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Du théâtre pour adolescents et lycéens

Publié le par Eric Bertrand

Prochainement, chez Morvenn éditions la version papier de "Africane!" avant la version sur la scène de Mimésis puis au lycée Vieljeux de La Rochelle : mise en scène Camille Geoffroy... C'est l'occasion du lancement d'une nouvelle collection consacrée au théâtre pour adolescents et baptisée :"Ados sur les planches". Théâtre; adolescents;
Théâtre adolescents

Théâtre adolescents

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« De clocher à clocher », jusqu’à Ellis Island avec Gaëlle Josse

Publié le par Eric Bertrand

« Pourquoi avez-vous écrit sur Ellis Island ? » La première question à Gaëlle Josse invitée au lycée Vieljeux par l’Association LEAR ne tarde pas à fuser de l’assistance composée de trois classes de premières S et ES et de leurs professeurs. « Tout est arrivé par la mer » : c’est la première phrase de son roman « le Dernier gardien d’Ellis Island » et c’est aussi, peut-être, le premier ressenti qui a mené l’auteure à écrire sur ce « lieu bouleversant, captivant » qu’elle a d’abord visité en même temps que d’autres touristes. Des bateaux qui arrivent, des valises, des sacs, des couffins posés là, comme des rescapés, et un lieu habité, un lieu immobile et vivant où ont défilé des millions de migrants. Avant ceux de Lampedusa dont les figures composent encore, confie-t-elle, une tragique répétition de l’histoire.

Ellis Island est devenu un lieu plein de rumeurs, de bruit et de fureur dont les murs semblent trembler et appeler la plume de l’écrivain. Et justement, à la demande d’une élève, Gaëlle Josse s’interroge sur cette « nécessité » de l’écriture, cet appel du large qui conduit inexorablement vers l’œuvre aboutie (le roman en passe d’être publié), dût-on y passer plus d’un an et demi, voire davantage et y penser à tous les moments du jour, quand on étend son linge, quand on fait du sport, quand on est en voiture, dans le train, dans le métro…

Toute littérature s’élabore à partir d’une émotion qui, à la façon d’une brume, recouvre peu à peu tout un espace. Les recherches et les lectures en bibliothèques, en librairies, sur les sites (ellis-island.com) sont autant de grains qui font lever l’émotion, la rendent palpable, accessible. De découvertes en découvertes, l’écrivain élabore patiemment son œuvre, descend à la rencontre de ses personnages, John Mitchell, le narrateur du journal intime qui structure le récit, mais également de tous les autres, Liz, Nella, et toutes ces figures entrevues, tous ces personnages secondaires qu’il n’est pas facile de créer. A la question d’une élève s’interrogeant sur le degré de difficulté d’écriture, Gaëlle Josse explique en effet que la création d’un personnage secondaire donne beaucoup de fil à retordre et implique un travail complexe de « découpage ». Il faut trouver l’éclairage, le trait, la marque, pour le faire exister immédiatement sous l’œil du lecteur. Pas de dialogues, de tiret, d’incise du type « murmura-t-il avec un émerveillement dans la voix », mais seulement quelques lignes, bien tracées, qui fourniront l’ossature solide et nécessaire à la véritable apparition du personnage…

Car l’écrivain est un constructeur, un arrangeur d’histoires, et son véritable travail consiste surtout dans la création du dispositif idéal de narration. Le retour sur soi, à des souvenirs personnels ou intimes (question légitimement posée au cours de l’entretien) suppose, pour cet écrivain, qui n’appartient pas à l’école de « l’auto fiction », une complexe opération de  « décantation », de filtrage dans laquelle le processus d’écriture est mis au premier plan. C’est à ce niveau là que tout se joue, jusqu’à la phase ultime où l’éditeur peut intervenir pour donner un point de vue, suggérer, éventuellement critiquer, jusqu’à un certain point…

