L’univers de « L’Organisme » n’est pas un univers très sain... Les « espèces » y pullulent et le motif récurrent est
celui de la promiscuité des organismes. Cette réalité décrite par le menu est un moyen de faire le point sur les différentes formes de « malaise » qui règnent dans le milieu :
malaise adolescent et malaise enseignant.
Malaise adolescent : mon personnage de collégien est confronté à de réels problèmes personnels, familiaux, identitaires. Il souffre
dans sa chair et ne parvient pas à s’épanouir, d’autant qu’il tombe amoureux d’une petite écervelée qui trouve très drôle de se moquer de
lui en public.
Malaise enseignant : l’un des enseignants du collège subit « la métamorphose ». Il est lui aussi la victime d’un dérèglement.
Il est ainsi « objet de fable » mais aussi à sa façon « caisse de résonnance » de ce qu’il est convenu d’appeler :
« le malaise enseignant » : mauvaise image, mauvaise presse (« manque de compétences, toujours en grève, toujours en
vacances »...), difficulté à transmettre le savoir, confrontation à des élèves agités, d’origines différentes, eux-mêmes perturbés, souvent agressifs et en opposition avec tout ce qui
représente l’autorité...
Le choix d’un titre est un moment déterminant dans
l’aventure du livre. Le titre « d’Organisme » s’est imposé assez vite à moi et je n’ai depuis jamais songé à le modifier.
Pourquoi ? J’ai longtemps enseigné la littérature à des élèves de premières, terminales L avec qui je prenais plaisir à traquer les raffinements de la langue, à méditer sur les implications philosophiques de tel ou tel comportement d’un personnage de roman, à admirer
l’élégance d’un vers.
Lorsque je me suis adressé à des adolescents ou à des
préadolescents, j’ai très vite eu la pénible impression de « composer » d’abord avec des organismes... Combien de fois le cours
est-il interrompu par des saillies du genre : « Monsieur, j’ai envie de faire pipi... Monsieur, j’ai mes règles... Monsieur, j’ai des renvois... »...
Dans ces conditions, difficile d’assurer l’élévation des
esprits... Et l’adaptation au collège passe par la nécessaire maîtrise de ces organismes qui s’écoutent un peu trop facilement et qui
prennent un plaisir sournois à en faire un jeu pas toujours ragoutant !
Et de cet organisme, je suis arrivé à l’insecte mutant qui n’est rien d’autre qu’un organisme particulièrement évolué et inquiétant.
Après une période de bonheur et de sérénité
retrouvée, l’écrivain est un soir arrêté, jeté brutalement au cachot puis questionné et harcelé par un juge qui, apparemment lui en veut ou qui cherche à se faire un nom… La cause ?
On le soupçonne de blanchiment
d’argent et d’association de malfaiteur. Tout cela parce qu’il a ouvert un restaurant avec un ancien détenu qui lui avait spontanément porté secours… Tout le caractère dramatique de ce
livre tient dans cette oscillation entre deux périodes d’angoisse : d’abord l’angoisse liée aux menaces de petits malfrats qui en
veulent au narrateur d’avoir refusé de « prêter » sa voiture à leur petite soeur, puis l’angoisse liée à l’acharnement d’un juge qui cherche à humilier un écrivain.
Entre ces deux
traumatismes, une belle preuve d’amitié donnée par un ancien détenu qui n’a rien oublié des ateliers d’écriture dirigés par René à la prison des Baumettes. Ce « poids lourd des caïds » décide de protéger le narrateur et sa fille et aussitôt, c’est le silence qui se fait autour de lui, le silence et la
paix. Mais, dans le monde de René Frégni, l’harmonie ne dure jamais et le bonheur finit toujours par « danser dans le
noir ».
J’ai déjà consacré un certain nombre
d’articles aux écrits de cet auteur qui est aussi un ami. Je referme son dernier livre et j’ai l’impression de repousser la porte du
restaurant dans lequel nous avons discuté ensemble un soir du mois d’août il y a de cela trois ou quatre ans… Ce restaurant, c’était « Côté Place » à Manosque, et c’est précisément autour de ce restaurant que le drame que raconte ce récit se noue.
Car ce qui est remarquable dans les livres de René, c’est que le lecteur ne sait
jamais où se situe la réalité et où se situe la fiction. Une chose est sure, pour moi qui connaîs l’homme, une grande part de ce qui écrit appartient
au vécu. Dans « Tu tomberas avec la nuit », René Frégni s’inspire d’une bien malheureuse histoire qui lui est un jour « tombée dessus »…
D’abord, et peut être davantage encore que dans les autres ouvrages, le récit
revient sur des thèmes qui lui sont chers à René : l’éducation de sa fille, le statut de l’écrivain et la quête de l’inspiration, les ateliers d’écriture en prison et les interventions en
milieu scolaire. Le narrateur qui se confond avec l’auteur mène donc une vie paisible entre ces diverses occupations jusqu’au jour où tout
bascule…
Salvatore médite sur le sens de l’action qu’il mène et sur le destin de ces malheureux qui arrivent par centaines sur les rivages de son pays, entre
Catania et Lampedusa. Le lecteur se glisse dans le sillage de cet homme sensible, continuellement tiraillé entre l’esprit d’aventurier humaniste, avide de sauver des vies, et la mission
sociale et répressive qu’on lui a confiée.
Chemin faisant, il croise des destins tragiques. Celui de cette femme déjà mentionnée qui a, au cours du drame, perdu son enfant victime de la chaleur et de la
déshydratation ; celui de ces deux frères obligés de se séparer à la frontière entre la Lybie et le Soudan : l’un d’entre eux est atteint
d’une maladie incurable et ne peut suivre. Il accompagne son frère Souleiman jusqu’au point de non retour pour lui annoncer la terrible nouvelle et lui léguer sinon son argent, du moins sa soif d’aventure. Mais l’aventure ne trouve pas toujours les meilleurs associés et le malheureux Soleiman fait l’épreuve de la violence et de la
tromperie...
L’Eldorado n’est pas là où l’on croit... Eldorado ! Quelle duperie songe
Salvatore ! A moins qu’il ne soit dans la force de l’esprit et de la persévérance, sous les traits d’un génie que les légendes africaines appellent
« Massambalo ».
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
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