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Ruy Blas, cousin de Lorenzaccio, Gwynplaine et Cyrano

Publié le par Eric Bertrand

Belle Ile février (92) [1600x1200]

 

Trois œuvres majeures du romantisme français viennent immédiatement à l’esprit lorsque le spectateur assiste à la représentation de Ruy Blas, ce drame romantique écrit par Hugo en 1838. Ces trois œuvres ne sont pas forcément contemporaines et débordent pour deux d’entre elles la « période canonique » du romantisme : il s’agit de « l’Homme qui rit » et de « Cyrano de Bergerac ».

La première des trois, peut-être le plus réussi des drames romantiques, est la pièce de Musset, « Lorenzaccio » qui date de 1830. L’auteur y réfléchit notamment sur la situation politique de la Restauration qui génère ce malaise palpable dans l’action des républicains et du héros Lorenzo de Médicis. L’action se passe à Florence au XVI°, mais c’est, aux yeux du spectateur, le miroir de la France du début du XIX°. De la même façon, Hugo situe son « Ruy Blas » dans l’Espagne du XVII° mais différents échos rappellent la réalité historique de la France à cette époque.

Désillusion romantique après le rêve napoléonien et jaillissement d’une figure lumineuse sortie de l’ombre : Ruy Blas, simple valet « ver de terre » promu par le stratagème de Don Salluste au rang de ministre et capable de châtier les grands de ce monde par le biais d’un discours à l’emporte-pièce. Ce « misérable » qui prend la parole au nom du « Peuple », c’est déjà Gwynplaine à la Chambre des lords. Comme le héros de « l’Homme qui rit », Ruy Blas trouve dans son cœur et son corps l’indignation de la misère et de la souffrance.

Son émotion est servie par un discours baroque, vivant, exalté où l’ordre classique de l’alexandrin est secoué par des coups d’inspiration ! Cette façon de dire si chère à Hugo, ce rêve de mettre « un bonnet rouge au vieux dictionnaire » se retrouve dans la souplesse et l’audace de la langue si débridée également de Rostand dans son « Cyrano de Bergerac ». Même liberté d’accent chez cet autre franc parleur qui souffre lui aussi d’un complexe et qui trouve, dans l’élan fougueux de la langue, une façon de se libérer d’une angoisse insurmontable, celle de l’imposture.  

 

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Sortie au théâtre en perspective

Publié le par Eric Bertrand

Belle Ile février (91) [1600x1200]

 

Dans le sillage de l’article d’hier qui évoquait entre autres figures celle de Cyrano, une sortie à la Coursive est prévue la semaine prochaine : il s’agira précisément de « Cyrano de Bergerac » mis en scène par Dominique Pitoiset et avec Philippe Torreton dans le rôle éponyme. J’ai toujours eu une fascination pour cette pièce depuis que je l’ai découverte un soir à Lyon, dans une mise en scène de Jérome Savary avec un éblouissant Jacques Weber.

Je commençais à peine mes études, je n’étais alors jamais allé au théâtre, cette pièce fut une révélation. Par la suite, je l’ai souvent fait étudier à mes élèves sans jamais me lasser. J’ai également adoré le film de Jean-Paul Rappeneau dont je guettais la sortie, c’était à Nantes.

         En attendant un prochain article au sujet de la nouvelle « mouture » de Cyrano, je propose une série sur « la Locandiera » de Goldoni que j’ai vu avec ma classe à la Coursive le mois dernier.

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« Jack Kérouac, sur la route et sur les planches » : une sélection à la Créateuf qui donne du bonheur

Publié le par Eric Bertrand

 


Jack sur la route et sur les planches (Maison... par Sheumas1

A peine retombé l’enthousiasme de la scène de Mimésis que la nouvelle est tombée : nous avons été retenus pour jouer notre pièce dans le cadre de la Créateuf à Poitiers. 188 projets ont été proposés, 66 ont été sélectionnés et nous en sommes.

Nous serons donc présents sur le site du Futuroscope le 4 mai prochain (qui tombe un samedi) : l’occasion d’une folle journée dédiée à la troupe et à tous ceux qui se sont associés à cette aventure ! Renseignements sur le site ci-dessous !

. https://jeunes.poitou-charentes.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=899:la-createuf-8-la-selection-officielle&catid=48:la-createuf&Itemid=100008

 

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Into the wild the Seann Penn : une autre forme de route et un autre Jack...

