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livres

Réflexion autour de « Matrix » et de l’allégorie de la Caverne de Platon (6/6)

Publié le par Eric Bertrand

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La référence à l’allégorie de la caverne est plus explicite dans l’article extrait de Matrix, la machine philosophique. Les auteurs s’y interrogent sur les multiples références culturelles que comporte le film. Ce qui force Néo, l’Elu, à sortir de la matrice, c’est cette question signalée par le texte à la ligne 33 : « Comment savoir si la vérité n’est pas une vaste illusion ? » Et tout naturellement au début du film, au moment de son initiation, il lui faut « suivre le lapin blanc » pour, comme Alice au pays des merveilles, basculer « de l’autre côté du miroir ». Jouer le personnage de Néo, c’est donc s’imprégner de ces références littéraires et philosophiques qui nourrissent le film. Pour préparer son rôle, les auteurs nous disent que l’acteur « Keenu Reeves n’a pas seulement eu à subir les rigueurs d’un entraînement physique intense ».

Une réflexion préalable sur les textes fondateurs lui a été nécessaire pour comprendre ce rôle d’essence philosophique. Son maitre, le bien nommé Morpheus, lui dit par exemple : « J’essaie de libérer ton esprit mais je ne peux que te montrer la porte » ou encore « il y a une différence entre connaître le chemin et arpenter le chemin ». Ce qu’il lui appartient de savoir, c’est le message suivant : « Aussi longtemps que la matrice existera, l’humanité ne sera pas libre ». A quel prix la liberté ? Faut-il se résoudre à abandonner le confort de l’illusion ? Faut-il affronter en permanence le danger et risquer d’y perdre la vie ? L’oracle que va voir Néo lui fait comprendre que, pour accéder à ce niveau d’existence, il lui faut commencer par adopter le principe « Connais-toi toi-même », la fameuse injonction de Socrate. Cette connaissance de soi vaut toutes les illusions, encore faut-il avoir le courage et la détermination nécessaires pour aller au bout de l’aventure ! C’était aussi, d’une certaine manière, le projet de Truman dans le film de Peter Weir, « le Truman Show »...

 

Ainsi, l’ensemble de ces documents montrent bien que, depuis l’origine, l’une des tendances fondamentales de l’homme consiste à vouloir dépasser ses limites pour aller au-delà des apparences et s’interroger sur les faux-semblants de la Vérité. Philosophie, poésie, images, cinéma, la tentation est  toujours forte de lever les écrans et d’approfondir le fond de la Vérité.

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Réflexion autour de « Matrix » et de l’allégorie de la Caverne de Platon (5/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Cette représentation de la Vérité poétique fournit une sorte de toile de fond à toute la poésie de Baudelaire. Il y a toujours pour lui moyen d’accéder à la Vérité : le sonnet des « Correspondances » l’explique assez bien : « La Nature est un temple où de vivants piliers / Laisse parfois sortir de confuses paroles ». Baudelaire y insiste notamment sur le rôle des parfums, des couleurs et des sons. Ils fournissent aux sens une sorte d’élixir capable d’ouvrir pour un instant éphémère, la porte de la « ténébreuse et profonde unité ».

En cela, dans les Fleurs du Mal, la femme est « un flacon », et c’est ce qu’illustre assez bien le sonnet « parfum exotique ». L’érotisme et l’exotisme y sont profondément liés. Dans la scène initiale que relate le poète, « l’odeur du sein chaleureux qu’il respire » lui communique une sorte d’ivresse. Il n’aime pas véritablement sa maitresse (la mulâtresse Jeanne Duval), il la respire. Peu à peu, par la magie de l’imaginaire et des sens en éveil, le voilà transporté vers « une île paresseuse ». Dans un autre poème (« la chevelure »), il écrit « fortes tresses, soyez la houle qui m’emporte ». Cette île « correspond » à « la caverne », à « la grotte basaltique » de « la vie antérieure ». « Voiles et mâts », « vague marine » et « verts tamariniers » font écho aux « houles » et « images des cieux » et la partenaire amoureuse du poète, qui aiguise les sens du paresseux, rappelle les « esclaves nus, tout imprégnés d’odeur ». Ce qui compte pour Baudelaire, ce n’est pas le partage d’un plaisir érotique, c’est la consommation d’un produit d’excitation des sens.

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Réflexion autour de « Matrix » et de l’allégorie de la Caverne de Platon (4/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Ainsi, ces trois documents d’origines diverses permettent d’analyser la pensée de Platon et d’en montrer les différentes étapes en variant les approches. Etant donné le caractère récent de ces documents, le lecteur peut prendre conscience de la modernité de cette pensée ancienne et en percevoir la présence dans deux œuvres bien distinctes : celle du poète Charles Baudelaire et celle des frères Wachowski, réalisateurs de la trilogie des « Matrix ».

