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On the road ! Les planches voyageuses.

Publié le par Eric Bertrand

J’affirmais dans ce blog que le déplacement et le voyage étaient inscrits dans mon écriture et l’esprit de l’action que j’ai menée au sein de ce lycée dont je refuse, comme me l’a déclaré l’an dernier une ancienne élève, d’être « l’un des piliers » !
              L’orientation de mes ouvrages, depuis l’origine, est avant tout voyageuse. Quand il n’y aura pas répétition, ni événement particulier, c’est ce que je me propose de montrer dans les jours qui viennent (en alternance avec les articles qui concernent l’évolution de la pièce) en évoquant, sous l’angle du voyage, chacun des éléments de la série.
              Dans l’ordre, la Route, la Poussière et le Sable, Black Polaroïd, Chaussée de la Madeleine de Proust, les deux travaux sur Hugo parus chez Ellipses, Jack, on the route again !, L’Homme à la Tête de chou et au cœur d’Artichaut, Loft History 2084, le Tennessee club, les Nouvelles pour l’été, le Ceilidh, le tout chez Aléas, l’Ami du Livre, l’Editeur Astucieux et Sagace : http://www.aleas.fr
 
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Ecco la valigia e un programma viagiatore !

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Du vent dans les voiles

Publié le par Eric Bertrand

Plusieurs personnes m’ont demandé quels étaient mes projets pour la prochaine fois… Je n’aime pas répondre à cette question tant que le projet en cours n’est pas complètement assuré… Disons quand même qu’un « élément perturbateur » intervient pour la première fois dans la machine de l’atelier si bien huilée depuis maintenant onze ans… Décision arrêtée d’un changement d’horizon. Nous ne resterons plus longtemps au lycée…
              Après la série des six pièces voyageuses (« Jack, on the route again » 2000, « L’homme à la tête de chou et au cœur d’artichaut »2001 - non édité -, « Loft History 2084 », 2002, « le Tennessee Club », 2003, « Le Ceilidh », 2005, « le Ponton » : cf : le site : http://www.ericbertrand.fr ), la fièvre du départ m’a repris. Est-ce un hasard si mon sac de cours est une valise? (Cf : photo ci-jointe !)
              Et le théâtre ? Il va s’expatrier !... Suivre son tropisme… (Il faudra que je réalise un de ces jours un florilège d’extraits de mes pièces pour montrer à quel point, sous la fable, ce thème du départ a fait son chemin… !)
              Si tout va bien, nous quittons donc l’établissement l’an prochain pour partir, soit par simple mutation dans la région nantaise, soit à l’étranger – ce qui serait une suite logique à mon travail sur les voyages et les planches depuis le début ! Départ pour l’étranger… Vers où ? Si on se tourne du côté des grands thèmes, c’est l’Amérique du Nord qui s’imposerait (l’Est-Ouest de Kérouac, le Bagdad Café de Tennessee) ou l’Ecosse de Macbeth dans le Ceilidh. Les dossiers de candidature AEFE, Mission Laïque, sont en tout cas bouclés depuis cette semaine.
 
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Andare via, Gigi !
 
 
Rubrique Goncourt :  
              Voici le programme officiel des Rencontres tel qu’il vient de nous être communiqué :
-         Les écrivains présents à Rennes : Audeguy, Boulin, Miano, Vallejo.
-         Les académiciens : E.C Roux, D. Decoin, B.Pivot
-         Des éditeurs
-         Des critiques journalistes
 
              Nous avons donc en qualité de classe Goncourt, à nous insérer dans la préparation des activités associées à ces deux journées qui conjuguent notamment séances plénières et ateliers.
              Par ailleurs, du fait de l’absence de J. Littell, un comédien proposera des lectures que nous devons « préparer » puisque nous sommes l’une des classes à avoir intégré les Bienveillantes à notre tiercé.
 
 

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Hommage à Noiret : Souvenir d’Alfredo

Publié le par Eric Bertrand

Salvatore est resté un enfant. Salvatore aime la Befana. Il se fait un cinéma sur le ponton, rêvant de « Titanic », « Spiderman », « Spuperman » et de cinema sotto le stelle… Voici une autre histoire de Salvatore, celle qui nous ramène une fois de plus aux fils inconscients de la création…
 
