Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le coffre de Rimbaud

Publié le par Eric Bertrand

Prochainement...

Le Coffre de Rimbaud

Avant de quitter l’Éthiopie, le poète Arthur Rimbaud confie à son compagnon du désert, Djami l’Ancien, un coffre qu’il lui demande de tenir caché pendant plusieurs générations et d’attendre le vingt et unième siècle pour que son descendant, Djami le Jeune, le ramène à son pays d’origine, à Charleville où la ville en émoi se réjouit du retour au pays de « l’homme aux semelles de vent ».

Quel secret le coffre de Rimbaud dissimule-t-il ? Si le contenu est bien concret et renvoie à des épisodes surprenants de la vie mouvementée du poète, il est aussi spirituel dans la mesure où le migrant Djami, mêlé à la foule des migrants de la Corne de l’Afrique, découvre une parole et un message bien vivants.

Le coffre de Rimbaud

Voir les commentaires

Sylvie Germain et "la convulsion du monde"

Publié le par Eric Bertrand

 

Il y a quelques années déjà, les lycéens élisaient le roman de Sylvie GERMAIN, « Magnus », prix Goncourt des lycéens. C’était en 2005. Et cette année 2016, l’association LEAR invite l’auteure à une série d’échanges dans les lycées rochelais. Le lycée VIELJEUX fait partie des établissements dans lesquels elle « répond aux questions d’élèves » et tant pis pour « la promotion » de son nouveau roman, « A la table des hommes ».Sylvie GERMAIN n’est pas un écrivain médiatique. Loin des paillettes et de l’éclat des projecteurs, elle préfère donner du temps à la réflexion, l’humour, l’intelligence. La Littérature et la pensée ne se satisfont pas du zapping.

Dans la salle du CDI spécialement aménagée pour « l’événement », les élèves sortent de leurs poches une liste de questions. Certains préparent déjà un exemplaire à dédicacer : « Magnus » pour la plupart, « l’Inaperçu » pour les autres. Sans grande surprise, l’entretien s’engage sur les thèmes de la profession et de l’inspiration. Comment vous vient l’inspiration ? L’écrivain vit-il de sa plume ?... « De son clavier ! » rectifie-t-elle ! Mais elle aime l’expression « vivre de sa plume ». Les mots ont toujours un effet sur celui qui les côtoie et qui les travaille de l’intérieur. D’ailleurs, à un élève qui rend hommage à la qualité poétique de son écriture et qui lui demande si elle va « trouver les mots dans le dictionnaire », Sylvie GERMAIN rétorque qu’elle va seulement les vérifier dans le Grand Robert ! C’est alors que tout commence ! Le rebond de l’imaginaire, la traque des racines, des familles, des rapports infinis que les mots entretiennent les uns avec les autres.

Le véritable écrivain a du flair, il va dénicher ses thèmes au fond de ce magma complexe que certains appellent l’inspiration. Osons une métaphore : elle confie que le personnage sur lequel s’ouvre son dernier roman est un petit cochon en liberté. Elle a pris plaisir à suivre ses mouvements, ses cabrioles, à se mettre du côté du groin, de l’épiderme de l’animal pour essayer de capter la réalité autrement. Ça ressemblerait à ça, le travail de l’écriture, à cette recherche impatiente des racines et des sucs naturels qui finiront par faire pousser une phrase… Il y a quelque chose du « tâcheron » dans le métier d’écrivain dans la mesure où pour écrire, il faut retourner la terre, disperser la motte, tordre le stylo pour enfin tordre les mots.

Dans ce travail sourd et lent, dans ce « gros bouillon » de l’écriture, l’œuvre est en germination, mais elle n’est jamais terminée. « Magnus » faisait référence à la seconde guerre mondiale et à la barbarie nazie ; de la même façon « A la table des hommes » évoque un pays imaginaire qui pourrait bien être l’ex-Yougoslavie. Dans ces deux cas précis, l’auteure prolonge son interrogation sur ce qu’elle appelle « le schéma génocidaire ». Car ce qui l’interpelle au-delà de ces faits réels qu’un écrivain comme MODIANO (qu’elle cite au détour d’une phrase) a plus précisément qu’elle su faire revivre, c’est la question de l’humain. L’humain et toutes ses passions qui l’entrainent souvent dans le vertige et les tourments. En cela, Sylvie GERMAIN continue l’œuvre de grands auteurs dont elle cite l’influence et le rayonnement moderne : DOSTOÏEVKI, TOLSTOI, BERNANOS, STEINBECK. Ces écrivains qu’elle admire se sont « emparés de la folie humaine » et ont posé la question de Dieu et de l’existence du Mal. « Le cœur de l’homme n’est qu’un champ de bataille où luttent Dieu et le diable » écrit DOSTOÏEVSKI dans « les Frères Karamazov ». Dans les romans de Sylvie GERMAIN, les personnages eux aussi font « une traversée tourmentée ». Ils plongent dans cette épreuve pleine de bruit et de fureur pour en ressortir autrement, au terme de l’aventure...

