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« Le crooner de l’an 2000 » ou le temps qui passe

Publié le par Eric Bertrand

Qu’il est loin l’an 2000 en 2017 ! Et comme il paraît déjà loin dans les années 80 ! Tu le chantes avec Julien Clerc ce nouveau siècle à venir, tu le chantes du haut de tes vingt ans, avec une tranquille assurance et « ta crinière de teenager ». Les « crooners », c’est bon pour la « discothèque à papa », les Sinatra, les Bing Crosby, mais toi, tu n’es pas un crooner !  Et Juju, ton idole, ne sera jamais « un vieux crooner » ! Même s’il a mûri, même s’il n’est déjà plus le jeune hippie qui dansait nu dans « Hair », il fait de l’autodérision, il plaisante.

             « Lorsque j’irai prendre le thé chez Mick Jagger ! » ça, c’est drôle ! Tu imagines, dans un lointain fumeux, le patron des Rolling Stones en pantoufles et robe de chambre, réclamant à une Angie « trotte-menu » son bol de thé ou de verveine ! « I can get tea, satisfaction ! » Le « boss » avance à petits pas, à petits pieds, « pétrifié dans ses manteaux d’hiver » ! Le « yé » n’est plus le même, « y’a plus d’rock au Tennessee » ! Il s’enfonce péniblement dans le canapé, fait signe au bouillonnant interprète de « laissez entrer le soleil » de s’installer en face de lui. L’invite à râler contre « toutes ces modes qui se démodent ».  L’ex hippie n’a plus un cheveu sur le caillou mais sa voix retrouve un peu de son irrésistible chevrotement et lui chante les chemins de Katmandou et « ses rêves d’espoir sur un sitar »« Start me up ! »       …

             En 80, non, décidément, tout ça, tu n’y crois pas ! « On avait tous vingt ans, c’était le bon temps ! » Tu te fais pousser les cheveux bouclés et tu te prends pour Juju, mais tu es plus jeune que lui ! « Pour tout bagage on a vingt ans, on a des réserves de printemps ». Geste à la Ferré (dont tu découvres le répertoire), bras croisés, chemise noire, tu le défies toi aussi, l’an 2000, c’est comme « l’an dix mille, l’an dix mille, l’an dix mille ! » on n’y est encore pas ! Comme c’est long, vingt ans ! Comme le monde aura changé ! Au lendemain des « trente glorieuses », tu veux croire en l’avenir… C’est ton côté post Aphrodite’s child, guitare sur le dos, cheveux longs et grosse médaille! Humanité, sciences, médecine. Voitures volantes, villes vertes, circulation fluide et silencieuse, « Flower power ». Davantage de lumière dans les esprits, moins de misères, de maladies, de guerres, de racisme, « all you need is love ». Effacement progressif des murs, des haines, des violences, des intégrismes. Amour et tolérance, dialogue et respect mutuel, « On ira tous au paradis ! »

             Tout cela aurait lieu dans très longtemps, en l’an 2000, quand tu serais « un vieux crooner »… « A moins qu’une guerre nucléaire n’ait fait d’la terre un grand cimetière » Mais ça, tu n’y crois pas, pas plus qu’au « vieux crooner ! » ou au « vrai gentleman » et pas plus qu’à ces « petits-enfants » qui vont t’appeler papy ou mamy et qui auront du mal à te reconnaître sur les photos un peu jaunies, rangées dans les tiroirs.

Julien Clerc;chanson; temps

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"Le cœur volcan" ou récit de passion sicilienne !

Publié le par Eric Bertrand

A vingt ans, tu restes ferme sur ta position : tu ne crois pas au coup de foudre ! Tu te détournes de tes copains, de ceux qui « se font tout petits devant les poupées », de ceux qui aiment « à perdre la raison », des « fous d’amour ». Tu te moques de ceux qui disent que les femmes sont « belles comme un pétard qu’attend plus qu’une allumette », de ceux qui hurlent les « que je t’aime ! » et qui prétendent que « l’ombre et la lumière dessinent sur les corps des montagnes, des forêts et des iles au trésor »…

             Toi, tu es bien au-dessus de ça, tu n’es pas un « loco » et tu fais partie de ces hommes qui se croient debout quand les autres se vantent de se trainer à leurs genoux ! Tu lis. Tu travailles, tu t’amuses, tu voyages et tu observes avec la curiosité de l’explorateur (ou du volcanologue !) tous les Fuji-Yama, Etna, Stromboli, Popocatépetl de la passion « en activité »… « Je rougis, je palis à sa vue, un trouble s’éleva dans mon âme éperdue », « ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée, c’est Vénus tout entière à sa proie attachée », « je vis, je meurs, je me brûle et me noie, j’ai chaud extrême en endurant froidure », « je pense si souvent à toi que ma raison en chavire… »

             Et puis soudain, pétard ! C’est l’étincelle ! A ton tour de t’embraser, paillasse !