              Depuis mercredi, c’est la voix d’Alfredo qui manque dans le petit village et Totto affolé court dans les rues sous les projecteurs éteints du cinema sotto le stelle. « Dov’é il Cinema Paradiso e dov’é la Befana ? ».
              Une scène du film a été tournée à Cefalù, au bord de la mer, à environ soixante kilomètres de Santo Stefano di Camastra. Mais, en cette fin novembre, la mer est grise et un vent frais balaye les rues vides. La foule bariolée a déserté, les pinocchio espiègles, les puppi désarticulés ont perdu leur Gepetto. Les conteuses sont remontées dans la montagne, au centre de la Sicile peut-être. Comme la petite place du village autour du cinéma d’Alfredo, s’il n’a pas été remplacé par un grand centre commercial… 
              Il s’est en allé Alfredo, avec son bon regard de patriarche et ses grosses lunettes remplies de pellicule. Alfredo et ses mains pour les enfants…
              Maintenant, tout le monde l’appelle Salvatore. Mais Totto rêve encore. Revoit le plein été. Armé d’un gros ciseau piqué dans le tiroir de la mamma, découpe des images censurées. Se les projette dans la chambre noire de ses souvenirs. Il ferme les yeux. La voix n’est plus là, le tricottage régulier du film en super 8 accroche les mailles et les filets de scènes en noir et blanc aussi nerveux et magnétiques que les doigts de la Befana sotto le stelle.
 
Le Ponton : extrait de la version narrative.
 
« … A Santo Stefano di Camastra, c’est un événement que les enfants attendent, comme la cloche de l’été. Le grand retour de « la Befana sotto le stelle »[1]
Les cours sont terminés. Les jeunes rentrent des universités de Palerme ou de Messine, les premiers touristes arrivent et le village commence de se remplir.
Et la rue résonne d’une activité fébrile. Vieux frocs en velours côtelés, cannes à pommeau, chemisiers d’où pendent croix, médailles, reliques, châles noirs sur les épaules, bas gris dans les chaussures noires... On tend une main tremblante, on marche paisiblement jusqu’à la Porta Messina, on s’assoit sur un banc…
Spectacle du matin de ce côté-là de la ville…
« Pronto ! », « Ciao ! », « Come stai ? »[2]
Vespas, Fiat 500, bicyclettes blanches, Saint Christophe sur le guidon, baladeurs, sonneries de téléphones cellulaires, voix nasillardes, chaînes d’or aux cous, poignets, chevilles, pantalons de flanelle légers, bermudas, jupes virevoltantes, hauts talons, lunettes de soleil éclatantes, on s’embrasse, on s’arrête au bar, «Due gelati ! », « Due caffé », « Due granità », « Due brioche con gelato »[3]… On se prend par le bras, les hommes comme les femmes, on se parle à l’oreille pour deviser ensemble des derniers potins d’ici ou d’ailleurs, on se croise, on s’épie, on en rajoute, la conversation engendre la conversation :
-     « La municipalité a ouvert un nouveau terrain de camping du côté de Torremuzza…
-         Le cinéma en plein air va bientôt recommencer !…
-         Tu te souviens « Cinema Paradiso » à Cefalù ?…
-         Cefalù !… Pour moi, c’est d’abord la discothèque ! Et la plage !…
-         L’adjoint culturel nous réserve de bons spectacles de théâtre cet été.
-         Il connaît des gens hauts placés à Palerme. Deux pièces de Pirandello sont à l’affiche… »


[1]« La Befana sotto le stelle » : la « Befana » est un personnage de la tradition italienne associée à la période de Noël. Littéralement : « la Befana sous les étoiles ». « Due gelati ! », « Due caffé », « Due granità », « Due brioche con gelato » : « deux glaces ! », « deux cafés ! », « deux granites ! », « deux brioches avec glace ! » (spécialités siciliennes)
[2]  « Pronto ! », « Ciao ! », « Come stai ? »… : « Allo ! », “Salut !”, “Comment ça va ? »
[3] « Due gelati ! », « Due caffé », « Due granità », « Due brioche con gelato » : « deux glaces ! », « deux cafés ! », « deux granites ! », « deux brioches avec glace ! » (spécialités siciliennes)
 

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Passeggiata

Publié le par Eric Bertrand

La Sicile est bien évidemment, comme l’Ecosse et les States, un thème récurrrent dans ce que j’ai écrit jusqu’à présent et pour revenir sur le cycle de la Passeggiata précédemment évoqué, j’intègre ce paragraphe extrait des Nouvelles pour l’été (Voir la nouvelle : « Quitter le lycée et relire les Fleurs du mal »: « Angelica »)
 
