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livres

Les purs chez Balzac (1/2) : Rastignac dans le Père Goriot

Publié le par Eric Bertrand

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Dans les grands romans de Balzac, (prenons pour exemples le Père Goriot et Eugénie Grandet,) les êtres purs font la découverte douloureuse du pouvoir de l’argent et de l’esprit de prédation. Les « prédateurs » sont les héros de la modernité réaliste. Après le vague à l’âme romantique et le naufrage des idoles (Napoléon Premier, le peuple souverain, l’Amour, la Chimère...), place à l’Argent, véritable instrument du Pouvoir et clé pour tous les « bonheurs » de ce bas monde. On peut lire tout Balzac, Stendhal, Flaubert ou Maupassant de cette façon. Mais relisons surtout le premier d’entre eux, celui qui a « ouvert le bal à la Vaubyessard » du mouvement réaliste : Balzac.

                Balzac est attaché à ces créatures pures, généralement originaires de cette province où se cultivent encore des valeurs et des principes sacrés, plaisants à bousculer pour un romancier qui s’attache à « l’humble vérité » ! Dans le Père Goriot, lorsqu’Eugène de Rastignac passe de la ville d’Angoulême à Paris, il éprouve une certaine difficulté à renoncer à sa pureté. Il est le héros, sa famille fonde en lui ses espoirs de réussite. Le romancier en fait son « poisson-pilote » pour accompagner le lecteur dans la découverte des « cercles de l’enfer parisien ». Le père Goriot est sublime, mais il n’est plus qu’un Christ dont il faut laisser saigner les plaies. Mlle Victorine Taillefer, quant à elle, est une jeune fille innocente, mais en passe de recevoir une dote importante si « quelqu’un » assassine son frère... L’ancien bagnard Vautrin, inquiétant pensionnaire de la pension Vauquer, explique une première fois le monde à son voisin Rastignac qui ne veut pas l’écouter mais qui subit l’effet de la fascination diabolique que cet ancien bagnard exerce sur les pensionnaires. La comtesse de Beauséant, sa cousine éloignée rompue aux usages du monde, lui donne en d’autres termes la même leçon : « considérez les hommes et les femmes comme des chevaux de poste ». Ce cousin de « Bel-Ami » que devient Rastignac finira par retenir la leçon : « Paris, à nous deux ! » lance-t-il du haut du Père Lachaise à la fin du roman.

 

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« Les forces de chaux et de sable » chez Mauriac (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

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La réalité d’énonciation décrite ci-dessus vaut aussi comme métaphore. Au début de « Génitrix » la belle-fille Mathilde, délaissée dans la chambre où elle vient de faire une fausse couche regarde « un verre d’eau vert à filet d’or que la manœuvre d’une locomotive fit vibrer car la gare était voisine ». Mathilde n’est pas la belle-fille souhaitée par la belle-mère « l’énorme femme furieuse et piétinante », qui s’est isolée avec son fils dans un autre coin de la propriété. Le silence doit régner dans ces maisons où la sieste est sacrée. Pas un bruit ne doit troubler les dormeurs comme dans la demeure du « Baiser au lépreux », autre roman de Mauriac où le père impose un silence rituel.

                Mathilde est une « intruse » dans le huis-clos des propriétés. Entre deux parcs, celui des Lachassaigne et celui des Cazenaze, le fils est allé guetter la petite institutrice (cousine de la famille Lachassaigne) venue de l’extérieur donner ses cours à une « enfant étique et demeurée ». Elle arrive d’une maison basse de Bordeaux, « ce qui à Bordeaux s’appelle une échoppe » et, « accoutumée à cette gloutonnerie du regard, à cette attention goulue des hommes », elle remarque le manège de Fernand Cazenaze qui l’épie à travers la haie et vient fumer en cachette de sa mère.

                Ce flash-back  pour indiquer, maintenant que Mathilde est morte et que la mère jubile de retrouver son fils, la charge de vie et d’évasion que contenait la jeune femme. Fernand est consterné et perçoit, auprès du corps immobile « cette odeur herbeuse, ces ténèbres bruissantes qui lui donnaient l’idée d’un bonheur qu’il aurait pu goûter ». Face au cadavre de cette épouse en quelque sorte mise à distance et « chlorophormisée » par la garde rapprochée de la mère, il se sent floué, dépossédé du courant d’eau qui aurait pu l’amener bien loin de la propriété : « sa vie était devant ses yeux, désert morne. Comment avait-il pu, sans mourir de soif, traverser tout ce sable ? Mais cette soif qu’il n’avait pas ressentie pendant des années, voici qu’il en découvrait la torture. Mathilde était morte avant de savoir qu’elle avait soif. Une source tarie songeait-il, des milliers de sources inconnues bouillonnent ».

