Autre effet de la télé réalité, ce qu’elle a apporté au
contenu des fictions :
« (…) Les scénaristes en ont vite intégré les codes : des dialogues plus réalistes, des scènes plus crues, une
esthétique de l’image volée. Si l’on gratte le vernis du succès des séries américaines, on trouve toujours Big Brother derrière… ce qui est sûr, en revanche, c’est que l’audience de la
télé-réalité a rendu la fiction plus offensive et audacieuse (…) »
Loft History 2084 : (Acte 1, Scène
3)
Big Brother : (vexé, redevenant sérieux). C’est donc
bien au spectacle vivant qu’il nous faut livrer la dernière bataille ! Détruisons les théâtres, interdisons les spectacles de rue et nous aurons cause gagnée !
360 Spot : La violence et la répression sont
encore impuissantes face à l’esprit de résistance, mais vous savez très bien que depuis la fin du XXème siècle, du côté de l’image est la toute puissance. 357 Magnum me faisait consulter
récemment un extrait du deuxième ouvrage de référence : « 1984 » de Georges Orwell. On peut lire cet extrait comme on lirait le témoignage de n’importe quel cinéphile
d’aujourd’hui. En cela, Orwell ne s’était pas trompé sur le progrès de notre civilisation… 357, si vous voulez bien lire le témoignage…
357 Magnum : (lisant) « Hier, soirée au ciné. Rien que des films de guerre. On voyait un homme criblé de trous et la mer devenait rose
autour de lui. Le public riait à gorge déployée quand il s’enfonça. On voyait ensuite un canot de sauvetage plein d’enfants. Un hélicoptère lâcha sur eux une bombe de vingt kilos qui éclata avec
un éclair terrifiant et le bateau vola en éclats. Des bras d’enfants furent projetés en l’air. Il y eut des applaudissements nourris venant des fauteuils… »
(Je précise que ce passage en italiques est la reproduction d’un extrait de 1984 d’Orwell.)
Let's go Shotgun ! Action !« Visage lisse » : Loft Story version TF1 (3/7)
A en croire les statistiques du blog, cette série d’articles sur le loft attire de nouveaux lecteurs : je rappelle pour eux qu’il y a moyen de voir quelques extraits
des coulisses de la pièce sur « Daily motion » à l’adresse suivante :
Reprenons l’article du Télérama : « (…) Usé le Loft ? Pas tant que ça : TF1 nous en catapulte ces
jours-ci une resucée, « Secret Story » censée être encore plus proche de l’original néerlandais « Big Brother » et son parti pris de filmer des inconnus à huis clos (…)
»
Loft History 2084 : (Acte 1, Scène
3)
« (…) Big Brother : Cependant le concept de l’émission
est resté dans les esprits. Dés le début des années 2000, les lofteurs sont devenus des héros. En 2050, Loana est rentrée au musée Grévin et a remplacé le buste du dernier homme de science. Plus
de vieux, plus de rides, plus de fronts intelligents, plus d’airs inspirés !…Mais Loana au musée Grévin incarne la sensualité, le désir, la concupiscence, le vice, bref les causes
les plus élémentaires de la maladie que nous nous employons à combattre … Il faudra à terme éliminer Loana et aboutir au visage lisse et transparent.
Big Mother : Alors notre idée est la suivante : trouvons
au moins un individu du type mâle reproducteur non contrôlé, entourons le de femelles en chaleur et proposons une nouvelle édition du Loft … Une édition différente cependant de celles que nous
avons pu connaître par le passé … une édition non plus bêtifiante mais au contraire faussement intelligente avec des lofteurs comédiens de théâtre qui appartiendront forcément à la caste des
« Indécents » et qui, tout naturellement, paraîtront brillants, rebelles, cultivés, curieux de tout. Bref, un Loft qui sera, au bout du compte, un miroir aux alouettes destiné à
confondre une bonne fois pour toutes tous les amateurs de grands sentiments, tous les touche à tout du théâtre, tous les saltimbanques de tout poil, cracheurs de feu de Shakespeare, de Marivaux
et d’Ionesco, germes d’épidémie définitivement pistés.
