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Alceste à bicyclette : y-a-t-il quelqu’un au bout du « Philinte » ? (2/5)

Publié le par Eric Bertrand

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« Trahi de toutes parts, accablé d’injustices / Je vais sortir d’un gouffre où triomphent les vices / Et chercher sur la terre un endroit écarté / Où d’être homme d’honneur on ait la liberté »... Serge Tanneur, héros du film de Philippe Le Guay, « Alceste à bicyclette », ressemble à cet Alceste-là. A la suite d’une dépression, il a quitté les paillettes et le « show-bizz » et a voulu « tourner la page ». Tout près des grandes plages de sable de Trousse-Chemise, entre les Portes et Ars en Ré, il médite désormais en « promeneur  solitaire ». Son repaire est une maison délabrée située au cœur de l’un de ces villages rétais qui, pendant tout l’hiver, fait de son nombril un corridor de volets verts et de façades blanches. « Et la cour et la ville / Ne m’offrent rien qu’objets à m’échauffer la bile ». Et pour cause... dans le ventre de sa maison léguée par un vieil oncle, Serge, intraitable Fabrice Lucchini, enrage faceà la fosse sceptique qu’il faut purger, aux tuyaux d’évacuation « qu’il faut raccorder ». Comment ça, « être raccordé », lui qui tient tant à son « indépendance » !...

C’est à ce moment précis que Gauthier Valence, acteur de télévision à la mode, « de passage dans la région », rend visite à son vieil ami qu’il a côtoyé naguère sur les plateaux. A la vérité, il a une idée derrière la tête : celle de lui proposer les rôles d’Alceste et de Philinte. Les deux complices enfin réunis joueraient en alternance les deux personnages du « Misanthrope » : le « romantique chiant », celui qui refuse le genre humain et le diplomate formaté, celui qui joue et s’accommode des masques et des grimaces. « Et mon esprit enfin n’est pas plus offensé / De voir un homme fourbe, injuste, intéressé / Que de voir des vautours affamés de carnage / Des singes malfaisants et des loups pleins de rage. »

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Alceste à bicyclette : y-a-t-il quelqu’un au bout du « Philinte » ? (1/5)

Publié le par Eric Bertrand

 

 

 

 

 

               C’est la fin de l’hiver. En alliance avec la mer et les plages du débarquement de Rivedoux et de Sablanceaux, le pont de l’ile de Ré, trace avec le continent une sorte de ligne de démarcation épaissie par le rideau de pluie. Les rares voitures continuent de passer de l’autre côté, là où la vie promet de s’arrêter. Familles, familiers, nantis propriétaires de villas à vendre, sportifs élégants juchés sur de vieux vélos, amoureux de la mer, des oiseaux et des marais, peintres, photographes, poètes, penseurs...

               Les volets verts sont fermés et la mer a des teintes grises. Dès le lever du pâle soleil, les rares cyclistes en mal d’escampette affrontent, sur les pistes cyclables, les tirs obliques du vent et la poudre des marais salants. Et les blancs goélands passent en estafettes, indifférents aux tourments des hommes. Dans « le Misanthrope » de Molière, Alceste est de ceux-là. Fatigué du monde et de ses vanités, des masques et des « tours de souplesse dorsale », le héros de la pièce favorite de Rousseau s’est lui aussi retiré du monde. Il aspire à une retraite écartée, à une sorte de paisible hermitage qui servirait de refuge à sa mélancolie.

 

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Conteuse et matière de Bretagne (intégrale)

Publié le par Eric Bertrand

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Dans le cadre de l’enseignement d’exploration mené cette année en littérature et société autour de la Bretagne et de l’univers celtique, les élèves, qui ont, depuis le début de l’année, réfléchi en histoire et en littérature sur les ingrédients de la légende arthurienne, ont pu écouter une conteuse venue les accompagner dans une double aventure imaginaire. Cette aventure ne fait que commencer car, comme chacun sait, les contes, comme les volutes de fumée, ne cessent d’échapper à celui qui voudrait les saisir.

Au début, Justine a posé le décor. Un grand rideau, un projecteur. Une manière de lampe d’Aladin. Un malin génie complice de la métamorphose et invité pour l’occasion. Les élèves sont assis sur des sièges confortables. Impatients, curieux, ou, pour les plus sceptiques, intrigués. Le génie pose le masque et s’évanouit dans sa lampe. Plus besoin de lui, puisqu’à présent, les filles sont « des princesses » ou des « fées », des « dames » ou des « damoiselles », et les garçons des « jongleurs », des « troubadours et trouvères », des princes, des chevaliers... Des bouffons parfois, le terme « bouffons » fait toujours son petit effet au siècle qui est le nôtre.

