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Quelques instantanés du spectacle de « Jack, sur la route et sur les planches » : le rythme du « beat » et l’association claquettes (4/4)

Publié le par Eric Bertrand

Belle Ile février (90) [1600x1200]

 

L’un des paris de cette pièce et de cette mise en scène consistait à mettre en relief le travail syncopé qu’effectue la musique sur le texte, bref l’effet du beat... Un passage fonctionnait très bien à ce niveau, c’est celui de la trépidation du voyage lorsque Jack « tape la route » et voit passer le train chargé de figures pittoresques : il se lance dans un monologue tandis que les passagers du train, équipé de sifflets et de claquettes, marquent le rythme.

 

Jack : Le train qui passe, boum, boum... L’énorme fracas de la machine noire… La route qui tape, tic, tac, tic, tac... Les hommes rouges et barbouillés sur la loco, ouah, ouah... Les conducteurs cyniques aux compteurs de vitesse, Cadillac, Pontiac, Ford Mustang, vroum, vroum... Tout défile à toute allure, gratch, gratch… Le monde entier défile… Rocs de l’étrange nuit tout illuminés… shit, shit, tic, tac, vroum, vroum, gratch, gratch…

 

 

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Quelques instantanés du spectacle de « Jack, sur la route et sur les planches » : la mijaurée et l’allégorie de la caverne (3/4)

Publié le par Eric Bertrand

 


Jack sur la route et sur les planches (Maison... par Sheumas1

 

Au début de la pièce, Jack essaie d’aborder une jeune fille maniérée qui le rabroue avec ses allures d’intellectuelle infatuée de sa personne... C’est l’occasion de revisiter avec elle l’allégorie de la caverne...

 

Rebecca : Non, je ne plaisante pas avec ça !... Voyez-vous, j’ai un oncle haut placé en politique. Il m’a conseillé de bucher sur les grands textes de Platon et de viser l’université d’Harvard. Après ça, la voie est toute tracée pour moi. Les paroles de mon oncle sont paroles d’évangile dans la famille : « Le monde est une caverne, ma belle Rebecca, et toi tu es le soleil »... Je ne veux surtout pas le décevoir, puisque je me sens en effet assez « solaire ». (Elle se lève, parade, son livre à la main, face au public) Platon explique bien ça dans ce livre. 

 

Jack : Désolé, j’ai jamais lu de philosophes, mais je demande qu’à apprendre... Vous seriez une excellente professeur et je serais votre élève discipliné.

 

Rebecca : (Dédaigneuse) Demandez plutôt à l’un de ces philosophes néo-péripatéticiens disciples d’Aristote. Quant à moi, je ne suis pas assez péripatéticienne !

 

Jack : Pardon ?

 

Rebecca : (Très doctorale) Voyez-vous, vous êtes, comme votre ami d’ailleurs que je voyais s’agiter là il n’y a pas de cela cinq minutes,  une ombre, une apparence.... Vous n’êtes pas dans la Vérité. Vous êtes dans l’illusion. (Elle montre le public) Voyez-vous, ils bougent, ils tapent des mains, ils allument des briquets... Tout cela produit des ombres dans le rideau ! Et vous croyez que ces ombres sont la réalité ! Erreur ! Ce ne sont que les projections de votre esprit. Moi, j’ai déjà fait tomber le rideau. Moi, j’ai vu ce qui se cachait derrière. J’ai déjà plusieurs années d’avance sur vous... (Elle se retourne vers lui, l’air condescendant) Peut être qu’un jour, vous serez un obscur employé travaillant au fond d’un bureau pour le compte de mon entreprise à l’enseigne lumineuse... (Parodiant la gestuelle de Dean) Continuez vos pantomimes avec vos amis marionnettes ! Un jour, vous vous souviendrez de Rebecca ! (Elle s’en va, avec sa fameuse démarche « solaire »)

 

 

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Quelques instantanés du spectacle de « Jack, sur la route et sur les planches » : le trucker... (2/4)

Publié le par Eric Bertrand

Belle Ile février (89) [1600x1200]

 

Beaucoup d’élèves mesurent le plaisir qu’ils prennent sur scène au volume de rire qu’ils déclenchent chez le public. Or, cette pièce est plutôt de celles où on sourit ou s’émeut. Néanmoins, l’un des personnages assume le statut du « drôle », « clown » à sa façon, « bouffon » dirait Shakespeare !