 

Trois sonnets extraits des Fleurs du mal rendent assez bien compte à eux seuls de la mélancolie que le poète appelle ailleurs « le spleen ». Cette mélancolie qui travaille l’esprit et le cœur de Baudelaire au point de le désespérer dans le monde réel, génère une rêverie sur un ailleurs que le poème « la vie antérieure » définit comme un milieu marin, une sorte de « grotte basaltique » où le poète vivait autrement, « sous de vastes portiques ». Les sensations y sont présentées comme la source d’un bonheur intense et durable. Les sons, les parfums, les visions ont une expansion à l’image des « houles roulant les images des cieux »... Le lecteur reconnaît là, de façon légèrement basculée, l’allégorie de la caverne. La Vérité, les Idées, le soleil se sont réfugiés au sein de la caverne et la vie réelle, riche en illusions et en « langueurs » (« le secret douloureux qui me faisait languir ») est cause de la mélancolie du poète.

 

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Réflexion autour de « Matrix » et de l’allégorie de la Caverne de Platon (3/6)

Publié le par Eric Bertrand

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Dans le Monde de Sophie, le philosophe qui s’adresse à Sophie (la « sage »), essaie de lui expliquer simplement les choses. La petite n’a pas dix ans mais se pose les vraies questions. Alors, le philosophe lui répond... Il lui fait par exemple remarquer que lorsqu’elle voit une ombre et se dit « que quelque chose projette cette ombre », elle a une démarche philosophique qui rappelle celle de Platon. Et pour mieux expliquer cette référence, il lui explique « avec ses mots à lui », l’allégorie de la caverne. Dans ce « théâtre d’ombres », les hommes croient que les ombres « sont la seule réalité du monde ». Celui qui se libère est par conséquent ébloui de voir les choses « en vrai » et comprend par étapes ce que cette beauté doit au soleil. Mais comment en convaincre les autres ? Le philosophe est décidément un homme courageux qui n’hésite pas à déranger les autres, à les déstabiliser au point de se faire « tuer » comme Socrate l’a été.

Les éléments épars de cette allégorie sont réunis dans la planche de BD intitulée « Capitaine Caverne ». Il y est question de l’ouverture d’une boite de nuit dont « le boss est grec », une boite de nuit mythique dans laquelle les danseurs trouveront toute une société de contemporains de Platon, épicuriens, stoïciens, Pythagore. Le thème de la boite de nuit, parce qu’il renvoie à l’idée d’ombres et de lumières, de lieux clos, de silhouettes dansantes et d’illusions convient bien à l’image de la caverne. L’une des bulles correspondant aux paroles du personnage y fait explicitement écho : « des boules à facettes qui projettent des ombres sur le mur du fond ». C’est l’un des secrets d’ambiance de la boite et aussi un clin d’œil au lecteur...

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Les purs chez Balzac (2/2) : Eugénie Grandet

Publié le par Eric Bertrand

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Dans une certaine mesure, la jeune Eugénie Grandet, originaire de Saumur est « cousine » de Rastignac. Elle n’a vécu que dans l’ombre et le sillage de l’odieux Grandet, avare tonnelier occupé simplement à augmenter sa fortune par des spéculations à n’en plus finir sur ses bouteilles de vin, sur ses peupliers, et... sur la mort de son frère dont il reçoit le fils chez lui. L’apparition de cet enfant pur et élégant révèle à l’innocente Eugénie la noirceur de son père et la grandeur de la passion.

                Un passage du roman artistement écrit révèle, à travers la description du jardin vu à travers la fenêtre de la chambre d’Eugénie, les ravages du trouble amoureux qui l’inonde. Les fleurs, les plantes, les arbres, cessent d’être un décor figé comme les paires de chaussettes que ravaudait la jeune fille pour son père. Elle entrevoit l’immensité du Sentiment. Elle rappelle dans un autre genre l’Agnès de l’Ecole des Femmes et annonce la frénésie libérée de Jeanne dans une Vie. Mais Jeanne n’a pas à subir la tyrannie d’un père qui lui impose ses vues et l’empêche d’exercer la générosité dont elle voudrait montrer les signes à son cousin. Pas de sucre dans le café, pas de chandelle allumée le soir, pas de feu dans la cheminée... Cet univers auquel elle s’était habituée sans l’analyser lui est soudain révélé par les feux de la passion. Elle vivait dans un monde « éteint » et Charles est une lumière qui s’allume.

                La passion est d’autant plus belle qu’elle est partagée et qu’elle contraste avec le milieu dans lequel elle se déploie. Le tempérament romantique des deux candides les verse dans un éblouissement réciproque dont la référence est trouvée dans l’œuvre de Goethe. Pour pallier aux difficultés financières de son cousin, la jeune fille sacrifie ses économies alors que son père (qui sait se faire passer pour un miséreux) tire parti de la situation. Il s’arrange aussi pour faciliter le voyage vers les Indes de son neveu et ainsi le pur Charles s’en va loin des yeux, loin du cœur et se durcit, se lance dans des commerces interlopes, vend des esclaves... Se construit une fortune et lorsqu’il revient à Paris, fait un beau mariage. Eugénie est bien loin comme en témoigne la froide lettre qu’il lui envoie !  

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