Car dans l’île déserte où se construit l’histoire (une élève compare judicieusement John Mitchell à Robinson Crusoé), bien au-delà des personnages, de leur espace et de leur temps, un écrivain se débat toujours avec les ombres qui hantent la littérature et l’humanité. Les thèmes éternels de l’amour, de la haine, de la sexualité, de la morale ou de la religion… Et les figures qui s’affrontent sur ce théâtre de la fiction ne cessent jamais de se relever et de muter inlassablement pour s’étreindre à nouveau ! Par conséquent, pas de rituel en écriture, pas de rose qu’on coupe à heure fixe et qu’on met dans un vase à côté de l’encrier ! Mais, puisque « c’est par la mer que tout arrive », des bourrasques soudaines, des courants vifs qui tirent à l’aventure, qui imprègnent les mots, les détachent et les attachent, les délient et les relient dans une violente opération de démaillage et de remaillage. Un « traitement de texte » d’origine obscure, qui vise à tout bouleverser, à rendre enfin le texte clair, énergique, autonome. Un roman cette fois bien achevé, qui, après maintes relectures, amours et désamours, rejets et détestations, laissera enfin l’écrivain apaisé, libéré, prêt à lâcher ses personnages et leur histoire et à aller à la rencontre de ceux qu’il a déjà commencé à créer.

Et c’est justement dans ce sens que va la belle formule d’Arthur Rimbaud, l’un de ces modèles que la romancière cite pour conclure son intervention : « J’ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d’or d’étoile à étoile, et je danse. » (Phrases)

Gaëlle Josse; écrire; littérature

Gaëlle Josse; écrire; littérature

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Blues de Le Cléach ou « le bateau ivre du Vendée Globe »

Publié le par Eric Bertrand

J’approchais du chenal des Sables et j’entendais de loin la clameur des « Peaux-Rouges criards »… Face à l’avidité des journalistes et à l’ivresse du public qui, derrière moi, a rêvé pendant des mois à des aventures en haute mer, je n’ai pas de mots, je n’ai plus de phrases… plus de gorge et plus de muscles pour  parler du grand océan. Je ne trouve dans la mémoire que des formules apprises, des corridors de mots balayés par le vent, parce que l’aventure en mer a « dispersé gouvernails et grappins » et parce que je suis à mon tour, sans le savoir vraiment, un « bateau ivre » comme celui de Rimbaud qui n’avait pourtant encore jamais vu la mer ni même couru le Vendée Globe !

 

« Clapotements furieux des marées, péninsules démarrées, tohu-bohus, la tempête a béni mes éveils maritimes. Plus léger qu'un bouchon, j'ai dansé sur les flots soixante-quatorze nuits, sans regretter l'oeil niais des falots ! Je me suis baigné dans le Poème de la Mer, infusé d'astres, et lactescent, dévorant les azurs verts. Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes et les ressacs et les courants : je sais le soir, l'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes, et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir ! J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques, illuminant de longs figements violets, les flots roulant au loin leurs frissons de volets ! J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides, j'ai vu fermenter les marais énormes, nasses où pourrit dans les joncs tout un Léviathan, des écroulements d'eaux au milieu des bonaces, et les lointains vers les gouffres cataractant !

Je voudrais montrer aux enfants ces dorades du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants. Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades et d'ineffables vents m'ont ailé par instants. Parfois, martyr lassé des pôles et des zones, la mer dont le sanglot faisait mon roulis doux montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes, et je restais, ainsi qu'une femme à genoux... Libre, fumant, monté de brumes violettes, taché de lunules électriques, planche folle, escorté des hippocampes noirs. J'ai vu des archipels sidéraux et des îles dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur : est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles, million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Et maintenant, si je désire quelque chose, c’est tout simplement la baignoire de ma maison où, vers le crépuscule embaumé mes enfants accroupis, pleins de mélancolie, lâchent un bateau frêle comme un papillon de mai. Je ne puis plus aujourd’hui, baigné de vos langueurs, ô lames, traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes, ni nager sous les yeux horribles des pontons. »

 

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« Le crooner de l’an 2000 » ou le temps qui passe

Publié le par Eric Bertrand

Qu’il est loin l’an 2000 en 2017 ! Et comme il paraît déjà loin dans les années 80 ! Tu le chantes avec Julien Clerc ce nouveau siècle à venir, tu le chantes du haut de tes vingt ans, avec une tranquille assurance et « ta crinière de teenager ». Les « crooners », c’est bon pour la « discothèque à papa », les Sinatra, les Bing Crosby, mais toi, tu n’es pas un crooner !  Et Juju, ton idole, ne sera jamais « un vieux crooner » ! Même s’il a mûri, même s’il n’est déjà plus le jeune hippie qui dansait nu dans « Hair », il fait de l’autodérision, il plaisante.

