Le lecteur un peu assidu de ce blog l’a bien compris : Jack London fait partie pour moi de ces écrivains (rares) dont la seule mention du
nom ébranle mon énergie. J’ai ressenti cela en son temps pour Victor Hugo que je ne supportais pas voir critiquer et dont l’œuvre me paraissait mal appréhendée.
La passion pour Jack London est venue plus tard. Au moment où j’étais installé en Ecosse… Je vivais dans une atmosphère propice à
la représentation du « wild » que mettent en scène ses romans. C’est ce « wild » que j’évoquais dans les articles précédents qui a réactivé mon enthousiasme
pour l’écrivain baroudeur auquel j’avais indirectement rendu hommage dans la pièce « Jack, on the route again » en faisant de lui le modèle de toute révolte et de tout
pari pour l’Idéal.
Peut-être plus encore que l’autre Jack, celui de Sur la Route… Plus énergique, plus fort, moins « junkie ».
On connaît le vieux dicton selon lequel « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». En
l’occurrence, le fleuve de musique et de textes, le libre arbitre et la pleine latitude que j’avais à Loudéac, il semble difficile de la retrouver ici… à l’heure actuelle en tout cas.
J’ai déjà évoqué dans ce blog le dossier que je suis en train de monter au collège pour remettre le pied sur les planches : projet classe à PAC. Mon idée initiale était de
remettre en scène le « Jack on the route again » mais mon administration m’a fait comprendre qu’il était délicat de faire travailler nos élèves sur un texte écrit par moi.
Tout l’édifice de l’Atelier d’Expression Artistique est ébranlé. Il faut revenir à quelque chose de
plus « normal » et de plus classique. Ça ne fait rien, je vais bien trouver une solution et me tourner vers un texte qui me plaise, et, parallèlement, continuer à
travailler sur you tube avec mes acteurs fétiches qui traversent les planches de ma carcasse intérieure de milliers d’échos…
J’évoquais hier le plaisir qu’il y avait à retrouver ces moments précieux de théâtre et de
préparation collective… Me laissant entraîner par le flot d’images et la relative facilité qu’il y a à utiliser You Tube, je suis allé fouiner dans les spectacles plus anciens et je
dispose d’une manne que je vais essayer de faire partager. A commencer par « le Tennessee club » que j’ai mis en ligne et puis « L’Homme à la Tête de chou et au
cœur d’artichaut » autres grands moments similaires en intensité.
J’ai plaisir à réentendre le texte et à voir les visages tellement forts de ceux qui se prétaient à la
scène avec une frénésie particulière. Je vous les laisse découvrir ou revoir, et j’en annonce d’autres à venir…
L’approche du printemps me ramène à la période mélancolique de la préparation ultime des spectacles, lorsque, pendant
ces dernières années, tout le travail en scène conjugué à celui de l’écriture épousait sa réalisation musicale au Moulin à Son … Le bourdon ?
Dès que je poussais la porte du Moulin, je butinais les échos des instruments ou des voix, rencontrais les
musiciens, les chanteurs, le technicien pour les bruitages et les aménagements divers, les comédiens amenaient leurs costumes, la scène se patinait d’un miel nouveau. Cette
année, il n’y a pas de floraison, et je le perçois comme un pollen en moins…
Est-ce un hasard si je suis, justement en ce début mars, en train de mobiliser tous mes documents vidéos pour en transférer
les meilleurs moments sur You Tube ? En tout cas, je vous invite chers lecteurs à vous y rendre au quotidien, puisque j’y ajoute régulièrement de nouvelles petites
pépites du travail de l’Atelier.
On sait que parmi l’ensemble des spectacles, il y en a un dont les traces sont plus pauvres que les autres (et c’est
peut-être aussi le plus réussi de tous ?), c’est « le Ponton ». Mais, grâce à Liliane qui vient de nous envoyer un paquet de quatre DVD de tournage des répétitions, je suis
en mesure de vous faire partager quelques-uns de ces moments forts de l’été sicilien ! Rendez-vous sur You tube !
Il y a environ six mois sortait le livre « Les Chevaux de la mémoire » de mon ami Francis Lepioufle.
C’est avec plaisir que j’avais assisté à la sortie de ce livre et que j’y reviens aujourd’hui à l’occasion de la publication de l’article que Francis a eu la gentillesse de me consacrer dans son
blog il y a quelques jours.
Je suis sensible à la qualité de la lecture qu’il a faite de « Pour y voir Clerc » et j’y retrouve une sorte
d’intimité avec son livre puisque lui aussi consacre à la quête de soi toute une entreprise d’écriture qui passe par l’effarement et la chevauchée à travers les
images.
Il n’est jamais aisé de remonter le temps et d’aller au contact des plaies les plus profondes et des sillons qui se sont
creusés au coeur d’un être. En cela, nos deux livres sont proches, et il y a entre ce qu’il appelle « le wild » et ces « chevaux de la mémoire » une même écume
d’émotion et une même ardeur à serrer le mors de l’écriture pour filer au plus près de ce double qui nous échappe parce qu’il court en même temps que nous, sur une autre plage de temps
et d’espace vers l’intersection de cette vie…
Littérature, écriture et voyage. Comment la lecture et le voyage nourrissent-ils la pensée et suscitent-ils, en même temps que le plaisir, la curiosité, l'écriture ?
Lien vers l'ensemble de mes livres :
http://ericbertrand-auteur.net/