En peu de temps, me voici devenu familier de ce site qui me
fait l’honneur de sa première page. Je laisse le lecteur prendre le temps de lire la présentation de l’esprit dans lequel travaille cet éditeur.
Aléas, c’est terminé et Alter reprend la succession.
Beaucoup d’autres livres vont faire leur apparition à la suite de cette petite dizaine d’ouvrages d’ores et déjà accessibles via le site.
Dans le Père Goriot,de Balzac, que j’ai relu avec plaisir,
le mari de l’une des filles de Goriot s’appelle le baron de Nucingen, et il fait partie de ces personnages qui reviennent régulièrement dans « la Comédie humaine ».
Comme tous les maris chez Balzac, il délaisse sa femme, la jolie Delphine que convoite l’inexpérimenté et fougueux Eugène de Rastignac. Il la délaisse au point de demander
instamment au jeune homme d’accompagner son épouse à l’opéra. Cela lui éviterait en effet ce « désagrément », lui qui s’ennuie dans ce genre d’endroit...
Cette goujaterieme ramène en mémoire une anecdote plaisante vécue en Sicile avec l’un de nos amis italiens
qui nous expliquait que l’épouse de Salvatore, la belle et élégante Marinella, sortait certaines fois avec un ami qui l’amenait (en tout bien tout honneur !) dans des endroits que le mari
exécrait, concerts, expositions, musées, théâtres, librairies...
La chose est courante paraît-il en Italie ; on appelle ce type de compagnon « il sigisbeo ». Le mot existe en français n’est-ce
pas ? Mais combien de gens en connaissent encore le sens ? Il faut dire que l’usage s’est perdu ! A moins que ? Si quelqu’un a rencontré un vrai, un pur, un authentique
Sigisbée, qu’il me le confie pour l’amour des mots !
Cette question me ramène en mémoire l’œuvre de Vercors (qu’il faudra d’ailleurs que je relise car je pourrais bien
en faire le support d’un cours l’an prochain) au sujet des « tropis » : le roman s’appelle les Animaux dénaturés et raconte comment un groupe de savants découvre, dans la jungle de
Nouvelle-Guinée, une colonie de quadrumanes dont les habitudes rappellent celles des hommes : ils enterrent leurs morts, ils sont troglodytes.
Leur force physique les désigne aussitôt comme une commode main d’œuvre à bon marché et certains n’ont aucun intérêt à les
voir considérer comme des hommes, même si les signes de leur humanité sont flagrants !
La réflexion que mène Vercors est en outre doublement intéressante car elle comporte une version écrite pour la scène :
Zoo ou l’Assassin philanthrope
Je vous laisser rêver
avec cette réflexion de Woody Allen qui me rappelle un peu l’extraordinaire nouvelle de Scott Fidzgerald : « l'Etrange histoire de Benjamin Button »...
On devrait vivre la vie à l'envers. Tu commences par mourir. Ça élimine ce traumatisme qui nous suit toute la vie. Après, tu te
réveilles dans une maison de retraite, en allant mieux de jour en jour. Alors, on te met dehors sous prétexte de bonne santé et tu commences par toucher ta retraite.
Ensuite, pour ton premier jour de travail, on te fait cadeau d'une montre en or et tu as un beau salaire. Tu travailles quarante ans jusqu'à ce que tu sois suffisamment
jeune pour profiter de la fin de ta vie active. Tu vas de fête en fête, tu bois, tu vis plein d'histoires d'amour ! Tu n'as pas de problèmes graves. Tu te prépares à faire
des études universitaires.
Puis, c'est le collège. Tu t'éclates avec tes copains, sans affronter les obligations, jusqu'à devenir bébé. Les neuf derniers
mois, tu les passes flottant tranquille, avec chauffage central, room service , etc... Et, à la finale, tu quittes ce monde dans un orgasme !
Qu’impliquent ces insultes et qu’ont-elles en commun ? Elles révèlent chez Haddock la haine de tout ce qui indique un manque de courtoisie et de
savoir-vivre : Cyrano à quatre pattes, pignouf, jocrisse... Le rejet obstiné de toute forme de sauvagerie (alliant violence, aliénation et stupidité) Mussolini de carnaval, apprenti dictateur à
la noix de coco, mameluk, bachibouzouk, anthropophage, cercopithèque, troglodyte, boit-sans-soif, schizophrène... Le sage capitaine poursuit sa rhétorique et constate que tout manquement aux
règles élémentaires de la civilité entraîne inexorablement nos semblables à une régression vers l’animalité : ornithorynque, chouette mal empaillée, scolopendre, morue dans un carton à chapeaux,
coléoptère, et débouche logiquement sur la désincarnation : ectoplasme, cataplasme, sinapisme, scaphandrier d’eau de vaisselle, mitrailleur à bavette, projectile guidé, bibendum, vieux
rafiot...
Accumulées les unes aux autres, ces insultes qui tombent en tas du nuage de la BD constituent un tissu riche en couleurs, en sonorités diverses
(assonances et allitérations) particulièrement efficace pour exprimer le ressentiment et châtier les contrevenants... Mais aussi, souhaitons-le, pour nous rappeler à un minimum d’exigence envers
nos concitoyens.
Merci pour la leçon, captain oh mon captain !
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
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