             Eté sicilien. Région de l’Etna. « Elle court, elle court, la maladie d’amour ! » Et ça grésille, et tu te consumes, malheureux... Et tu te dis que toutes ces passions décrites dans les films, les tragédies, les chansons, ça peut arriver à n’importe qui ! Que les tourments, les maux et les mots (que tu jugeais exagérés) ne sont pas seulement réservés aux fous, aux héros, aux empereurs, aux reines ou aux poètes… La lave tiède de ses yeux coule dans tes veines malades. L’amour t’est tombé dessus comme au coin d’un bois. Est-ce l’effet du souffre du volcan ? De la chaleur torride ? De la sécheresse sicilienne ? Vieux guépard, tu as du mal à respirer, tu étouffes et le jour et la nuit. « Ton cœur volcan bat lentement la chamade » Ton amour t’étreint, te serre la gorge et tu crèves de dépit, tu n’es que l’ombre de toi-même. Bambino !

             Tu ne dors plus la nuit. Tu ne veux affoler personne au camping où tu es venu en vacances avec ta bande de célibataires endurcis, alors tu quittes ton lit de camp. Tu vas te cacher dans un trou de buisson, dans un bosquet ou dans les hautes fougères comme un animal blessé, et tu brûles en silence parce que la fille qui « t’enchaîne » ne t’a même pas encore regardé. Bête traquée, affolée, tu regardes autour de toi : personne dans la nuit claire ! Au loin, derrière les collines de Taormina, le volcan indifférent fume. Tu t’approches de la mer morte, étale, et tu t’enfonces sur la plage de sable noir, le visage en cendres.

             Et tu la maudis, et tu la hais de te réduire à néant. Tu voudrais l’insulter, la mépriser, montrer à tes copains que tu es encore un dur et que tu es capable de l’ignorer. Ou bien entrer en éruption, fouler l’arène du théâtre antique, là-haut, à Taormina, et te donner en spectacle. Gladiateur luisant de soleil et de rage, mater les élans de la passion, incendier l’insolente de mots indécents, incandescents. Mais tu le sais bien désormais : sitôt qu’elle est là, devant toi, tu te dégonfles. Baudruche de péplum ! Ton ventre se tord, tu as des frissons dans la voix et dans le corps, ton sang bouillonne, tu ne peux pas cracher deux mots, tu deviens imbécile, tigre martyrisé, en papier, exposé aux coups, marges, autodafés. Tu as « la raison arraisonnée ». Tu trembles, tu recules.

             Au fil des heures, tu te replies, tu t’ensevelis un peu plus au creux de ton bassin de sable. Au fond de toi, tu entends battre « le cœur volcan ». La chanson alimente ton feu intérieur. Tu rougis, tu souffles, tu brûles, tu exploses « Comme une armée de vaincus, l’ensemble sombre de tes gestes fait un vaisseau du temps perdu dans la mer morte qui te reste ».  Tu redoutes sa silhouette d’impératrice, ses cheveux, son parfum, l’éclat de son rire et de son regard. « Les canons pointés de son œil, ses yeux comme une ville en flamme »… Tu tombes « tout chaud, tout rôti, contre sa bouche »…Et quand enfin, au moment de midi, elle vient s’allonger sur la plage, elle a le pouvoir absolu de « déranger les pierres », elle est le volcan qui sommeille.

             Et ton cœur, n’est déjà plus qu’un petit tas de cendres.  

