Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Parodie du discours amoureux : répétition du 14.11 (3/6)

Publié le par Eric Bertrand

Pendant que cause l’entreprenante Gilda, Salvatore ne peut s’empêcher de pouffer de rire. On travaille sur la façon dont il faut « déployer » le rire sur la scène. Puiser l’énergie dans le ventre et faire éclater le son de toute la poitrine. C’est bien l’expression « à gorge déployée » qui convient.
              Salvatore n’en peut plus, tant pis ! Il sort de sa cachette pour s’esclaffer et venir  entraîner le public par un bon fou rire communicatif. Cela doit se jouer comme un aparté, un moment de grâce sous le regard consterné des autres qui adoptent des attitudes variées.
              C’est lorqu’il parodie le discours des amants par des racourcis sacrilèges qu’il aggrave son cas. Il revient auprès du groupe des « embusquées » pour essayer de partager son rire mais il ne trouve que réprobation et ses éclats se brisent quand il affronte le regard d’Ornella. Non seulement il a interrompu l’échange amoureux, mais en plus, il s’est couvert de ridicule car il n’a pas compris qu’Ornella l’identifiait à Gigi… Cet aspect là est très sensible dans le récit et j’y reviens demain à travers l’évocation de la scène en contrepoint.
 
« Gilda : comme on est bien là tous les deux, Gigi !... La griffure des feuilles d’olivier sur les épaules et la rumeur caressante de la mer… Parle-moi, Gigi, souffle moi tes mots, j’aime entendre ta voix comme un léger sirocco sur ma joue, sur ma taille et sur ma cuisse.
Gigi : tu as la peau douce Gilda. Il y a du sel sur tes lèvres. Ton corps est onduleux comme les vagues… Je suis déjà loin sur la mer, bien au-delà du ponton, tout au large… Je ne vois plus les lumières de Santo Stefano. Je n’ai que l’éclat de tes yeux pour me guider…
Les autres se retiennent pour ne pas rire. Tiziana et Lauredana sont obligées d’entraîner Salvatore à distance pour éclater de rire. Seule Ornella garde son sérieux)
Salvatore : (mimant son compagnon) : « tu as la peau douce Gilda ! Du sel sur les lèvres et des vagues sur le corps ! Je suis loin du ponton ! Tes yeux sont des phares !… » Et l’autre ! « La mer, la brise, le sirocco… Oh, c’est trop drôle ! »
 
 
 

HPIM1976.JPG

Sul mare, andare lontano...
 
 
 
Rubrique Goncourt :
 
Lecture des Bienveillantes (7/7)
 
 
              La fin du roman est plongée dans la confusion de la débâcle. Tout échappe à la volonté de l’ordre et de l’organisation. A nouveau blessé et diminué par ses troubles organiques, Max rentre à Berlin où il est soigné par Hélène, mais il ne donne pas de suite à la relation. Il cherche dans la maison de sa sœur le fantôme perdu et se livre à des rituels hallucinés.
              C’est Thomas qui vient le chercher pour l’entraîner dans de dernières péripéties à travers un territoire pénétré par l’armée russe. Et toujours les figures des deux policiers qui le poursuivent et qui acquièrent véritablement le statut de « mouches », (p759) : il finit par les abattre l’un et l’autre, comme il exécute froidement l’un de ses anciens amants et même son ami Thomas. Le roman s’achève sur ces dérapages, au milieu du sang et de la confusion et sur le mot « bienveillantes » qui matérialisent les tourments d’un être qui a perdu tout repère.
 
