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livres

A l’école du capitaine Haddock (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

 

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L’amateur de bons mots et d’humanité a souvent pu constater hélas, la pauvreté des insultes et des jurons qui se déchaînent à la plus futile des occasions... Je voudrais profiter de cette période de Noël, si riche en courtoisie et en civilité dans les magasins et sur la route, pour fournir une autre écume à ceux qui, comme le capitaine Haddock, s’abandonnent parfois, à leur corps défendant, à cette tempête des mots.
          Et d’abord, rendons à César ce qui est à César ! Visage excédé, explosion de colère que manifestent, sur chacun de ses traits, les signes qui disent en même temps l’impuissance du langage à rendre toute la charge émotionnelle... C’est le capitaine Haddock... Mais la force de ce vieux marin du genre colérique, c’est de trouver immédiatement les mots et de se laisser aller à la démesure, un peu à la manière d’un personnage de Rabelais, à grands renforts de gauloiseries !
          Le voilà qui gronde et qui fulmine, le voilà qui s’en prend au ciel « Tonnerre de Brest » (revendiquant ainsi son statut de marin breton) ou qui couvre d’insultes un autre personnage exutoire. Mais attention, lorsqu’il s’emporte, il en fait en même temps une affaire d’honneur personnel... en maudissant le misérable, il dresse implicitement son autoportrait, et affirme sa différence et son aspiration à une compagnie raffinée et choisie !
          Retrouvons cette verve au fil de ces moments d’éclaboussure verbale, relevé non exhaustif réalisé au gré de mes lectures de « Tintin »... Elles révèlent la créativité langagière du capitaine et entraine le lecteur dans ce que Brassens appelle une « ronde des jurons » : Ornithorynque, boit-sans-soif, bachibouzouk, anthropophage, cercopithèque, schizophrène, jocrisse, troglodyte, ectoplasme, Cyrano à quatre pattes, Mussolini de carnaval, coléoptère, chouette mal empaillée, apprenti dictateur à la noix de coco, gyroscope, mameluk, vieux rafiot, scolopendre, morue dans un carton à chapeaux, sinapisme, pignouf, scaphandrier d’eau de vaisselle, bibendum, cataplasme, mitrailleur à bavette, projectile guidé...

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Cauchemars et rêves de métamorphose (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

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              La métamorphose est traitée comme une expérience jubilatoire dans certains cas. Exemple de ce beau récit de la mythologie grecque rapportée par Ovide : Philémon et Beaucis obtiennent un présent de la part de Jupiter qui voulait faire un geste fort pour récompenser les deux amants, effrayés par l’idée de la mort et de la séparation éternelle... 
              Le Dieu sait se montrer compréhensif parfois et proposer des réponses adéquates aux rêves des mortels : il leur donne la possibilité ultime de renaître sous la forme d’un seul et même arbre autour duquel ils retrouvent un enlacement éternel.
             Cette métamorphose rappelle aussi celle de Tristan et Iseut, dont les bras s’unissent dans ce rosier d’éternité.




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Cauchemars et rêves de métamorphose (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

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                Il y a d’immondes cauchemars à la Kafka, où l’on se retrouve sous la peau d’une bestiole infecte comme un scarabée ou une tique (c’est l’histoire de la tique dans « le Parfum »). Hugo, dans le dernier livre des Contemplations interprète ces formes bizarres de la vie comme une régression dans l’échelle des êtres, une sorte d’expiation qui nous permet de purger, sous la forme brute d’un caillou, d’un verrou, d’une araignée, d’un scorpion, quelque faute commise dans une vie antérieure (charmant !)
               Toutes les métamorphoses ne sont pas hideuses et dégradantes. Avec l’Organisme, j’ai traité derrière Kafka un type de métamorphose problématique et j’y faisais récemment référence à travers l’attractive et répulsive « mouche d’or » qu’est la Nana de Zola. Et pourtant, même à travers ces régressions, il semble bien que l’homme n’y perde pas toujours au change. Témoin cette ultime fable de La Fontaine qu’on trouve dans le livre XII : « les Compagnons d’Ulysse ».
               La Fontaine y reprend le récit qui montrait ces derniers transformés en porcs par la magicienne Circé. Chez le fabuliste, ils sont transformés en différents animaux, qui en lion, qui en ours, en renard... Bref, le monde des fables dans la fable. Et, au moment où Ulysse obtient la grâce de la magicienne, ils préfèrent rester dans l’enveloppe animale plutôt que de se réincarner en homme ! C’est dire le peu de cas qu’il fait de l’esprit humain.