Il s’agit du camionneur Jerry qui a suscité immédiatement le rire débridé du fait de sa vulgarité, de son franc-parler et de son langage « fleuri »...

 

Jerry : Moi, c’est Jerry ! (Il se décapsule une bière et malgré l’air implorant de Jack, boit égoïstement et goulument sa bière) En principe, j’aime pas partager ! La route appartient aux routiers, pas aux stoppeurs ! On sait jamais d’où ils sortent ceux-là ! Même la police nous met en garde contre eux. « Ne ramassez pas d’auto-stoppeurs, ils sont hors la loi… » En juin 1950, un pote trucker a fait la connerie de ramasser deux pétasses sur la route. Et bien dès qu’elles ont grimpé à bord, elles l’ont menacé d’une arme... Elles l’ont humilié, les salopes ! Puis elles s’en sont prises à son camion... Les garces ! Les vicieuses !... Pour un trucker, son camion, c’est sacré ! Quand il m’a raconté ça, j’ai vu des éclairs et j’ai juré de le venger. (Voyant que Jack commence à trembler, il lui tend virilement sa bière en signe de réconciliation. Puis, avec un plaisir visiblement sadique, il continue) Quand j’en vois un comme toi sur le bord de la route et que je suis perché en haut de mon camion, comme du haut d’une chapelle, je sors mon fusil et je tire dessus, rien que pour lui faire peur… Je suis l’ange gardien des truckers et c’est ma prière ! (Rire satanique) Ou bien alors, « je dis la messe » : je ralentis la procession, je vois le pèlerin courir vers moi comme un fanatique… (Faussement spirituel) Alors je me recueille, jusqu’au fond du calice de ma gorge, et je lui crache dessus en mettant les gaz ! Alléluia ! (Tonnerre de rire) Pas facile, le gars Jerry, pas vrai, Jack ?

 

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Quelques instantanés du spectacle de « Jack, sur la route et sur les planches » (1/4)

Publié le par Eric Bertrand

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         Belle émotion hier sur la scène de la maison des étudiants... A la fois parce que ceux qui ont « vécu Dylan » s’y sont retrouvés et parce que ceux qui découvraient cette évocation sentaient obscurément ce que cette jeunesse des années beatnick avaient encore à leur dire...

         Plutôt qu’une longue évocation, et en attendant le film, je donnerai à lire quelques extraits de la pièce qui ont bien marché auprès du public... Je me limiterai à trois extraits afin de laisser au lecteur le soin, s’il le désire, d’aller un peu plus loin.

         J’ajouterai, avant cette série, l’un des commentaires simples et forts reçus sur ma boite mail le matin suivant la représentation, au terme d’une nuit quasiment blanche car, agité par l’émotion d’un spectacle, on dort rarement bien !

« Merci pour la qualité de ton texte, celle du travail de Camille, et toute cette nostalgie de la jeunesse hippie, j'y étais ! » 

 

 

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Jack Kérouac sur la route et sur les planches, comme si on y était !

Publié le par Eric Bertrand

 

 

 

 

Prologue

 

Jack Kérouac (le récitant) est installé devant sa vieille Remington. Il a mis un disque, s’est allumé une pipe. (Dylan, « Blowing in the wind ») Fond claquettes. Entraîné par le rythme, il se met à taper avec un doigt, puis deux, sur sa machine.

 

Jack (récitant) : Ta... Ta... Ta... Ta... Ta... Ta... Jack... Jack... Jack... Jackpot... Back... Back Jack ! Flashback… Parle vieille machine, parle ! Secoue-toi les tripes… Longue route du manuscrit, ligne blanche des mots, ramène-moi dans la patrie de Marcel Proust, d’Arthur Rimbaud et de mon lointain ancêtre, Lebris de Kéroack, tout là-bas dans le Far Ouest, en terre d’Armorique.

 

(Jack s’est mis en arrière-fond. Les autres comédiens se mettent en place pour figurer ce qui est une salle de classe. Le spectateur assiste au spectacle du souvenir)

 

Récitant : Ça faisait déjà longtemps que ça n’allait pas dans ma tête. J’ai quand même fini par craquer pendant le cours de la prof d’histoire, la vieille Madame Spencer. J’ai bien cru, ce jour-là, que j’allais la jeter par la fenêtre...

 

photo-26

 

 

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