Réaction de collègue :
 
Les lectures avancent  et dans la classe de 1ère L de
34 élèves le nombre de livres lus est très variable : quelques-uns : 3/4
livres , la majorité entre 6 et 8,  quelques  lecteurs plus confirmés
s'acheminent vers une lecture de la totalité de la sélection. Ils ont
l'intention de poursuivre activement pendant les congés et éliront leur
délégué  le lundi 6 novembre. Pour l'instant ont la faveur des lecteurs,
Miano, Schneider, Laurens, Nothomb, Boulin, Vallejo. Les deux échanges
entre le lycée de Bruz et de Rennes ont été riches d'argumentation.
Un débat très intéressant  autour des Bienveillantes a montré  l'intérêt
que  les  élèves portaient au sujet traité : mais pour l'instant ceux
qui le lisent avancent doucement dans ces 900 pages.

Voir les commentaires

Commérages : Répétition du 14.11 (2/6)

Publié le par Eric Bertrand

              Le thème du commérage apparaît très vite dans la pièce. Il est représenté surtout par Tiziana et Lauredana qui ont hérité de cette habitude sur les bancs qu’elles fréquentent le soir avec les adultes qui regardent passer les gens à la traditionnelle passeggiata (rite particulier aux villes du sud de l’Italie : j’y consacrerai prochainement un article dans ce blog car le mot apparaît souvent dans le texte et n’évoque rien aux comédiens).

              Dans la scène précédente, Tiziana et Salvatore ont appris de la bouche des « Befana » qu’il « se passait quelque chose sur le rivage ». Lauredana est là pour témoigner ! Tous les trois se précipitent et rejoignent Ornella pour observer les amants. Curiosité, voyeurisme, excitation

              Tout près du bosquet des amants, ils se cachent et se mettent à « mater » ! Ornella savoure les échanges amoureux qu’elle entend. Elle ferme les yeux, rêve que c’est à elle que l’on s’adresse. Elle vit la scène par procuration. Au contraire, les deux autres filles ont un air révolté, réprobateur. Mais elles n’en perdent pas une, amatrices de scandale ! Où cette scène va-t-elle s’arrêter ? C’est Salvatore qui casse tout, je reviens sur son cas demain.

 

HPIM1971.JPG

 

C'é sempre qualch'uno vicino per ascoltare...

 

 

 

 

 

Rubrique Goncourt :
 
Lecture des Bienveillantes (6/7)
 
 
              Avant d’entamer sa mission, il est en Pologne, visite un camp (Lublin), réfléchit avec d’autres officiers dont Eichmann au « problème juif » : comment justifier la politique menée par le Reich ? D’après les autorités, la résistance du ghetto de Varsovie est un exemple de la nécessité de mener une politique d’extermination. Il faut en effet produire un effort particulier pour éliminer les éléments les plus résistants et les plus dangereux. Comme pour une maladie, c’est le résidu final qui est le plus difficile à détruire. Mais Max pose des questions. Est-ce économiquement intéressant de faire disparaître ceux qui ont toujours été nécessaires au fonctionnement de l’économie ? Faut-il se priver d’une main d’œuvre à bon marché ? Et du point de vue moral ? On lui conseille de ne pas se poser de question ou d’appliquer un principe inspiré de Kant : en ce qui concerne le problème juif, le fameux impératif catégorique cher au philosophe fonctionne à peu près de la façon suivante : « agis comme si le principe de ton action serait approuvé par le Führer ». Ce raisonnement est à la base d’une justification qui rappelle la pensée d’Anna Arendt et qui fournit un discours argumentatif type : p544 à 546.
              Début 44. Berlin est bombardé de plus en plus souvent et la précarité augmente. Commence avec une nageuse, Hélène, une relation sentimentale et une vie plus régulière. En parallèle, une enquête est ouverte sur la responsabilité de Max dans la mort de sa mère : tout tend à l’inculper mais son statut de haut officier le met à l’abri de la justice. Il est envoyé en Hongrie : le souci majeur du Reich, c’est de trouver de la main d’œuvre capable de supporter l’effort de guerre. Et la main d’œuvre doit être juive. Mais les choses ne sont pas simples avec Budapest et la situation ne s’améliore pas. (Problèmes de l’alimentation, du voyage, de l’hébergement, de la demande en « énergie de travail » de la part de certaines usines… Max ne peut trouver de réponse adéquate et il se heurte à de l’incompréhension de la part des responsables.
 