Et puis le rideau s’écarte, et Justine réapparait en robe médiévale, avec ses bracelets, triskells et ce beau bijou frontal, lequel, confie-t-elle, la met en liaison avec « sa licorne », qui patiente quelque part, sur un coin de prairie. Vous savez ces prairies grasses et savoureuses, que la mer assaisonne pour faire, par exemple, les bonnes pommes de terre de Ré ou de Noirmoutier qu’on met dans le « Kig Ha Fars ».

La licorne s’impatiente. Justine est en selle, tout en haut de son siège. Elle se lance aussitôt au loin, en direction du Finistère, jusque dans la baie de Douarnenez. Et là, elle raconte une version inattendue de la légende de la ville d’Ys... Puis, quand la mer a tout recouvert, les splendeurs et les clochers, les princesses et les bijoux, les glas et les gémissements, elle enchaine sur l’histoire du chevalier Riwal et de son cheval Fier Elan, parti comme Tristan à travers les landes de Brocéliande, vers le territoire de Cornouailles et au-delà, pour chercher « la belle aux cheveux d’or »...

Dans l’espace d’une heure trente, les élèves sont entrainés dans les contrées de l’imaginaire. Musique, chant, paysages, créatures, humanité à nu... La conteuse mène adroitement les détours du récit comme elle mènerait son cheval vers la fontaine où il va enfin pouvoir se désaltérer. Son projet est en effet, après cette initiation à son univers, de conduire les élèves à leur tour vers les mêmes horizons. Tout au long des séances qui vont suivre, répartis en quatre ateliers d’écriture, aidés par la documentaliste et le professeur de français, ils vont écrire... Ecrire pour imaginer des combinaisons, écrire pour découvrir des situations, franchir des seuils, ouvrir des portes, transposer des lectures, des connaissances enfouies. Ecrire pour  donner au récit initial une vigueur collective.

Et, à chaque fois, en secret dans l’une des quatre salles, par périodes de trente minutes, Justine la conteuse viendra effleurer ces plumes ébouriffées et leur faire sentir, sous le front et le capuchon,  sous la glotte et la cartouche, le souffle de la licorne !

 

http://www.justinedevin.fr/

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Conteuse et matière de Bretagne (3/4)

Publié le par Eric Bertrand

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Dans l’espace d’une heure trente, les élèves sont entrainés dans les contrées de l’imaginaire. Musique, chant, paysages, créatures, humanité à nu... La conteuse mène adroitement les détours du récit comme elle mènerait son cheval vers la fontaine où il va enfin pouvoir se désaltérer. Son projet est en effet, après cette initiation à son univers, de conduire les élèves à leur tour vers les mêmes horizons. Tout au long des séances qui vont suivre, répartis en quatre ateliers d’écriture, aidés par la documentaliste et le professeur de français, ils vont écrire... Ecrire pour imaginer des combinaisons, écrire pour découvrir des situations, franchir des seuils, ouvrir des portes, transposer des lectures, des connaissances enfouies. Ecrire pour  donner au récit initial une vigueur collective.

Et, à chaque fois, en secret dans l’une des quatre salles, par périodes de trente minutes, Justine la conteuse viendra effleurer ces plumes ébouriffées et leur faire sentir, sous le front et le capuchon,  sous la glotte et la cartouche, le souffle de la licorne !

http://www.justinedevin.fr/

 

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Conteuse et matière de Bretagne (2/4)

Publié le par Eric Bertrand

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Et puis le rideau s’écarte, et Justine réapparait en robe médiévale, avec ses bracelets, triskells et ce beau bijou frontal, lequel, confie-t-elle, la met en liaison avec « sa licorne », qui patiente quelque part, sur un coin de prairie. Vous savez ces prairies grasses et savoureuses, que la mer assaisonne pour faire, par exemple, les bonnes pommes de terre de Ré ou de Noirmoutier qu’on met dans le « Kig Ha Fars ».

La licorne s’impatiente. Justine est en selle, tout en haut de son siège. Elle se lance aussitôt au loin, en direction du Finistère, jusque dans la baie de Douarnenez. Et là, elle raconte une version inattendue de la légende de la ville d’Ys... Puis, quand la mer a tout recouvert, les splendeurs et les clochers, les princesses et les bijoux, les glas et les gémissements, elle enchaine sur l’histoire du chevalier et de son cheval fou, parti comme Tristan à travers les landes de Brocéliande, vers le territoire de Cornouailles et au-delà, pour chercher « la belle aux cheveux d’or »...

 

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