Nos deux hôtes, immédiatement très cordiaux, jaillissent de la maison. Lui, Graham, l’ancien commandant du régiment d’infanterie évoqué par Don, a les airs d’un Louis de Funès tempéré de flegme britannique et de nervosité martiale. Elle, ressemble à une diva volubile et facétieuse. Ils nous introduisent sans plus tarder dans la grande pièce qui donne sur le loch, nous servent un verre de bon vin.
              Nous sommes au milieu des gravures et de tableaux dont deux lithographies de Girnigoe en 1823. Pas d’erreur, c’est bien là le fief du « Ceilidh » ! Des photos aussi de leur passage à Buckingham Palace, en compagnie de la reine. Kay est très excitée par la prochaine parution de l’article que mijote l’éditeur. Elle m’affirme que, d’ores et déjà, le numéro d’octobre comportera mon deuxième article, celui sur le Caithness. « The special touch of Caithness ». À ce titre, elle me propose soudain de devenir membre honoraire du clan Sinclair, honneur que je reçois avec émotion. Seule fausse note, je ne porte pas le tartan des Sinclair, mais celui des Mac Leod… J’ai tant fréquenté les lieux Sinclair qu’il est tout naturel que je devienne l’un d’entre eux (Kay me fait remarquer que la couverture du livre présente certes la photo de Girnigoe mais que l’autre photo, la petite qui figure en bandeau, présente un autre haut lieu des Sinclair : Dirlot Castle. J’ignorais cela. J’en apprends encore sur mon livre !Et ce n'est pas fini, avec Ian Sinclair, gardien du phare et grand prêtre templier, j'en apprendrai davantage mardi...
Sinclair Girginoe in 1823... La photo n'a pas été préparée !
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Souvenir de la Royal Air Force

Publié le par Eric Bertrand

Nous avons passé la soirée du vendredi chez un ancien pilote de la Royal Air Force qui a notamment participé au D Day. Il s’appelle Don, il est âgé de 83 ans et garde une solide santé. C’est un roc sur lequel les aventures, les drames ont frappé. Très généreux, très courtois, il nous reproche comme à chaque fois de ne pas avoir choisi d’élire domicile chez lui. Il insiste, il y a beaucoup de place, et puis… « J’aime tellement la compagnie… »
              Il vit seul. Il a perdu sa première femme, il y a dix ans, puis sa deuxième récemment... Je la connaissais bien, Isabel, la mère d’Yvonne, Fiona et Heather. Yvonne avait 18 ans lorsque j’étais assistant, je lui donnais des cours particuliers de français. Isabel me priait souvent de rester à la maison dormir et parfois même « over the week-end ». Ses petites sœurs, Heather et Fiona (le lecteur du Ceilidh perçoit l’hommage discret : pas de « Shrek dans ma Fiona !)  étaient heureuses lorsque j’acceptais. Dans la maison, il manquait le papa mort tragiquement cinq ans plus tôt…
              Isabel a fini par se remarier. C’était une femme exceptionnelle. En souvenir d’elle, je porte toujours au cou mon Old Man of Hoy, symbole des Iles Orcades qu’elle m’avait offert à mon départ… Elle méritait de tomber sur quelqu’un comme Don qui l’a fait voyager, en Australie, à Paris, à Venise… et qui lui a offert les derniers moments intenses qu’elle a connus.
              Entre autres qualités, Don est un fameux cuisinier. Un fameux conteur aussi. Il nous parle de sa guerre, de ses avions, des exploits qu’il a accomplis et des drames auxquels il a survécu avec beaucoup de courage et de chance. Dans la région il est très connu. Lorsque nous lui disons que, dimanche, nous sommes invités par la responsable du clan Sinclair, Kay Dunnet, il s’exclame : « Oh, but I know her perfectly well, she is the major’s wife and she lives in a beautiful house, up on the loch… »
              Rendez vous avec les Dunnet demain donc !

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Spending a good time with Don...