             « Lorsque j’irai prendre le thé chez Mick Jagger ! » ça, c’est drôle ! Tu imagines, dans un lointain fumeux, le patron des Rolling Stones en pantoufles et robe de chambre, réclamant à une Angie « trotte-menu » son bol de thé ou de verveine ! « I can get tea, satisfaction ! » Le « boss » avance à petits pas, à petits pieds, « pétrifié dans ses manteaux d’hiver » ! Le « yé » n’est plus le même, « y’a plus d’rock au Tennessee » ! Il s’enfonce péniblement dans le canapé, fait signe au bouillonnant interprète de « laissez entrer le soleil » de s’installer en face de lui. L’invite à râler contre « toutes ces modes qui se démodent ».  L’ex hippie n’a plus un cheveu sur le caillou mais sa voix retrouve un peu de son irrésistible chevrotement et lui chante les chemins de Katmandou et « ses rêves d’espoir sur un sitar »« Start me up ! »       …

             En 80, non, décidément, tout ça, tu n’y crois pas ! « On avait tous vingt ans, c’était le bon temps ! » Tu te fais pousser les cheveux bouclés et tu te prends pour Juju, mais tu es plus jeune que lui ! « Pour tout bagage on a vingt ans, on a des réserves de printemps ». Geste à la Ferré (dont tu découvres le répertoire), bras croisés, chemise noire, tu le défies toi aussi, l’an 2000, c’est comme « l’an dix mille, l’an dix mille, l’an dix mille ! » on n’y est encore pas ! Comme c’est long, vingt ans ! Comme le monde aura changé ! Au lendemain des « trente glorieuses », tu veux croire en l’avenir… C’est ton côté post Aphrodite’s child, guitare sur le dos, cheveux longs et grosse médaille! Humanité, sciences, médecine. Voitures volantes, villes vertes, circulation fluide et silencieuse, « Flower power ». Davantage de lumière dans les esprits, moins de misères, de maladies, de guerres, de racisme, « all you need is love ». Effacement progressif des murs, des haines, des violences, des intégrismes. Amour et tolérance, dialogue et respect mutuel, « On ira tous au paradis ! »

             Tout cela aurait lieu dans très longtemps, en l’an 2000, quand tu serais « un vieux crooner »… « A moins qu’une guerre nucléaire n’ait fait d’la terre un grand cimetière » Mais ça, tu n’y crois pas, pas plus qu’au « vieux crooner ! » ou au « vrai gentleman » et pas plus qu’à ces « petits-enfants » qui vont t’appeler papy ou mamy et qui auront du mal à te reconnaître sur les photos un peu jaunies, rangées dans les tiroirs.

Julien Clerc;chanson; temps

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"Le cœur volcan" ou récit de passion sicilienne !

Publié le par Eric Bertrand

A vingt ans, tu restes ferme sur ta position : tu ne crois pas au coup de foudre ! Tu te détournes de tes copains, de ceux qui « se font tout petits devant les poupées », de ceux qui aiment « à perdre la raison », des « fous d’amour ». Tu te moques de ceux qui disent que les femmes sont « belles comme un pétard qu’attend plus qu’une allumette », de ceux qui hurlent les « que je t’aime ! » et qui prétendent que « l’ombre et la lumière dessinent sur les corps des montagnes, des forêts et des iles au trésor »…