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Julien Clerc Symphonique : « Là tout n’est qu’ordre, calme, luxe et volupté »

Publié le par Eric Bertrand

La scène se passe à l’Opéra Garnier. Un piano noir, sobre, silencieux, médite. Au lever de rideau, le spectateur s’attend à retrouver cette voix si particulière, ces mélodies, ces mots de Julien Clerc qui ont, au fil des années, créé un univers et qui lui refont, à chaque écoute, descendre le grand fleuve...C’était il y a combien d’années ? Dix ans ? Vingt ans ? Cinquante… de toute éternité. Car dans le spectacle « Symphonique », il y a quelque chose de presque onirique qui prend aux cheveux. Dans un décor propice à la « majesté théâtrale », c’est une grâce, comme  un « Songe d’une nuit d’été » qui descend sur la scène.

             Conscient de la magie du moment et après les premières chansons, Julien Clerc quitte le piano, s’approche et cite un texte de Charlie Chaplin, texte dans lequel il est question des artistes : « Les écrivains sont muets car ils gardent leurs effets pour les pages de leurs romans. Les savants choisissent le silence car ils savent que leur réputation pétrifie ceux qui les entourent. Les peintres se trompent de sujet parce qu’ils jouent les philosophes. Au bout du compte, seuls les musiciens sont en mesure de capter le immédiatement l’attention public. Il n’y a rien de plus facile et de plus émouvant que le spectacle d’un orchestre... » Et quand ce spectacle passe par la réorchestration des mélodies de Julien Clerc, il se produit dans l’âme du spectateur, une sorte de prodige, équivalent à l’effet que produit la musique d’après Baudelaire...

 

La musique souvent me prend comme une mer !
Vers ma pâle étoile,
Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther,
Je mets à la voile;

La poitrine en avant et les poumons gonflés
Comme de la toile
J'escalade le dos des flots amoncelés
Que la nuit me voile (...)

 

             La caméra tourne doucement, promène le spectateur sur tous les coins de l’espace. Détails des instruments, cuivres, violoncelles, guitares, trombones, trompettes, castagnettes... Velours rouge des sièges, marbre des statues. Gros plans sur les visages... Fin maquillage, yeux charbonneux, rouges à lèvres sur jolis sourires. Beaucoup d’émotion, joue contre le violon, œil sur la partition, genou contre le violoncelle... Les yeux se ferment, la musique doucement monte jusqu’aux dorures de l’Opéra Garnier. Visages jeunes des musiciens plongés en eux-mêmes, maitres absolus de l’instrument qui les fait vibrer. Visages inspirés, peu à peu familiers, acteurs et actrices de tout un répertoire.    Fond de lumière bleutée qui semble remonter le fil du temps, profils gracieux des musiciennes dont la grâce et l’élégance s’ajoutent aux harmonies. Jeunes femmes peut-être suscitées par les chansons, « fille de la véranda », « fée qui rend les femmes belles », « veuve de Joe Stan Murray », « Andalouse » tout en noir. « La Belle est arrivée » dans le décor d’un film de Cocteau...

             Dans les renfoncements somptueux des loges derrière les colonnes, sur la scène et sous les projecteurs, silhouettes botticelliennes, « quelle heure est-il marquise ? », « Femmes, je vous aime ! » Visages éblouis, hallucinés, parfois un sourire, mouvement souple et lent de la gorge, caméra qui tournoie, effets multiples des lumières, rouges, jaunes, vertes, bleues. Par moments, le piano noir revient seul, séparé des musiciens par une gaze d’un rouge léger qui irréalise les contours, offre, derrière cette paroi aux lueurs d’aquarium, un spectacle d’ombres chimériques.

             Ciel étoilé, pailletage du sol, visage doré sous la lumière jaune de la violoncelliste dont les lourds cheveux bruns te rappellent le visage encore jeune à cette époque de ta grand-mère. Tu avais dix ans et elle fredonnait « le Patineur ». Tu étais fier de lui avoir fait découvrir Julien Clerc... Revoilà la gaze qui descend et sépare à nouveau les musiciens. Tout l’imaginaire de la musique et des chansons dans un même écrin... Créatures qui ne seraient, dans cette lumière feutrée, que bulles sonores appelées à remonter à la surface et à déferler en rêve de musique. Extraordinaire recueillement du public. Des anges passent, ils ont le visage des anges de Chagall peut-être acteurs de la métamorphose finale…

             Evanouis toutes les musiciennes, tous les dandys, chemises blanches, fourreaux noirs, cheveux bien peignés, vaporeux, gestes mesurés. Instruments debout, graves et solitaires, recueillis. Sur une autre scène, la lumière et la musique remontent le temps. Guitares et harmonicas jetés dans l’herbe. « Laissez laissez entrer le soleil ! Laissez laissez ! Let the Sun shine ! The sun shine ! » Combien de chemins parcourus depuis « Hair », combien de lumières psychédéliques et combien de fleurs dans les cheveux !

