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Lampedusa et Santo Stefano di Camastra : les deux Sicile ! (3/3)

Publié le par Eric Bertrand

Ce retour en Sicile par la relecture du Guépard me ramène à tous ces hauts-lieux de la terre sicilienne si riches en connotations. Lampedusa n’est pas seulement le nom de l’auteur du Guépard, c’est aussi celui d’une île au large de Trapani.

           L’un des traits du Ponton avait été de solliciter tous ces noms de lieux siciliens. D’autre part, de restituer l’esprit sicilien, cette marque du commérage et de la surveillance si présents dans les petits villages (« paese ») comme Santo Stefano di Camastra dont les deux Befana sont l’incarnation. Relisons ce passage du chapitre 8 du Guépard :

Tout se répand dans cette île qui, au lieu du trident grec, aurait dû choisir pour emblème la syracusaine oreille de Denys, répercutant le plus léger soupir à cinquante mètres…

Voyons à présent un extrait du Ponton (version théâtre) :

Epilogue

 

La scène se joue sur le ponton, dans une lumière d’automne. On retrouve le décor désormais familier des deux artistes.

 

Carolina : on est aujourd’hui le premier octobre. L’été est définitivement terminé et, cette fois, Gigi est bel et bien parti, Francesca !... Bel et bien parti !... Par le train de six heures. Direction Palerme et puis l’aéroport de Punta Raisi… Que veux-tu, nous n’avons rien pu faire…

Francesca : laisse-le donc aller vivre sa vie, Carolina ! Pourquoi se lamenter maintenant ? 

Carolina : je l’ai déjà assez dit, pourquoi ! Je l’ai clamé haut et fort... Les garçons du pays doivent rester au pays ! Le pays a besoin d’eux !... Tu étais pourtant d’accord avec moi ! On dirait que ça te fait plaisir, à toi, qu’il se soit en allé ! 

Francesca : vois-tu, Carolina, j’ai bien réfléchi suite à la discussion avec Gigi, Salvatore et Ornella… L’Americana n’est pas qu’une petite sotte, et elle a vu juste dans ce qu’elle nous a dit… Nos histoires sont le miroir de la vie… L’imagination ne joue pas toujours le beau rôle… Elle n’est pas la seule aventurière à bord… Quand le temps est venu, on s’installe sur les planches, comme sur ce ponton, et la mémoire nous ballotte… On raconte et on a l’impression de ne pas avoir à bouger… On se tourne vers le passé, on se tourne vers le présent… On regarde ceux qui s’en vont, on croit qu’ils ne reviendront plus et pourtant, un jour, ils reviennent… Au fil de l’eau, ils ont suivi les mêmes courants !...

 Mais écoutons-les, via You tube :

  

 

 

 

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Lampedusa : jeunes femmes de Sicile dans « le Guépard » et dans mon souvenir (2/3)

Publié le par Eric Bertrand



J’évoquais hier un extrait du Guépard (p201 de l’édition Point Seuil). Relisons-le aujourd’hui à la lumière de ce que j’ai vécu et constaté.

             Sans vouloir être méchant (qu’on lise les pages qui suivent et l’écoeurement du Prince devant cette société finissante qui tourne autour de lui : Son dégoût céda la place à une grande compassion pour tous ces êtres éphémères qui tentaient de jouir du mince rayon de lumière accordé à leurs yeux, entre les ténèbres qui précèdent le berceau et celles qui suivent les derniers spasmes…) Sans vouloir être méchant donc, et porter sur les comparses de cette époque un regard aussi cruel que celui de Lampedusa (cela ne se passait tout de même pas en novembre 1862, et les jeunes filles invitées aux repas de fiançailles n’étaient pas - à ma connaissance - les rejetons de mariages interlopes), je ne céderai pas non plus à la facilité de l’émerveillement rétrospectif !

             Je dois dire en effet que je retrouve dans mon souvenir un peu de ce « teint olivâtre » et de ce « zézaiement » augmenté par la piteuse pratique d’un français famélique, emprunté aux couloirs des collèges. Il faisait déjà chaud dehors et ces gros pétales de féminité naissante, gonflées dans les calices des familles en place, ne songeaient qu’aux siestes de l’été et aux patisseries grasses et écoeurantes que prodiguaient sous leurs yeux déjà fanés des garçonnets vêtus de noir, sveltes et empressés comme des torréros devant des bêtes sans vigueur et sans cornes.  

