Conférence sur le théâtre pour adolescents
Présentation d'un travail d'une vingtaine d'années sur le théâtre pour ados...
Théâtre; adolescence
Présentation d'un travail d'une vingtaine d'années sur le théâtre pour ados...
Théâtre; adolescence
Du théâtre en format poche pour des pièces à grand nombre de personnages et accessibles à petits prix. C’est le pari de cette nouvelle collection chez Morvenn, et baptisée « Ados sur les planches ». Elle reprendra des pièces qui ont connu un réel succès devant un public lycéen, dans des mises en scène brillantes de Camille Geoffroy. En préparation : « l’Ile du Petit Ecran », puis « Jack Kérouac, sur la route et sur les planches ».
Voir aussi avec intérêt ce bilan de visite à l’atelier :
« Pourquoi avez-vous écrit sur Ellis Island ? » La première question à Gaëlle Josse invitée au lycée Vieljeux par l’Association LEAR ne tarde pas à fuser de l’assistance composée de trois classes de premières S et ES et de leurs professeurs. « Tout est arrivé par la mer » : c’est la première phrase de son roman « le Dernier gardien d’Ellis Island » et c’est aussi, peut-être, le premier ressenti qui a mené l’auteure à écrire sur ce « lieu bouleversant, captivant » qu’elle a d’abord visité en même temps que d’autres touristes. Des bateaux qui arrivent, des valises, des sacs, des couffins posés là, comme des rescapés, et un lieu habité, un lieu immobile et vivant où ont défilé des millions de migrants. Avant ceux de Lampedusa dont les figures composent encore, confie-t-elle, une tragique répétition de l’histoire.
Ellis Island est devenu un lieu plein de rumeurs, de bruit et de fureur dont les murs semblent trembler et appeler la plume de l’écrivain. Et justement, à la demande d’une élève, Gaëlle Josse s’interroge sur cette « nécessité » de l’écriture, cet appel du large qui conduit inexorablement vers l’œuvre aboutie (le roman en passe d’être publié), dût-on y passer plus d’un an et demi, voire davantage et y penser à tous les moments du jour, quand on étend son linge, quand on fait du sport, quand on est en voiture, dans le train, dans le métro…
Toute littérature s’élabore à partir d’une émotion qui, à la façon d’une brume, recouvre peu à peu tout un espace. Les recherches et les lectures en bibliothèques, en librairies, sur les sites (ellis-island.com) sont autant de grains qui font lever l’émotion, la rendent palpable, accessible. De découvertes en découvertes, l’écrivain élabore patiemment son œuvre, descend à la rencontre de ses personnages, John Mitchell, le narrateur du journal intime qui structure le récit, mais également de tous les autres, Liz, Nella, et toutes ces figures entrevues, tous ces personnages secondaires qu’il n’est pas facile de créer. A la question d’une élève s’interrogeant sur le degré de difficulté d’écriture, Gaëlle Josse explique en effet que la création d’un personnage secondaire donne beaucoup de fil à retordre et implique un travail complexe de « découpage ». Il faut trouver l’éclairage, le trait, la marque, pour le faire exister immédiatement sous l’œil du lecteur. Pas de dialogues, de tiret, d’incise du type « murmura-t-il avec un émerveillement dans la voix », mais seulement quelques lignes, bien tracées, qui fourniront l’ossature solide et nécessaire à la véritable apparition du personnage…
Car l’écrivain est un constructeur, un arrangeur d’histoires, et son véritable travail consiste surtout dans la création du dispositif idéal de narration. Le retour sur soi, à des souvenirs personnels ou intimes (question légitimement posée au cours de l’entretien) suppose, pour cet écrivain, qui n’appartient pas à l’école de « l’auto fiction », une complexe opération de « décantation », de filtrage dans laquelle le processus d’écriture est mis au premier plan. C’est à ce niveau là que tout se joue, jusqu’à la phase ultime où l’éditeur peut intervenir pour donner un point de vue, suggérer, éventuellement critiquer, jusqu’à un certain point…
