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Episode 5. L’assassin assassiné

Publié le par Eric Bertrand

     « A quoi sert une chanson quand elle est désarmée… »

rappelait Jean Ferrat. « Je ne chante pas pour passer le temps »Il arrive parfois que la chanson s’engage et que les mots qu’elle monte au bout de la corde (vocale !) soient des « pistolets chargés ». Alors, le chanteur qu’on croyait cigale, en santiags et en jean, guitare sur le dos, se met à grincer.     

« Aucun dieu ne m’apaisera, j’aurai ta peau, tu périras ! »Les premières notes sont appuyées, mélancoliques et graves. Par la fenêtre ouverte, chez un voisin, Sardou en chemise noire, poignet de maquignon, secoue le chiffon rouge :   « Moi, je ne suis qu’un musicien… » se penchent Tonton et Badinter. Très solennel, visage grave devant « l’établi magique », Julien Clerc s’interroge : « Lorsque le couteau est tombé, le crime a changé de côté… » « Au dessus de la fenêtre »    

« Ajuster les mots à ma musique… » Et pourtant, la chanson continue. La chanson continue, car elle a quelque chose à dire et à ajouter ! « Chanter un silence... Paroles et musique de personne. J’ai refermé le piano… »Difficile de reprendre la parole après Victor Hugo. « Cette tête de l’homme du peuple, cultivez-la, défrichez-la, arrosez-la, fécondez-la, utilisez-la : vous n’aurez pas besoin de la couper »… Chez Julien, on lit des livres de Giono ou de Hugo, « le Dernier jour d’un condamné » ou « Claude Gueux ».     

« on ne peut certains jours, écrire des chansons d’amour ». tombe sur le travail, « un grand dais noir », Le soir, « Et puis ensuite, ça va très vite, le temps que l’on vous décapite ».Le message est relayé. L’articulation des mots devient note, ton, émotion… La musique comme le couteau, hésite, balance, élève...     

, mais il y a eu ce cri. « Femmes, je vous aime »Plus tard, il y aura     

 

Julien Clerc, variétés française

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Vidéo clip à partir de Rimbaud et de son "coffre" !

Publié le par Eric Bertrand

Cet été, lors de la promotion du "Coffre de Rimbaud", nous avons sillonné le secteur et en avons ramené notamment ce clip (filmé avec les moyens du bord!) mais magistralement réalisé par Fred !

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Julien Clerc : Episode 4. Elle a au fond des yeux

Publié le par Eric Bertrand

Plonger dans les yeux d’une femme… Merveilleux défi ! Toute la chanson contemplative de Julien , « Elle a au fond des yeux », relève de ce projet… Mais elle reste une rêverie devant le miroir des yeux… A quinze ans, j’avais entendu sur le même sujet « le scaphandrier », chanson de Ferré sur un poème de René Baër (l’auteur de « ma chambre ») :... Le scaphandrier en question, amoureux et impatient, allait plus loin dans l’aventure ! Il se mettait en tête de plonger tout au fond des yeux et du miroir… Alors il enfilait sa tenue et jetait la sonde jusque « dans le cerveau de sa blonde »… C’est là qu’au lieu de trouver la perle, il se noyait « dans le vide ».

Il n’y a pas cette issue cynique dans le texte de Maurice Vallet… « Elle a au fond des yeux » invite au contraire à une expérience jubilatoire de surf ou de paresseuse flânerie « sur le lac » ou le bassin. Pas de danger, pas d’ivresse des profondeurs ! Le nageur reste suspendu à un fil, au-dessus de l’eau, entre les enchantements du château du Grand Meaulnes, « pour un grand bal masqué où rien n’est interdit » et le pays d’Alice, où surgissent « des lapins magiques qui volent des oranges »…

« Tout ce que je vous dis, elle l’a au fond des yeux »… Mais quoi encore ? L’adolescent, écoutait cette chanson avec des frissons dans le dos. Enchainement des visions, des fantasmes, jusqu’à la plainte du violon, mélancolique pont musical sur lequel venaient défiler des images inattendues comme des reflets ou des étincelles, des images à son échelle, « une échelle de rêve ». Et il glissait doucement, inexorablement, vers cet « homme abandonné qui me ressemble bien bien bien » et dans lequel, avec un frisson, il finissait lui aussi par se reconnaître…

Julien Clerc; chanson française

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Je voyage (1975)

Publié le par Eric Bertrand

Deux nouveaux disques dans la discothèque en ce début d’été. Le 45 tours de « la terre promise » de Johnny où l’idole porte un chapeau de cow-boy, et le 33 tours sur fond noir, « this melody », où la silhouette de Julien se détache.