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Music in Talmine

Publié le par Eric Bertrand

Rencontre le samedi avec notre vieille amie Joan qui habite à environ 80 miles de Thurso, dans la région montagneuse du Sutherland. J’aime prendre cette route : elle longe la mer et emprunte une succession de collines qui ouvrent sur des plages de sable blanc. On ne peut pas rouler vite, beaucoup de moutons sur la route, un « single track » avec de nombreux « passing places ». Peu de villages : Bettyhill (Mac et moi avions rallié cet endroit à pied lorsque nous étions venus de la lande), quelques hameaux épars, des « croft houses » abandonnées (je me souviens m’être abrité dans l’une d’entre elles un soir avec mon vélo et d’y avoir dormi, au milieu des crottes de moutons et des fissures à travers lesquelles, comme Hugo, « je voyais les constellations » !), Tongue et enfin, au-delà d’une magnifique entrée de mer qui forme un loch, le petit village de Talmine.
              Joan nous a avertis : elle reçoit sa famille venue d’Inverness. Elle se réjouit de nous offrir ce qu’elle nomme « un ceilidh » ! Ses trois petits-neveux ont respectivement 13, 10 et sept ans et ils jouent tous les trois d’instruments traditionnels. Mandoline, accordéon et cornemuse. Kattie, la mère, m’explique que l’État aide financièrement les familles qui décident de promouvoir la culture écossaise en incitant les enfants à suivre des cours.
              C’est évident, le goût de la musique s’est transmis en même temps que celui de la culture : j’ai parlé avec Shawnie, celui qui a 13 ans et qui joue de la cornemuse. Il a fait le choix depuis deux ans de suivre ses cours en gaélique. Joan me demande de lui dire le texte gaélique du spectacle. Elle aime m’entendre réciter car elle se sent un peu à l’origine de mon goût pour cette langue. En effet, lorsque je travaillais dans le Caithness, c’est la première Gaëlle authentique que j’ai rencontrée. Très différente des autres professeurs de la Staff room. Combien d’airs traditionnels m’a-t-elle fait écouter alors ?
              Quand on s’est quitté, elle m’a offert un livre qu’elle m’avait mis de côté depuis longtemps : il s’agit d’un recueil de légendes et d’histoires collectées par un instituteur originaire de Tongue. « I’m sure you’ll like it ! » m’assure-t-elle, complice. Je feuillette  l’ouvrage, il y a là-dedans, bien entendu, des histoires de fantômes et de green lady…peut-être en ferai-je quelque chose un jour.

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On the way to Sutherland...

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Sorcières du Caithness : répétition du 10.05

Publié le par Eric Bertrand

J’interromps a nouveau le bilan du voyage en Caithness pour la traditionnelle synthèse de répétition du mercredi. (Il y aura d’autres interruptions car, vu les circonstances, le travail de préparation se densifie !)
              Nous arrivons à trois semaines de la représentation. Je perçois dans les yeux des comédiens une inquiétude nouvelle, celle qui précède « la curée », ce moment où ils vont devoir livrer au public « enragé » (je pense aux lycéens), cette part intime de leur travail qui se nourrit de leur chair et de leur esprit. Julie a perdu la voix, mais elle assiste à la répétition qui va porter sur la fin de la pièce.
              Milieu de l’acte deux et épilogue, afin de combler les lacunes. Fragments de texte oubliés, extraits à mieux souligner par le jeu des personnages. C’est à nouveau un travail en profondeur qui passe par une lecture attentive des moments de scène et des postures à adopter.
Prenons exemple sur la scène huit : les sorcières apparaissent dans la tour où Fiona se lamente. Elle n’a pas fini son discours que les trois « sœurs de l’enfer » se pointent sournoisement, pendant la rêverie amoureuse de leur victime :
 
« Oh, John ! Je voudrais tant courir avec toi dans l’herbe jusqu'à la petite plage au bas de Girnigoe… Je voudrais tant, comme par le passé, étreindre ta main et courir à perte d’haleine dans la lande, escalader les rochers et nous cacher pour faire crier les mouettes et les commères ! »
 
