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livres

Interview de Didier Daeninckx

Publié le par Eric Bertrand

 

 

                  En illustration à mon article d’hier au sujet de « Cannibales », livre qui a l’air d’intéresser un certain nombre de mes lecteurs, je propose aujourd’hui un arrêt sur deux documents : une vidéo et des photos qui apporteront un complément aux lignes écrites.

                D’abord une interview de l’auteur qui explique son roman à une classe de collégiens... Ce qui a le mérite de présenter simplement des éléments parfois complexes.

                Par ailleurs, le roman se déroulant pendant une période historique donnée (celle de l’exposition universelle de 1931) on regardera avec intérêt ces photos en noir et blanc...

 

http://www.google.de/search?q=exposition+universelle+de+1931&hl=fr&rlz=1T4GFRD_en&prmd=ivns&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ei=Q3S2TfPPF5G3hAes2KT-Dg&ved=0CEIQsAQ&biw=1131&bih=601 

 

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« Cannibale » de Didier Daeninckx

Publié le par Eric Bertrand

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            Dans le prolongement du travail sur le bidonville, je fais étudier à mes élèves le roman « Cannibales » de Didier Daeninckx. Il est court et pose les bonnes questions mais certains ont du mal à « entrer » dans le livre du fait de la situation d’énonciation un peu particulière... Voici l’aide que je leur ai fournie suite à leurs remarques.

 

              En 1931, Paris organise l’exposition colonialiste universelle. C’est l’occasion de montrer, dans un périmètre parisien bien délimité et « bien administré » l’immensité d’un territoire conquis dans lequel la puissance impérialiste française a imposé ses normes.

              Telle est la toile de fond sur laquelle se déploie le récit du vieux Gocéné… Le lecteur se trouve en effet dans un récit qui enchâsse deux espaces et deux temps : à la fois la forêt de Nouvelle-Calédonie au moment de la révolte kanak et l’exposition universelle qui s’est tenue à Paris du temps de la jeunesse de Gocéné... Au début du roman, la voiture de ce dernier (accompagné de son chauffeur Francis Caroz) est arrêtée par des révolutionnaires kanaks.

               Le vieux sage leur explique alors que Caroz fait partie de ces « Blancs » qu’il faut respecter pour ce qu’ils ont fait... Cela l’amène à raconter son histoire, celle des hommes de son pays, emportés loin de chez eux sous des prétextes fallacieux et désignés comme des « cannibales ».

                En effet, à cette époque, les organisateurs (les « G.O ») ont tout fait pour « épater la galerie » et montrer du doigt des « sauvages anthropophages » à qui ils ont confié, entre autres missions, celle de se comporter comme des animaux, de se battre, de montrer les dents à travers les cages ou de manger la viande crue. Les femmes se contenteront de danser les seins nus ou de faire risette.

              Les rôles sont clairement définis. Sauvages grotesques. Grands seigneurs riches et bedonnants. Capitale triomphante et obscène…  Sous le masque des souvenirs de Gocéné, ce petit livre invite surtout le lecteur à une promenade « philosophique » dans « le zoo » et la folie parisienne. Dans le cercle dérisoire de la fête universelle, officiels et visiteurs s’ébouriffent et chantent les airs de, « Nénufar », « la Tonkinoise » ou de « la fille du bédoin »… Le bon Parisien « civilisé » se tord de rire et montre du doigt Gocéné et les siens, « ces autres hommes »... Mais le lecteur comprend, chemin faisant, que ceux qu’on qualifie de « cannibales » sont finalement, et de loin, les plus dignes représentants de l’humanité. Les textes fondateurs de l’humanisme, ceux de Montaigne, Rousseau, Diderot et de Claude Lévi-Strauss ne sont tout compte fait pas loin de cette petite fable exemplaire.

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Critique de "l'Organisme"

Publié le par Eric Bertrand

couverture Orga

Revoilà « l’Organisme »... Ce roman en prise directe avec les établissements scolaires et les milieux enseignants ne pouvait qu’éveiller l’intérêt de certains collègues. C’est ainsi que dernièrement, sous l’impulsion de la CASDEN (branche de la Banque populaire destinée aux profs), cet article a vu le jour sur le site dédié aux enseignants.

                La critique formulée me paraît assez juste même si les mots de la fin sont un peu « caricaturaux ».

http://www.vousnousils.fr/2012/03/27/le-college-raconte-a-la-maniere-de-kafka-524388

 


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Article du mois : rencontre de l’écrivain Lyonel Trouillot

Publié le par Eric Bertrand

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                        Un écrivain, fût-il célèbre, n’a pas le succès d’une rock-star et ne produit pas d’émeute dans les couloirs des lycées. Jeudi matin 15 mars, Lyonel Trouillot est arrivé au lycée Vieljeux de La Rochelle, « par la petite porte ». Nous l’avons rejoint au CDI, les documentalistes, les professeurs, les deux classes de secondes associées. Les sièges en demi-cercle devant le Siège de l’écrivain, juste devant la baie vitrée, sorte de Palais du Grand large de Saint-Malo pour un festival Etonnants Voyageurs en version domestique.