             Toi, tu es bien au-dessus de ça, tu n’es pas un « loco » et tu fais partie de ces hommes qui se croient debout quand les autres se vantent de se trainer à leurs genoux ! Tu lis. Tu travailles, tu t’amuses, tu voyages et tu observes avec la curiosité de l’explorateur (ou du volcanologue !) tous les Fuji-Yama, Etna, Stromboli, Popocatépetl de la passion « en activité »… « Je rougis, je palis à sa vue, un trouble s’éleva dans mon âme éperdue », « ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée, c’est Vénus tout entière à sa proie attachée », « je vis, je meurs, je me brûle et me noie, j’ai chaud extrême en endurant froidure », « je pense si souvent à toi que ma raison en chavire… »

             Et puis soudain, pétard ! C’est l’étincelle ! A ton tour de t’embraser, paillasse !

             Eté sicilien. Région de l’Etna. « Elle court, elle court, la maladie d’amour ! » Et ça grésille, et tu te consumes, malheureux... Et tu te dis que toutes ces passions décrites dans les films, les tragédies, les chansons, ça peut arriver à n’importe qui ! Que les tourments, les maux et les mots (que tu jugeais exagérés) ne sont pas seulement réservés aux fous, aux héros, aux empereurs, aux reines ou aux poètes… La lave tiède de ses yeux coule dans tes veines malades. L’amour t’est tombé dessus comme au coin d’un bois. Est-ce l’effet du souffre du volcan ? De la chaleur torride ? De la sécheresse sicilienne ? Vieux guépard, tu as du mal à respirer, tu étouffes et le jour et la nuit. « Ton cœur volcan bat lentement la chamade » Ton amour t’étreint, te serre la gorge et tu crèves de dépit, tu n’es que l’ombre de toi-même. Bambino !

             Tu ne dors plus la nuit. Tu ne veux affoler personne au camping où tu es venu en vacances avec ta bande de célibataires endurcis, alors tu quittes ton lit de camp. Tu vas te cacher dans un trou de buisson, dans un bosquet ou dans les hautes fougères comme un animal blessé, et tu brûles en silence parce que la fille qui « t’enchaîne » ne t’a même pas encore regardé. Bête traquée, affolée, tu regardes autour de toi : personne dans la nuit claire ! Au loin, derrière les collines de Taormina, le volcan indifférent fume. Tu t’approches de la mer morte, étale, et tu t’enfonces sur la plage de sable noir, le visage en cendres.

             Et tu la maudis, et tu la hais de te réduire à néant. Tu voudrais l’insulter, la mépriser, montrer à tes copains que tu es encore un dur et que tu es capable de l’ignorer. Ou bien entrer en éruption, fouler l’arène du théâtre antique, là-haut, à Taormina, et te donner en spectacle. Gladiateur luisant de soleil et de rage, mater les élans de la passion, incendier l’insolente de mots indécents, incandescents. Mais tu le sais bien désormais : sitôt qu’elle est là, devant toi, tu te dégonfles. Baudruche de péplum ! Ton ventre se tord, tu as des frissons dans la voix et dans le corps, ton sang bouillonne, tu ne peux pas cracher deux mots, tu deviens imbécile, tigre martyrisé, en papier, exposé aux coups, marges, autodafés. Tu as « la raison arraisonnée ». Tu trembles, tu recules.

             Au fil des heures, tu te replies, tu t’ensevelis un peu plus au creux de ton bassin de sable. Au fond de toi, tu entends battre « le cœur volcan ». La chanson alimente ton feu intérieur. Tu rougis, tu souffles, tu brûles, tu exploses « Comme une armée de vaincus, l’ensemble sombre de tes gestes fait un vaisseau du temps perdu dans la mer morte qui te reste ».  Tu redoutes sa silhouette d’impératrice, ses cheveux, son parfum, l’éclat de son rire et de son regard. « Les canons pointés de son œil, ses yeux comme une ville en flamme »… Tu tombes « tout chaud, tout rôti, contre sa bouche »…Et quand enfin, au moment de midi, elle vient s’allonger sur la plage, elle a le pouvoir absolu de « déranger les pierres », elle est le volcan qui sommeille.

             Et ton cœur, n’est déjà plus qu’un petit tas de cendres.  

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