             Dés qu’elle les voit, Fiona pousse un cri. Les sorcières la bousculent et jettent à terre. Elles sont, à leur habitude dans le registre burlesque :
 
« Lou : Mais tu n’es plus qu’un petit rat dans sa cage ! Le rat du Master of Caithness !
Suzy : Souris blanche dans une cage rouillée, tu as perdu ton mulot et grignoté tout ton pain blanc !
Diana : C’est bien fait ! Comme tu nous agaçais !
Suzy : Comme vous nous agaciez !
Lou : Toujours à vous lisser les moustaches !
Suzy : Toujours à vous frotter le museau !
Diana : A courir trotte-menu dans tous les coins !
Suzy : A chercher à croquer dans le gruyère !
Lou : Mais prends garde ! Il y a quelque chose de pourri dans ton gruyère, princesse ! Et tu vas tomber de haut ! (Elles ont quitté le ton du commérage et se dressent, menaçantes)
Diana : Et tu vas t’étaler tout en bas du château !
Suzy : Un toast ! Plus rien qu’un toast en robe blanche !
Diana : Et ça fait un grand trou dans le gruyère !
Lou : Et hop, ta petite âme monte au ciel en fumet de raclette ! »
 
              Il s’agit en effet d’annoncer le suicide à travers la métaphore filée du fromage qui se transforme en toast puis en fumée de raclette. Dans un second temps, au-delà du rire sarcastique, les sorcières donnent accès au frisson du surnaturel… Si le spectateur rit de bon cœur quand il les voit se démener, il ne doit pas oublier qu’elles sont les terribles agents du Destin, et qu’elles incarnent cette force sourde présente dans toutes les tragédies. C’est Suzy qui développe cet aspect quand elle dit :
 
« Suzy : Déjà tu changes de tenue, déjà tu rentres dans la légende et deviens « la Green Lady d’Ackergill Tower »
 
              A ce moment, je lui demande de mieux porter sa voix et son geste pour accompagner la vision du spectateur et mieux rendre compte de la métamorphose de la femme en green lady (et non plus en toast !). Le texte aide à ce déploiement mystique notamment par la répétition du modèle syntaxique.
 

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Girnigoe from Ackergill Tower...

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la maîtresse a des griffes !

Publié le par Eric Bertrand

« Prague ne me laisse pas partir. Cette petite mère à des griffes ! ». Voilà ce que disait Kafka à propos de la ville qu’il aimait tant. Depuis vendredi, je cours tous les matins dans la lande, dans le sillage des biches qui me font les yeux doux et sous les nuages qui cernent le ciel bleu.
              J’ai vu dimanche matin un troupeau d’une trentaine de chevreuils. Mon objectif était de rejoindre le loch Caluim situé à quatre miles du cottage, tout au bout du « single trail ». L’offrande sur un plateau d’un croissant de plage dorée sous l’oreiller du ciel.
              Mais toute maîtresse a des griffes et « les griffes » guettent dans les herbes ou les marécages. Premier jour, à mon retour, je décèle une tique fichée dans la jambe gauche. Second jour, seconde tique dans le creux du mollet gauche, troisième jour, troisième et quatrième tiques dans le creux du mollet droit et de la cuisse gauche.
              J’ai déjà eu affaire en France à ces charmantes petites bêtes, et mon médecin s’est toujours montré alarmiste. Ici, je décide d’interroger la pratique locale. Sans hésitation, Suzan, la propriétaire, m’enlève la première à l’essence. Puis, véritable oracle locale, elle me met en garde : « they say they are plenty of them this year ! You might get some more ! »
              Le lendemain, son mari me fournit le précieux carburant dans une bouteille en plastique et c’est Nolwenn qui opère avec succès. Les derniers parasites se désinvitent.
              C’est important car depuis samedi a commencé le temps des rencontres et le bain culturel. C’est le propos des articles à venir.        

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Up at Ben Dorrery !

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