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Questionnement pour l'année à venir : "poissons morts"

Publié le par Eric Bertrand

« Poissons morts, qui descendez le cours des fleuves, poissons morts… »  

             Tu sortais à peine de la lecture de Saint-Exupéry : « On n’hérite pas la terre de nos ancêtres, ils nous la prêtent pour que nous la préparions à nos enfants » et des paroles du chef indien Sitting Bull citées dans un petit opuscule pour la jeunesse : « Quand ils auront coupé le dernier arbre, pollué le dernier ruisseau, pêché le dernier poisson, alors ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas ». Tu n’avais pas encore lu Pierre Rhabi et les concepts de réchauffement climatique, de développement durable ou de préservation des richesses n’étaient pas encore formulés. On ne parlait pas encore de gaz de schiste, de pollution aux particules, d’effet de serre, de circulation alternée… Mais la conscience de la beauté des grands espaces s’éveillait. Ce n’était pas nouveau, et, plus d’un siècle plus tôt, déjà,  pour échapper à la pollution des villes, le poète Alfred de Vigny roulait « sa maison du berger ». « La distance et le temps sont vaincus. La science trace autour de la terre un chemin triste et droit. Le monde est rétréci par notre expérience et l'équateur n'est plus qu'un anneau trop étroit ».

             L’Amoco Cadiz qui causerait ta première indignation n’avait pas encore sombré. Tu portais des culottes courtes et, « bon petit diable, la jambe légère et l’œil polisson », tu jouais de la canne à pêche dans une petite rivière de Bourgogne. Un jour, Julien Clerc chante « poissons morts » et tu ne comprends pas tout… Mais ça te plaît, à cause de la musique et des poissons. C’est frais, enlevé, joyeux, comme l’air du temps. « Poissons morts, qui descendez le cours des fleuves, poissons morts… »  Il y avait toujours, là où tu plongeais l’hameçon, des truites et du goujon. Ton grand-père se mettait de la brillantine sur les cheveux ; ça les faisait briller. Il ressemblait aux images colorées des vieux salons de coiffure, à cette époque où les hommes avaient des airs de toréadors ou de chanteurs de rockabilly. Toi, tu n’avais pas droit à la brillantine. Produit réservé aux adultes ! Du haut de l’étagère, ça jetait des reflets verts, des reflets bleus... Mais, sitôt sorti du flacon, le liquide laissait des tâches dans l’eau du lavabo, un peu comme les flaques de pluie dans les stations service… « La graisse de mitrailleuse, n’est pas la brillantine des dieux ».

             « La pollution » s’étendait sournoisement sur la planète, les usines crachaient leurs fumées et leurs produits toxiques dans les rivières, les pétroliers malades vomissaient dans l’océan. Torrey Canyon, « cent vingt milles tonnes de pétrole brut », « Amoco Cadiz » « Vers où court l’humanité ? Mais quel monde allons-nous laisser ? Tant pis pour les côtes bretonnes et quelques oiseaux mazoutés ». « Je suis un pêcheur de Portsall et mes oiseaux crèvent tout sales »…. Tu avais vu l’adaptation au cinéma de « la Planète des Singes » avec Charlton Heston… L’image finale t’épouvantait. Johnny, sur l’air lancinant de la septième de Beethoven, récitait un texte de Philippe Labro : « Qui a couru sur cette plage ? Elle a dû être très belle. Est-ce que son sable était blanc ? Est-ce qu’il y avait des fleurs jaunes dans le creux de chaque dune ?... ça a vraiment existé ? ». Georges Moustaki évoquait au passé un jardin merveilleux : « Il y avait un jardin qui s’appelait la terre »…

Et en 2017, que reste-t-il du jardin et de la rivière ?

             Poissons morts qui descendez cette rivière allez donc dire à mon amour que je me perds en longs discours »…

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Mise à jour du site Eric Bertrand

Publié le par Eric Bertrand

Quelques nouveautés dans cette remise à jour : les projets dans la partie ""en cours de création" (en matière de théâtre et à partir de chansons) et un nouveau clip à partir de Rimbaud : cliquer sur "multimédias" et "Reportage sur les traces de Rimbaud".

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