Sur le haillon arrière de la 504 Peugeot, direction les plages de l’océan. Pierre Bachelet chante « l’Atlantique, et la musique… ». Je voyage, le lecteur à cassettes sur les genoux. Je voyage, et dans ma tête et dans mes reins... Traversée de la France, d’Est en ouest. Toutes les heures, du fond de la bouche amère de l’autoradio, grésillent les infos. On annonce que l’été sera chaud, que les routes sont chargées, qu’en Ethiopie, le dernier empereur vient de mourir, « Hailé Sélassié », « négus d’Abyssinie »....

L’Ethiopie ! Je sais qu’Arthur Rimbaud, qui a à peu près mon âge, a fini sa vie du côté de l’Abyssinie. « Petit Poucet rêveur », j’écoute « je Voyage » et j’arrête un soir sous une cascade. Envie de fraîcheur... Il fait très chaud sur la banquette arrière. Pas de ceinture de sécurité. Ma sœur dort dans un hamac accroché, comme un croissant de lune, entre les deux portières.

Nino Ferrer chante « le Sud » et Joe Dassin « l’été indien ». Plein été, sur les images un peu surexposées de la télévision, c’est la première année que je suis le Tour de France pendant les heures chaudes et je vibre derrière Bernard Thévenet. Et dans ma tête et dans mes reins, l’idée fait son chemin... Je suis à la plage et je me baigne « dans le poème de la mer, infusé d’astres lactescents ». Dans l’eau, les planctons étincèlent et dans le noir toutes les étoiles gonflent mon âme comme une voile.

« Mon auberge était à la Grande Ourse », et je ne voulais plus, à la fin de l’été, rentrer dans l’habitacle de la 504 et m’enfermer entre quatre murs.

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Terre de France, Julien Clerc

Publié le par Eric Bertrand

Album « Terre de France »… 1974… En couverture, le futur interprète de « Femmes, je vous aime », hobereau romantique égaré quelque part dans quelque coin de Haute Normandie, ou de Bretagne, regard perdu « sur nos calvaires, sur nos calvaires »... Pierre sonnante chevauchée de fantasques korrigans, le piano trace son sillon, comme le tracteur à l’intérieur de la pochette du 33, tracteur sur lequel trône un petit garçon, aux côtés du père. Dans « le petit matin frileux » comme le chante cette année là Daniel Guichard. Taiseux, recueillis… « Sommes des gens parfois gais, quand on est triste il fait mauvais… »

Pudeur paysanne teintée de provincialisme, ambiance à la Maupassant. « Tu peux bien changer de nom, le visage de tes régions »… Musique qui monte doucement, majestueuse. Piano omniprésent, « parsemé de taches bleues » sur la prairie, dans la mémoire et dans le ciel. La voix microsillonne, impose son timbre particulier, sème une graine légère. Vol souple d’une sorte d’oiseau moisson. « Le blé qui lève, le blé qui lève ». La voix enveloppe, écarte la brume du matin, rase les talus, épouse la courbe des collines, se désaltère aux points d’eau, s’allonge aux ruisseaux, « comme un étang où flottent mes rêves... »

Je lis Henri Pourrat, Jean Giono, Henri Bosco, Alain Fournier, George Sand. Auvergne, Provence, Sologne, Berry. « Gaspard des Montagnes », « Le chant du monde », « le Mas Théotime », « le Grand Meaulnes », « la Mare au diable »… Marcel Pagnol vient de mourir, j’ai la tête encore remplie des images de « Jean de Florette », de « Manon des Sources » et de « la Gloire de mon père ». « Ce sont les choses du temps qui ont fait nos tempéraments »…

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