Publié le par Eric Bertrand

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Il ne fallait pas manquer ce film de Seann Penn qui est passé mardi soir et auquel j’avais consacré un plus long article en février 2008… Il raconte l’histoire vraie de Christopher MacCandless, 22 ans et promis à un brillant avenir. Alors qu’il est en passe d’intégrer la grande université de Harvard, il prend la route et abandonne tout. Le voilà lancé en direction de l’Alaska dont il fait un motif obsessionnel, « the wild ».
           Dakota, Colorado, Californie, route, rail, rapides, voitures, trains de marchandises, kayak… Aventure semée de rencontres et de confrontations au bout de laquelle celui qui a choisi comme pseudonyme « Alexander Supertramp » entre en pleine fusion avec la nature âpre et sauvage d’Alaska où il devient un loup d’abord enragé puis famélique…
              En même temps que le récit d’une aventure haute en couleurs, le film offre un tableau très juste des Etats-Unis, marqué par les fausses valeurs d’une politique de la promotion personnelle, d’une éducation fondée sur l’argent, d’une éthique qui érige la réussite professionnelle comme principe unique.
              Dans ce contexte, le libre penseur apparaît toujours comme un marginal, un dérouté. Les immeubles, les voitures, la densité du trafic, la rigueur de la loi et la présence obsédante de la police l’écrasent et le défient constamment. (Terrible image de Los Angeles au milieu du film…) Seule, la nature américaine promet les grands espaces et un cadre propice à l’épanouissement et aux fantasmes de la vie sauvage, loin des interstates (le film montre les grands lacs, les torrents tumultueux du Colorado, les massifs rouges du Grand Canyon, les rouleaux du Pacifique, les forêts d’Alaska et du Yukon cher à Jack London, souvent cité par Alexander Supertramp…)
                La véritable motivation de Alexander Supertramp, c’est ce que London appelle « the Call of the wild ». Ce magnifique roman qu’on traduit faiblement par « l’Appel de la forêt » et qu’on a encore trop tendance à considérer comme un roman pour enfants… Un enfant de collège, avec bonbons, i.pod et portable dans les poches, peut-il aujourd’hui comprendre ce que c’est que le « call of the wild » ?
                Alex l’a bien compris. Le film met en parallèle deux périodes : celle de la quête de l’Alaska et celle de son séjour dans une carcasse de bus perdu au cœur de la nature.
                Un Ecossais, John Muir, a posé il y a plus d’un siècle le principe selon lequel « Wilderness is a necessity ». A partir de ce principe, il a créé les grands parcs de Yellowstone et Yosemite. Alex a trouvé que cet appel valait bien mieux que celui de la réussite sociale. La route qui le mène en Alaska est semée de rencontres et de temps forts : le hippie et sa femme qui revivent en sa compagnie les heures fortes de leur jeunesse. Le vieux retraité qui veut faire de lui son héritier et qui réapprend l’enthousiasme à ses côtés. La jeune fille sensible et artiste qui tombe amoureuse de lui… Le fermier qui tient une grosse exploitation et qui l’embauche pour un temps. Tous sont charmés par ce garçon dont l’énergie les ébranle et dont la silhouette fugitive les ramène aussi jusqu’aux racines de leurs rêves.

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Quelques instantanés du spectacle de « Jack, sur la route et sur les planches » : road et référence filmique (5/5)

Publié le par Eric Bertrand

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La scène doit être le lieu de rencontre de personnages hauts en couleurs et de situations pittoresques. Elle est également un carrefour des arts : musique, claquettes, poésie, mais également cinéma : la référence en matière de « road movie » est à mes yeux « Thelma et Louise » de Ridley Scott.

         Tout naturellement, on les retrouve dans la pièce, à la fois dans leur opposition à Jerry et dans leur rôle de « grandes délinquantes »...

 

Thelma : Salut Louise ! Ça fait un petit moment que je ne t’ai pas vue…  Tu m’as laissée tomber comme une vieille chaussette !

 

Louise : Toujours autant d’humour Thelma ! Dis donc, t’aurais pas pris du bide toi, à force de rouler au volant de ta Thunderbird ?

 

Thelma : Non, pourquoi, tu trouves ? (Piquée au vif dans sa coquetterie, elle s’inspecte face public, Jack pouffe de rire) Et dis donc toi le jeunot, pourquoi tu rigoles ? Et d’abord, tu l’as garée où, ta trottinette ?

 

Louise : Laisse-le tranquille, Thelma! C’est un autostoppeur et c’est un novice !

 

Thelma : (Riant à gorge déployée) Un novice ! J’adore les novices !... Rappelle-toi le petit jeune qu’on avait pris en stop juste après que t’aies flingué le gros dégueulasse !... C’est qu’on en a fait de belles toutes les deux, sur la route, pas vrai Louise !

 

Louise : Eh ouais, c’était le bon vieux temps... Le temps où on semait les flics avec la belle Ford Thunderbird toute neuve...

 

Jack : (L’air terrorisé) Vous avez flingué un type ? Vous étiez recherchées par les flics !

 

Thelma : Oh... On n’avait pourtant rien fait de mal, on avait juste braqué...

 

Louise : Non, pas braqué ! On avait juste retiré de l’argent dans une « petite surface commerciale »... Petite surface, petit prix, petit butin, petit délit !

 

Jack : Et… Qu’est-ce que vous aviez dévalisé au juste ?

 

Louise : Voyons, faisons le compte… Une station service, deux, trois épiceries, des magasins d’alcool…

 

Jack : Non !!! Et comment vous vous y preniez ? Racontez !

 

Thelma : Bon… (Avec sa partenaire, elle se met à mimer la scène) D’abord, on discutait dans la voiture, juste pour rigoler. Ensuite, on repérait les lieux et on attendait le bon moment pour opérer. Ça, faut le sentir, ça ne s’apprend pas… Et après… Louise, à toi de raconter la suite…

 

Louise : Après… (Face public, elle joue la menace, durcissant la voix) On s’amenait et on disait à la compagnie, un peu avec la dégaine de Brad Pitt : « Mesdames et Messieurs, à qui la palme du sang froid ?... Jack a dit : « Tous à terre !... Ne perdez pas la tête, comme ça vous la garderez sur vos épaules… Sinon, c’est la morgue ! À vous de voir !… »

 

Thelma : Et on ramassait l’argent ! Et après, on mettait les voiles !

 

Louise : Un jeu d’enfant…

 

 

 

 

 

 

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