« Elles ont marché dans les ruelles, elles ont mangé des boules de glace, goûté à tous les parfums.
Elles sont rentrées dans toutes les boutiques, elles y ont acheté, en cartes postales, les fameuses photos des bergers nus. Chacune a choisi le sien.
Elles ont caressé silencieusement le chat Roméo qui dormait sur une pierre, devant le panificio, et puis, chemin faisant, elles ont siroté trois ou quatre cafés noirs, en regar­dant l'Etna qui sommeillait toujours.
A dix huit heures, lorsque commence la passeggiata sur le corso, « parade rituelle où s'exhibent les toilettes et les maquillages, coulisses où circulent les ragots et les convoi­tises » a expliqué Angelica, elles ont en vain guetté les garçons et le professeur de français. Que diable leur était-il arrivé ? De quelle étrange vertu ces trois Romaines étaient-elles donc parées?
Angelica ne semble pas s'en soucier et elle jouit du corso, y avance d'un pas altier, parmi ces passants qui la frôlent sans oser l'aborder. Les filles se souviennent encore de sa première apparition au lycée et comprennent davantage la part de mystère qui l’environnait alors. Cette grâce qui les avait tous séduits était obscuré­ment empruntée à la souplesse des ruelles de Taormina, aux images des boutiques de Taormina, à la présence majestueuse de l'Etna, au-dessus de Taormina, au charme secret de ces multiples marion­nettes, à la grâce aérienne des syllabes seules du mot Taormina... »
 
Vista da Taormina, sotto l'Etna... Troppo caldo per la passeggiata !

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Mandoline

Publié le par Eric Bertrand

Arlette tient également beaucoup à la mandoline. Elle me dit que c’est la petite touche italienne… Pour moi, l’instrument est intimement lié à l’enfance. Mon grand-père italien, une frénésie dans sa façon de jouer et tellement de plaisir à gratter… J’ai consacré la nouvelle phare des « Nouvelles pour l’été » à ce grand-père là trop vite disparu : (Nouvelles pour l’été : « Aimer la vie »). Dans l’évocation que je fais de lui, la mandoline tient toute la place :
 
« ……….Vers la fin de l’après midi, les samedis surtout, tu disparais.
La musique manque dans la pièce. Les petits pas de Cécile glissent sur le lino. Elle allume le poste de télévision.
« Ca y est, le v’là qui a ses cinq minutes ! »
Elle monte le son.
 
Derrière la porte, tu t’es penché, tu as ramassé sous le lit la belle mandoline en bois qui ressemble à une bouteille de Chianti, tu t’es installé dans un coin, tu as essuyé, presque redessiné la rondeur de l’instrument, tendu les cordes, commencé à gratter, à chercher les accords.
 
Les airs reviennent peu à peu, des airs de musette, des airs de valse, des airs d’Italie…
Ils pointent, ils défilent, ils voltigent, se suspendent sur une note, dégringolent.
Celui là surtout, celui que les gens du village avaient baptisé « la Sérénade de Ricchetto »…
 
Quand tu avais seize ans, tu la jouais au pied de l’église et tu faisais la cour à Rosaria, une petite dévergondée qui se moquait bien de toi…
 
Rosaria aux yeux brillants, aux jupes affolantes, aux lèvres tendres, à la peau dorée et lisse. Rosaria, la fille de la boulangère, celle-là même chez qui ta mère allait chercher les brioches du dimanche, pour les distribuer à tous les membres de la famille Bortoluzzi réunis autour de la grande table…
 
Les heures sonnent au clocher de l’église.
Tu accordes ton instrument.
Les martinets poussent des cris stridents. Le soir tombe, les hannetons, avec leurs dos de mandoline, te frôlent des ailes...
La nuit, quand tout le monde est couché, il n’y a plus que les chats qui miaulent avec toi, tout près de la boulangerie, sous le clocher qui pointe vers le ciel, ce clocher de Tambre d’Alpago sur lequel ton père a travaillé, jadis.
 
 
Ton esprit bat la campagne. Le linge pend à la fenêtre.
Sous le rebord, un couple de pigeons roucoule. Le balcon de chez Mogenot est taché de fiente. Personne ne monte jamais l’escalier. Les hirondelles se poursuivent en piaillant. La cour en bas fait caisse de résonance. Le père Gautier écoute Radio Tour. Tu enverras ta fille chercher les résultats.
 
La mandoline est dans le creux de tes bras, toute ronde et luisante. Tu n’entends plus rien autour de toi, les accès de mauvaise humeur, les protestations, les appels désespérés : « Richard, viens donc manger ! »…………….. »
 
 
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La mandolina di Ricchetto...Amare la vita...
 

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