                Après la mort de Mathilde, la tristesse se transforme en rancune contre la mère coupable qui finit elle aussi par disparaître. Fernand se retrouve alors désemparé, coupé de ses racines : « le soleil maternel à peine éteint, le fils tournait dans le vide, terre désorbitée. ». Il ne reste plus au fils qu’à reproduire en son corps et en son âme, au fond de sa grande propriété silencieuse, le corps sacré de la génitrice.

 

 

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« Les forces de chaux et de sable » chez Mauriac (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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« Toi, bâti à chaux et à sable ? » ironise la vieille Cazenaze (le personnage de la mère dans « Génitrix », à propos de l’état de santé de son fils de 50 ans qu’elle contrôle du haut de son autorité inébranlable de « génitrice »).

                On ne bouge pas chez Mauriac. Les forces centripètes régissent l’univers qui bourdonne autour des bastides au creux desquelles déclinent les vieilles familles bourgeoises, enferrées dans leurs principes et leurs certitudes. C’est la raison pour laquelle la rumeur, la terre, les pulsions qui ne sortent pas de leurs gonds tiennent une place si grande dans les romans écrits en grande partie dans l’une de ces propriétés des Landes ou du bordelais qu’a habitées l’écrivain.

                Sur la table, il sentait la vibration des trains qui passent sur la voie ferrée en bas, dans la vallée. « Autour du drame interrompu, les grands arbres : tulipiers, peupliers carolins, platanes, chênes, agitaient leur feuillage pluvieux sous le ciel amolli. Rein n’est moins accessible aux regards, ni plus propice au mystère que ces domaines ceints de murs et enserrés si étroitement d’arbres qu’il semble que les êtres qui vivent là n’aient aucune autre communication qu’entre eux ou avec le ciel »

On creuse cette hypothèse demain à partir d’une proposition de lecture de « Génitrix ».

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Mauriac à Malagar

Publié le par Eric Bertrand

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Malagar est l’un des lieux de vacances dans lesquels se rendait l’écrivain bordelais lorsqu’il avait besoin de calme et de sérénité pour écrire. Le manoir trône au milieu des vignes, à flanc de coteau et sous un ciel souvent bleu. Des cyprès bordent le sentier qui monte à l’entrée principale. Tout au long de ce sentier, le promeneur peut relire des fragments de son œuvre, des pensées inscrites sur une rangée d’une dizaine de plaques disposées régulièrement tout au long des 200 mètres d’ascension. Il avance doucement, perçoit peu à peu « le génie » du lieu, croit même entendre la voix brisée du grand écrivain qui avait pris l’habitude, à chacune de ses arrivées à Malagar, de passer par la cuisine.

                La visite s’accomplit dans ce sens. De la cuisine vers le bureau du maître. C’est le vœu de la famille qui a accepté d’offrir cette aventure littéraire à quiconque voudrait retrouver la trace de ses écrits. Un guide amène de salle en salle et raconte comment les livres venaient à éclore. « Le Nœud de vipères » par exemple a été entièrement pensé dans cet espace et la description des lieux y fait directement référence.

                Le narrateur, Louis, cet ours contre lequel se ligue la famille avide d’héritage, se tapit dans la chambre du haut. De la même façon, le romancier s’était ménagé un espace pour laisser bourdonner, tournoyer, s’agacer ses idées. Il nommait ce bureau du nom du lieu dans lequel, au moment de la corrida, le taureau s’excite dans l’obscurité de sa rage avant d’entrer dans l’arène pour foncer sur l’élastique du torero.

                Afficionados, à vos livres ! Le taureau est coriace et les lignes qui saignent parlent de passion et de furie...

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« Lanterne à la main » : le point de vue d’Anne-Marie

Publié le par Eric Bertrand

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              J’attache une grande importance aux retours que m’offrent les lecteurs, et l’un des avantages de notre époque « hyper connectée », c’est cette possibilité que l’on a de découvrir presque en direct les impressions des lecteurs et de partager les différents avis.

                L’une de mes lectrices devenue amie m’a même proposé la semaine dernière de livrer ses impressions dans son blog. Je lui rends hommage ce matin à travers ce clin d’œil !

http://www.antigone55.fr/article-j-ai-lu-les-cent-tours-de-la-lanterne-magique-d-eric-bertrand-103253372.html

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