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« Rhinocéros » ou la bête immonde à l’assaut de l’humanité (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

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              Un scénario qui me rappelle le dénouement de ma pièce sur la téléréalité, « Loft History 2084 » dont le personnage principal, « Tarzan », l’homme, au moment de la déroute finale, constate que toutes ses partenaires cèdent à la tentation du succès et des paillettes et hurle sur la scène :


              "On n’est pas encore des rhinocéros, n’est-ce pas monsieur Ionesco, non, surtout pas des rhinocéros ! … Big Brother, tu ne me feras pas de cornes avec toutes tes caméras ! (serrant contre lui Rosalinde) Moi je m’appelle Tarzan, et je le dis en face, à tous les téléspectateurs et à Big Brother et à tout le reste de sa clique… Je m’appelle Tarzan et je suis encore vivant et j’incarne l’espèce humaine. Les textes que je dis, je les comprends, je les sens, et jamais je n'en ferai commerce, vous m’entendez, jamais !"


 

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« Rhinocéros » ou la bête immonde à l’assaut de l’humanité (2/3)

Publié le par Eric Bertrand

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                Le travail de l’écrivain consiste à étudier, à travers cette fable onirique, les étapes qui mettent l’homme à nu et qui l’anéantissent au point de le métamorphoser. L’une des scènes les plus hallucinantes est celle où Bérenger voit Jean se transformer en rhinocéros (tableau 2 de l’acte 2) : vous avez mauvaise mine, votre teint est verdâtre... Votre peau durcit... Tout de même, nous avons notre morale à nous, que je juge incompatible avec celle de ces animaux / Parlons-en de la morale, j’en ai assez de la morale... / Vous vous rendez bien compte que nous avons un système de philosophie que ces animaux n’ont pas, un système de valeurs irremplaçable. Des siècles de civilisation humaine l’ont bâti. / L’humanisme est périmé, vous un vieux sentimental ridicule...

                Au fil de la pièce, Bérenger est de plus en plus isolé, poussé dans les retranchements d’un discours qui n’a plus de sens que pour lui (et pour le lecteur navré par la déroute des idéaux !) : on ne peut pas ne pas se sentir concerné directement, on est trop violemment surpris pour garder tout son sang froid... / De toute façon, on doit avoir au départ, un préjugé favorable ou sinon, au moins une neutralité, une ouverture d’esprit... Laissez-les courir. Et soyez plus poli...

               Même l’amour est rattrapé par la maladie : la scène finale partagée avec Daisy, la secrétaire dont il était amoureux et qu’il séduit, s’achève sur un cruel abandon. La jeune femme, à son tour tentée par le défilé grégaire, quitte les bras de son amant et rejoint le troupeau : plus personne ne s’étonne des troupeaux de rhinocéros parcourant les rues à toute allure. Les gens s’écartent sur leur passage, puis reprennent leur promenade, vaquent à leurs affaires, comme si de rien n’était... Nous devrions essayer de comprendre leur psychologie, d’apprendre leur langage / Ils n’ont pas de langage ! Tu appelles ça un langage ?... Ecoute Daisy, nous pouvons faire quelque chose. Nous aurons des enfants, nos enfants en auront d’autres, cela mettra du temps, mais à nous deux nous pourrons régénérer l’humanité... Trop tard maintenant ! Hélas je suis un monstre... Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas !

 

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