360 Spot :
(enthousiasmée). Et ainsi nous triompherons du mal par l’image ! Et ainsi les écrans seront propres, astiqués, détachés, impeccables, irréprochables.
358 Shotgun : Et ainsi nos divisions de
pompiers pourront cesser d’allumer des feux et pourront jusqu’à la nuit des temps allumer leurs mégots et les regarder fumer !
357 Magnum : (émerveillée). Et ainsi la Police
Urbaine pourra indéfiniment astiquer le cuir des révolvers et des belles combinaisons luisantes qu’on met sur les motos ! (…) »
Do what I want and don't do what I do !
Loft Story version TF1 (2/7)
Je reprends mon analyse de la télé réalité avec pour objectif de mettre en regard l’article évoqué et des extraits de
« Loft History 2084 ». Pour apprécier l’impact de ce type d’émission, l’article du « Télérama » commence par une analyse selon laquelle la télé-réalité a véritablement
envahi le petit écran. En témoignent les reportages diffusés autour des cérémonies d’investiture du président à l’Elysée…
« (…) Dans cette émission, l’important n’est pas tant ce qu’on montre que le seul fait de montrer. Tout et tout le temps (comme dans Loft Story, l’émission
de M6 qui exhibait en continu le quotidien de 12 colocataires) quitte à engager un marathon de petits faits et de longs vides où se mêlent la solennité et le trivial, le
public et le privé … »
Loft History 2084 : (Acte 2, Scène
1)
« (…) Bobby : Moi, c’est tout le contraire ! J’adore
l’idée qu’on me voit, tout le temps, tout le jour, sous toutes les coutures ! (Elle fait valoir ses formes rebondies) Déjà au lycée j’avais gagné au concours « Ecran
total ». Le prof nous avait appris à cacher nos sentiments devant une caméra … « Visage lisse ! Visage lisse ! » qu’il disait toujours… Finalement, j’avais montré
mes fesses et j’avais remporté le concours ! Ouais ! je veux que le téléspectateur soit intoxiqué de mon image ! Et que je fasse la Une des journaux quand je sortirai de là… le
retour du Loft en 2084, c’est génial… »
« (…) La Goulue : Mais vous ne savez encore pas que le
loft, ça a toujours été une émission dans laquelle il ne se passait rien. C’était justement ce qui faisait son charme, le rien !
Rosalinde (faussement choquée). Rien !… et mon talent… c’est du néant ?
Bobbie : et mes seins, et mon dos, et mes reins, et mon génie,
c’est du néant ?
Rosalinde : (la parodiant,
agacée). « Et mes seins, et mon dos, et mes reins, et mon génie, c’est du néant ? »… et mon cul, c’est du néant ? (…) »
Loft History 2084 : (Acte 2, Scène
2)
« (…) Lex : Or vous avez été sélectionnées pour vos
formes arrondies que nos caméras vont parcourir sous toutes les coutures. (Elle prend un petit air sadique, fouette le sol comme pour les entamer à l’avance). Zooms et éclairages tous
azimuts sont vos complices ! … les feux de la rampe sur votre croupe, c’est la lumière du loft. Les coups de projecteurs sur vos jambes et sur vos seins, c’est la lumière du loft. Les
étincelles dans les yeux des comédiens, c’est la lumière du loft (…) »
La lumière du loft...
Patricia Martin : « je vous réveille »
Avant de revenir dès demain sur « les joies de la télé réalité », un petit retour sur
l’interview que m’a consacrée mardi matin Patricia Martin sur France Inter… Vous avez d’ailleurs été nombreux à réagir par téléphone ou mails (quelques exemples en vrac :
« j'adore vos deux voix, elles forment une complémentaire musicale », « interwiew très poignante, je me suis levé spécialement pour enregistrer, et franchement je ne le regrette
pas », « Vivant et cela donne envie de lire sans toutefois dévoiler le livre … », « j'ai écouté : interview dynamique, journaliste aux questions pertinentes… un bon
moment… bravo ! et vive l'été !