                     Peu à peu, les élèves s’installent, certains munis d’une petite feuille griffonnée de questions, d’autres renâclant à ouvrir les sacs, l’œil sournois, contrariés de constater que la petite silhouette de l’écrivain coiffé d’un chapeau noir, s’appuyant sur une canne, ne correspond pas exactement au héros qu’ils ont imaginé derrière le Livre ou derrière l’Ecran. Mais tout de même, ça leur fait quelque chose, ce cérémonial. Lyonel Trouillot est là, en chair et en os, pour la première fois dans les murs de leur lycée. Et puis il vient de si loin... et puis ses livres se dressent là, tout autour, dans les rayons de la bibliothèque... Et puis les profs l’écoutent et n’osent même plus faire cours ! Tout de même, ça en impose !

                     Silence contenu, silence de début d’année pour jauger le discours de l’adulte qui vient d’ailleurs, d’une terre de séisme et de dictature, d’une terre d’esclavage et de révolte... Toussaint Louverture, Saint-Domingue, le sucre. Ça creuse son sillage dans les esprits de lycéens d’une cité tournée vers la mer et patrie des Fleuriau et des Rastaud...  Exposés sur Haïti en vent arrière, l’adulte qui sait de quoi il cause, il a le vent en poupe devant la flotille des caboteurs. Et pourtant, en début de séance, rien n’est encore acquis et le vent peut tourner !

                     Eux, les optimistes, ils ont le nombre, la jeunesse, l’excitation, l’impatience, l’esprit qui volette. Lui, il se sent fatigué. Sa voix éraillée, sourde, peine à suivre les tirants d’eau de l’esprit. Le fauteuil (il a du mal à trouver sa position) grince, couine, pépie. Mais il a derrière lui l’armada de ses livres, et ce destin que les élèves ont parcouru sur internet. Etudes de droit, journalisme, poésie, romans, engagement, émissions de télé, de radio, ça vous pose un homme et ça en jette, à défaut d’éblouir.

                     Les questions ni ne fusent, ni n’affluent. Elles viennent simplement. Pas spontanées, pas vraiment curieuses au début. Seulement préparées. Presque guindées, polies, conventionnelles. Mais le propre d’un écrivain n’est-ce pas, c’est de jouer avec les conventions et de leur casser le cou ! C’est ce que répètera Trouillot dans son discours. Comment trouvez-vous l’inspiration ? Tous les lieux sont-ils réels dans vos romans ? Combien de temps prenez-vous pour écrire un roman ? Pourquoi avez-vous arrêté vos études de droit ? Quel rôle la musique joue-t-elle dans vos écrits ? Quelle place accordez-vous au football ? Un étudiant peut-il se rendre utile s’il va à Haïti pour aider la population ?... 

                     Couinement du siège. Ecrire, c’est prendre un grand cahier relié, marquer la phrase de fin, trouver le bon titre et élaborer la première phrase. Celle qui servira de charnière, celle à partir de laquelle tout le reste de la charpente va s’édifier. Il ne faudra pas longtemps (peut-être deux ou trois mois) pour parcourir l’espace vide du cahier, jusqu’à son terme attendu... L’essentiel a eu lieu avant, dans les longs moments de réflexion, de maturation passés dans les cafés, à écouter, observer, échanger avec des gens.

                     Nouveau couinement. L’inspiration est un mythe romantique ! Il n’y a que le réel qu’il faut interpréter. L’écrivain est un « prédateur » : il se nourrit de ce qu’il entend, de ce qu’il enregistre, de ce qu’il constate. Regard sur l’assistance. Les élèves sentent passer le papillon. Pépiement du siège. L’écrivain se nourrit, réfléchit, théorise. Mais il s’amuse également. Il a beaucoup lu de théories littéraires qui lui donnent toujours l’envie de créer des formes nouvelles. De même qu’aucun livre ne se conçoit sans un message, une opinion à poser, aucun livre ne se conçoit sans la forme qu’il porte. La forme est le filet au fond duquel glisse l’engagement de l’écrivain. Nouveau pépiement.

                     Dans un pays comme Haïti, longtemps marqué par la dictature, Lyonel Trouillot a dû se « camoufler » pour préserver son droit de parole. Grincement du siège. Non, il n’a pas « arrêté » ses études de droit ! Au contraire, cette qualification lui a fourni un « camouflage ». Cela valait sans doute mieux de le prendre de cette façon que de se rendre complice d’un système fondé sur l’exploitation des pauvres. Nouveau grincement. Plutôt que de vouloir à tout prix aider les Haïtiens, la chose la plus importante est de se rendre utile à ceux qui en ont besoin et qui sont parfois tout près de chez soi. Le territoire de Haïti est un territoire meurtri. De ce fait, et depuis très longtemps, les occidentaux ont souvent tendance à porter un regard paternaliste sur les Haïtiens. Si on a vraiment l’envie d’aider cette partie du monde, alors il faut d’abord essayer de comprendre la situation. Il faut aller sur place, et rencontrer les gens, les écouter, et leur parler d’égal à égal. Lyonel Trouillot parle d’égal à égal aux jeunes élèves qui sont venus l’écouter. La sonnerie retentit. Il faut arrêter. L’échange peut se prolonger autrement désormais.

                     Et lorsque nous faisons un petit bilan de la rencontre, il termine ainsi : « Est-ce qu’ils écrivent ? » C’est une belle question, que je laisse ouverte.

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Mise à jour du site "Eric Bertrand"

Publié le par Eric Bertrand

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Logiquement, comme après chaque étape importante dans les publications de mes livres, il y a eu refonte du site. C’est ce qui vient de se produire sur http://www.ericbertrand.fr.

                Il est d’ailleurs en bonne place sur le site des éditions Alter évoqué hier. Hommages à Jenny que l’éditeur a félicitée pour « la sobriété », « l’efficacité » de son travail !

 

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