L'Homme à la tête de chou et au coeur d'artichaut (4) : "le clan la Cagoule"

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Signatures en plein air à Ré et à Lamballe

Publié le par Eric Bertrand

            



            Petite parenthèse à Lampedusa.

           Une signature à Ré… Sentiment de déjà vu diront les habitués du blog ! Certes, mais les conditions ne sont pas les mêmes. C’est toujours un plaisir d’aller de ce côté-là du monde et on se souvient que la dernière signature était ratée du fait du mauvais temps et de la pluie.

           La proposition faite par la libraire (Ré Presse) avait été de procéder de la manière dont la majorité des auteurs procède, à savoir d’installer directement un petit « pignon sur rue ». Reste à saisir le bon moment, celui de l’affluence. Par les temps qui courent, les week end y sont propices. Reste aussi à compter sur le soleil… Face à la menace de pluie de dimanche dernier, j’ai une première fois décidé de reporter. Et c’est aujourd’hui, en après-midi, rue de Sully, au milieu de la foule des promeneurs. J’aurai ma petite échoppe autour de 16h00. A tout à l’heure peut-être ! Et un clin d’œil à mon ami Francis qui « officie » du côté de la Manche, à Lamballe, pour ses « Chevaux de la mémoire »… http://ecriposoph.wordpress.com/ 


l'Homme à la Tête de chou et au coeur d'artichaut (3) : "Initials BB" and co...

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Lampedusa : jeunes femmes de Sicile dans « le Guépard » (1/2)

Publié le par Eric Bertrand

            

Il y a, avec les livres qu’on aime, une perpétuelle « familiarité ». Ils sont posés là, pas loin, on les côtoie, on les fréquente, on les croise, parfois, on les ouvre à nouveau, au hasard d’une page.

            Le lecteur se souvient de mes « fréquentations » siciliennes relativement à l’écriture du Ponton, parmi lesquelles Lampedusa. La peinture que ce roman offre de la société sicilienne me ramène à des épisodes vécus dans les salons d’une famille de la haute bourgeoisie qu’avait fréquentée ma sœur il y a de cela quelques années.

            Au titre de grand frère de la fiancée, j’avais eu l’occasion de pénétrer ces cercles un peu fermés dignes de la société décrite par Lampedusa. Je laisse la place à sa plume, c’est au début du chapitre sixième…

Les femmes au bal ne lui plaisaient pas davantage… en ce temps-là, les fréquents mariages entre cousins, dictés par la paresse sexuelle et les calculs terriens, le manque de protéines dans l’alimentation, aggravé par l’abondance des amylacés, l’absence totale d’air frais et de mouvement, tout avait rempli les salons d’une foule de fillettes basses sur pattes, invraisemblablement olivâtres, insupportablement zézayantes. Elles passaient leur temps collées les unes aux autres, lançant en chœur leurs appels aux jeunes gens effrayés. Elles semblaient n’être là que pour servir de repoussoir à trois ou quatre belles créatures qui, comme la blonde Maria Palma, la magnifique Eleonora Giardinelli, passaient en glissant, cygnes sur un étang rempli de grenouilles.

              Il me faut revenir demain sur cet extrait et ses implications personnelles.


l'Homme à la tête de chou et au coeur d'artichaut (2) : folie au Kangourou club.

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Le Pont de Ré et le « wilderness »

Publié le par Eric Bertrand

            


J’évoquais hier l’inspiration que donne l’air du large, et la part que la mémoire y peut jouer. Au cours d’une sortie en course à pied ou à VTT en direction du Pont de Ré, c’est à la fois mes souvenirs de l’île qui reviennent et, directement par analogie, ceux d’Ecosse. Il n’y a, apparemment, aucun point commun entre cette île qui est devenue un peu « kitch » du fait de son succès et ce pays sauvage où règne le « wilderness »… Et pourtant…

             Pourtant, lorsque je progresse le long du rivage et des falaises qui précèdent le pont, je sens quelque chose qui me ramène à mon séjour dans le Caithness, du côté de mes errances vers les grandes falaises de la baie des Sinclair amplement revisitées dans le Ceilidh. Ce que j’appelle «analogie », c’est le bruit de la haute mer qui frappe le rivage, c’est la présence élémentaire des cailloux et des roches que ronge la vague, c’est l’odeur forte des lichens, le cri des goélands qui balaient le ciel…

              A ce moment, il n’y a plus qu’à fermer les yeux et qu’à donner à la foulée l’impulsion nécessaire au franchissement d’une « cheval d’arçon de temps ».


L'Homme à la tête de chou et au coeur d'artichaut (1) : "lunatic asylum"...

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