Au premier rang, un élève s’endort contre les genoux d’un camarade à qui on a demandé d’éteindre son portable et qui aimerait sans doute aborder un thème plus léger… Il ose enfin la question qui lui brûle les lèvres. Pourquoi vous intéressez-vous tant au thème du génocide ? La question est essentielle, elle permet d’approfondir la réponse qui vient d’être fournie à cet autre élève qui interrogeait l’auteure sur le sens de « théophanie » : comment expliquer cela ? Le monde traverse des moments de convulsion ou « Dieu n’est pas dedans »… Eh bien, ces moments de convulsion, ce sont ceux qui secouent l’écrivain : tout remonte à la surface de son œuvre, souvenirs, préoccupations, instincts, sensations, mythes, religions, actualités… Encore une fois « le gros bouillon » jeune homme ! Ce même bouillon qui jaillira dans votre esprit si, d’aventure, vous devenez auteur ! Quand j’avais votre âge, j’ai vu un jour, en cours d’histoire, le film « Nuit et brouillard » et j’ai été profondément bouleversée. La « convulsion du monde » défilait devant mes yeux d’adolescente, s’étalait là, dans toute l’ignominie de la Shoah… Aujourd’hui, c’est sous vos yeux à vous qu’elle s’est mise à défiler et tout a commencé le 11 septembre 2001…

Vous êtes les enfants de la génération de Charlie Hebdo, du Bataclan…Vous éprouverez peut-être le besoin de le manifester un jour, à votre tour, alors vous serez devenus écrivains.

 

Sylvie Germain et "la convulsion du monde"

Voir les commentaires

Comme un soleil chez Laurette

Publié le par Eric Bertrand

C’était nos quinze ans, salut les copains ! Que Marianne était jolie ! « Si belle soit la vie, c’est une tombola »… « Si moche soit la vie, c’est un joli combat… » Et on est plusieurs ce matin, à se retrouver fauchés, chez Laurette ! C’est pas un jour pour un flirt, pas un dimanche pour aller s’embouer dans le Loir et Cher ; cinq heures du matin, la nouvelle est tombée, « un passereau prenait au loin de l’altitude »… Pas un jour pour chasseur, taxi-driver quand t’étais chanteur… Les chiens sont trop pressés et marchent devant, dans les roseaux... « Tu nous fais planer » et on a simplement la force de lever les yeux, « par-dessus l’étang », pour regarder passer les oies sauvages, celles qui s’en vont pour le Midi, la Méditerranée. C’est comme un soleil dans le gris du ciel…

Voir les commentaires

Marée humaine

Publié le par Eric Bertrand

« Les huitres, c’est monsieur » ! « La lotte, c’est le jeune homme ! », « les bulots, c’est la demoiselle ! ». Pour le show rituel de fin d’année, elles sont deux, ce matin à la poissonnerie ! Il est tôt mais les invités sont nombreux… Derrière les bulles et le rideau de l’aquarium, c’est la nuit du réveillon qu’ils préparent.

Sur des lits de glaçons, des plages de faux galets, coquillages, poissons et crustacés sont en représentation et jouent dans la tempête. Scintillements factices, lumières faussement aquatiques : entraînés par un nouveau courant, ces acteurs tremblent et s’électrisent et se donnent en spectacle. Et de l’autre côté de l’aquarium, observent les yeux mi-clos le double spectacle de la dernière marée.

Les bars argentés allument leurs écailles . Ils sont en ligne avec daurades et saumons sauvages qui appellent du large. Des soles un peu grises tournent mal sous le soleil absent. Les langoustines gourgandines claquent nerveusement des pattes. Roses d’excitation, les crevettes et les gambas lèvent les gambettes. Sous leur costume d’algue, faces rougeaudes, les crabes cuits d’avance et pince sans rire ouvrent un œil vicieux. Les coquines coquilles Saint Jacques sortent du chemin et finissent la pénitence. La perle n’est plus dans l’huitre mais à l’oreille d’une anguille aux cheveux flous qui coule un mot tendre à l’oreille de son compagnon. Et l’autre ouvre la coquille de son portefeuille, se plaint d’une voix sourde : « comme tout cela coûte cher ! Le homard m’a tué ! ».

Il faut passer à la caisse. Et dans la file d’attente, les deux voix s’impatientent « le maquereau, c’est monsieur ! », « la morue, c’est la dame ! »

Voir les commentaires

Bouteilles à la mer

Publié le par Eric Bertrand

Au lendemain des attentats, immense douleur, consternation, prostration, révolte sourde qui gronde quelque part au fond de l’être et qui ne demande qu’à éclater…
Dans le lycée, ainsi que dans tout le pays, une minute de silence est prévue en ce lundi matin…Un moment de recueillement, inscrit sur le planning et imposé à tous les personnels et à tous les élèves…
Cette « minute de silence » a duré bien davantage, dès la première heure et tous les jours qui ont suivi. Comment traiter de l’horreur et de la barbarie dans un cours ? Comment faire circuler la parole quand la parole ne vient pas, quand elle est obstruée par l’angoisse, l’incompréhension, les images et les discours des médias ? L’écriture est la forme de réponse la plus adaptée et la plus authentique pour recueillir le vacarme des silences.
Dans le silence des stylos, la mine chiffonnée, l’oeil étincelant, les élèves de deux classes ont rédigé de petits messages dans le secret de leur conscience et de leur coeur. De petits messages pour crier ou essayer de comprendre, pour accompagner les victimes, pour haïr la haine et pour lancer un appel au grand large de leur vie… Une veine de mots palpitants, des mots qui pulsent, des mots qui vibrent. Une veine de lettres saignantes, de lettres écorchées qui redessineraient des lignes de vie et des lignes d’espoir.
L’idée était de rassembler tous ces témoignages, de les enfermer dans deux bouteilles (une par classe) et de les livrer au flot pour que « la minute de silence au lycée » s’en aille résonner au fil de l’eau et du temps. Qu’elle parte au loin, quelque part, cap vers le vaste monde !
Mais les courants des perthuis ne suffisent pas. Il fallait un bateau, une navigatrice en partance… Et cette navigatrice dont je ne citerai pas le nom a accepté d’embarquer les bouteilles et de les lancer au large, lors de son prochain grand voyage prévu cet été.
Que la mer soulève dans l’écume et la plume de ses flux et reflux cette ancre vagabonde !

Bouteilles à la mer
Bouteilles à la mer

Voir les commentaires