Un plaisir de dialoguer avec cette animatrice qui sait à la fois lire et écouter, et commenter les
propos avec une distance humoristique. J’avais notamment été sensible à la pertinence et à la sensibilité de son point de vue à l’occasion de la sortie d’un roman que j’aime
beaucoup de Laurent Gaudé « le Soleil des Scorta » qui, si le lecteur ne l’a jamais eu entre les mains, mérite une attention particulière (le cadre de l’intrigue se
situe dans les Pouilles, au Sud de l’Italie ; on y retrouve des accents siciliens, ce qui, on le comprendra, ne gâche rien…).
Les animateurs de l’émission littéraire « le Masque et la plume » se moquaient un peu
facilement du début du roman où l’on voit un personnage monté sur un âne arriver dans un village de montagne sous un soleil écrasant. Rien de comique ni de burlesque là-dedans et
les animateurs riaient niaisement de la scène. La seule à en parler intelligemment, c’était Patricia Martin.
Estate...
« Ses petites fesses bien fermes… » 27Les répliques qui font mouche ! (5/5)
Je finis aujourd’hui la série sur « le Ponton » par l’évocation des dernières répliques… Demain, je reprendrai la série sur la télé réalité. Un petit
mot sur l’interview d’hier au sujet des « Nouvelles pour l’été » : Patricia Martin « Je vous réveille ». Ceux qui n’ont pas pu écouter l’émission, il
vous suffit de m’envoyer un mail et je vous l’expédie en fichier son.
« (…) Imaginez l’histoire !... Mettez un jeune Américain à la place de Gilda, un bel Américain, style
surfer, sur le ponton, tous les matins !… Eh ben, je l’aurais suivi sans hésiter, moi aussi !... Par amour, je l’aurais suivi !
Francesca : je préfère te savoir avec Salvatore, ma petite
Ornella ! Tu es bien mieux avec Salvatore, crois-moi !... Je le connais, c’est un gentil garçon… Ton surfer, laisse-le où il est ! On ne part pas avec le premier
venu !
Carolina : on ne part pas ! Surtout si on croit
aimer !... C’est le pire des pièges, Gigi !
Francesca : (Ironique) Gigi l’Amoroso,
« croqueur d’amour, oeil de velours, comme une caresse !... » Tu connais la chanson ! (…) »
« (…) Carolina : Francesca a raison ! Elles sont
encore petites, je les connais bien : cinq ans, six ans, sept ans et huit ans… Elles viennent régulièrement écouter nos histoires, elles sont toujours au premier rang…
Ornella : mais un jour, elles ne viendront plus ! Fini le
temps de la Beffana sotto le stelle !
Francesca : absolument !... Là, tu as tout à fait raison,
Ornella... Les unes après les autres, elles iront traîner dans la rue, comme des chattes… A miauler après les matous… Et alors, qui va les surveiller ?
(…) »
« (…) Carolina : (dans un registre un peu coquin pour
se libérer d’un poids d’angoisse) : rappelle-toi ses jolies lèvres, ses cheveux blonds et ses grands yeux, ses petites fesses bien fermes, les bracelets luisants à ses poignets,
l’élégance et l’énergie qu’il avait quand il faisait des claquettes… Quel beau danseur !... Nous étions toutes les deux vraiment folles de lui ! (…) »
« (…) Carolina : exactement !... Elle se lève,
très solennelle. « L’essentiel, c’est de savoir trouver sa place et de s’y tenirtout au long de cette grande traversée qu’est la vie ! ». Comme c’est bien dit ! »
Elle arpente le ponton. « L’essentiel, c’est de savoir trouver sa place et de s’y tenirtout au long de cette grande traversée qu’est la vie ! »… Elle a un petit rire
ironique. En même temps, c’est banal, ça fait cliché… « La vie », « la traversée »… Mais ça me plaît bien !... Dit sur un ponton, ça me plaît bien !
(…) »
Ricordo del chipendale nella memoria della vecchia !