Car dans l’île déserte où se construit l’histoire (une élève compare judicieusement John Mitchell à Robinson Crusoé), bien au-delà des personnages, de leur espace et de leur temps, un écrivain se débat toujours avec les ombres qui hantent la littérature et l’humanité. Les thèmes éternels de l’amour, de la haine, de la sexualité, de la morale ou de la religion… Et les figures qui s’affrontent sur ce théâtre de la fiction ne cessent jamais de se relever et de muter inlassablement pour s’étreindre à nouveau ! Par conséquent, pas de rituel en écriture, pas de rose qu’on coupe à heure fixe et qu’on met dans un vase à côté de l’encrier ! Mais, puisque « c’est par la mer que tout arrive », des bourrasques soudaines, des courants vifs qui tirent à l’aventure, qui imprègnent les mots, les détachent et les attachent, les délient et les relient dans une violente opération de démaillage et de remaillage. Un « traitement de texte » d’origine obscure, qui vise à tout bouleverser, à rendre enfin le texte clair, énergique, autonome. Un roman cette fois bien achevé, qui, après maintes relectures, amours et désamours, rejets et détestations, laissera enfin l’écrivain apaisé, libéré, prêt à lâcher ses personnages et leur histoire et à aller à la rencontre de ceux qu’il a déjà commencé à créer.
Et c’est justement dans ce sens que va la belle formule d’Arthur Rimbaud, l’un de ces modèles que la romancière cite pour conclure son intervention : « J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. » (Phrases)
J’approchais du chenal des Sables et j’entendais de loin la clameur des « Peaux-Rouges criards »… Face à l’avidité des journalistes et à l’ivresse du public qui, derrière moi, a rêvé pendant des mois à des aventures en haute mer, je n’ai pas de mots, je n’ai plus de phrases… plus de gorge et plus de muscles pour parler du grand océan. Je ne trouve dans la mémoire que des formules apprises, des corridors de mots balayés par le vent, parce que l’aventure en mer a « dispersé gouvernails et grappins » et parce que je suis à mon tour, sans le savoir vraiment, un « bateau ivre » comme celui de Rimbaud qui n’avait pourtant encore jamais vu la mer ni même couru le Vendée Globe !
« Clapotements furieux des marées, péninsules démarrées, tohu-bohus, la tempête a béni mes éveils maritimes. Plus léger qu'un bouchon, j'ai dansé sur les flots soixante-quatorze nuits, sans regretter l'oeil niais des falots ! Je me suis baigné dans le Poème de la Mer, infusé d'astres, et lactescent, dévorant les azurs verts. Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes et les ressacs et les courants : je sais le soir, l'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir ! J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques, illuminant de longs figements violets, les flots roulant au loin leurs frissons de volets ! J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides, j'ai vu fermenter les marais énormes, nasses où pourrit dans les joncs tout un Léviathan, des écroulements d'eaux au milieu des bonaces, et les lointains vers les gouffres cataractant !
Je voudrais montrer aux enfants ces dorades du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants. Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades et d'ineffables vents m'ont ailé par instants. Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, la mer dont le sanglot faisait mon roulis doux montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes, et je restais, ainsi qu'une femme à genoux... Libre, fumant, monté de brumes violettes, taché de lunules électriques, planche folle, escorté des hippocampes noirs. J'ai vu des archipels sidéraux et des îles dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles, million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?
Et maintenant, si je désire quelque chose, c’est tout simplement la baignoire de ma maison où, vers le crépuscule embaumé mes enfants accroupis, pleins de mélancolie, lâchent un bateau frêle comme un papillon de mai. Je ne puis plus aujourd’hui, baigné de vos langueurs, ô lames, traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes, ni nager sous les yeux horribles des pontons. »