Réaction de collègue :
La première des rencontres avec les auteurs, le 2 à Troyes, a permis à 
quelques un(e)s d'entre nous de nous rencontrer "de vive voix" (sous 
le Kiosque à musique du jardin public, devant le théâtre de Troyes, et 
par une pluie battante, ou dans la cohue de la séance de dédicaces.) 
Ce n'était pas l'un des moindres plaisirs de la journée. Les auteurs, 
quant à eux, ont tenu deux bonnes heures face à une assemblée de 
lycéens plutôt attentifs, aux questions souvent pertinentes, dans le 
théâtre plein comme un oeuf. Pour ma part, j'ai beaucoup aimé la 
disponibilité et la générosité d'Audouard, qui a parlé avec 
sensibilité à la fois de son roman et du métier d'écrivain, ou la 
gentillesse parfois malicieuse de Lapouge, dont la voix a accompagné 
tant de mes après-midis sur France Culture. Nothomb, sèche. Bataille, 
selon moi, prolixe et complaisant, mais Sylvain trouve que j'exagère. 
C'était une bonne journée, et les trois heures de bus subséquentes ont 
été nourries de bavardages, de discussions, de railleries.
Bonne journée à tous !

Voir les commentaires

Befana : Répétition du 14.11 (1/6)

Publié le par Eric Bertrand

Après les fièvres du Goncourt toute la semaine passée, retour au calme du Moulin à Sons, et retour aux climat plus apaisé des premières répétitions, loin de l’agitation des médias. Profitant de la présence de l’ensemble de la troupe, nous nous divisons en deux ateliers : les « Befana » vont répéter leurs scènes dans une salle à part, et procèdent notamment à un enregistrement sur MP3 de façon à pouvoir mieux apprencre le texte par la suite.
              De notre côté, nous abordons la scène du voyeurisme qui débouche sur le fou rire de Salvatore et l’intervention musclée de Gigi. Cette scène implique l’ensemble de la distribution et, même si sur le papier, elle est brève, elle nécessite un effort particulier de direction et de concentration. Chacun doit penser à son placement, son intéraction avec les autres. C’est Salvatore qui circule et qui suscite des réactions et des mouvements. Les déplacements, les mimiques sont sources de jeux de scène qu’il faut déterminer de façon à tracer des lignes sur l’espace de la scène… Mimiques et déplacements, j’y reviens demain.
 
HPIM1946.JPG
 
Dopo la scuola, andare a vedere la Befana sotto le stelle !

 
 
Rubrique Goncourt :
 
Lecture des Bienveillantes (5/7)
 
 
              Max en est arrivé au stade d’une belle promotion et il espère la réaliser dans son domaine, à savoir le juridique européen (ce qui encore une fois contribue à rendre le personnage sympathique). Mais on lui fait assez vite comprendre que la réussite sous le troisième Reich passe par le sale boulot : ils ont besoin de fonctionnaires de son talent pour réaliser leurs objectifs. La réalité du Reich reste toujours la toile de fond et le lecteur retrouve constamment, au détour des pages, des épisodes dont il a souvenir : par exemple le « lebensborn » : Una, la sœur, s’est mariée « avec un estropié » et elle ne peut avoir d’enfant… une grosse matrone lui suggère de « se faire féconder » par un officier SS, elle parle de « l’assistance eugénique ». Pour le narrateur, cette séparation d’avec sa sœur jumelle est insupportable, elle met un terme intolérable à leur complicité amoureuse.
              Au cours de sa convalescence en France, il rend visite à Antibes à sa mère et son beau-père : le malaise règne au cours de l’entrevue. Son but est de les tuer et la référence à « l’Orestie » est implicite, même présence du tragique, même haine sourde de la sœur et du frère… Encore une fois dans ce livre, le meurtre n’est pas présenté comme un acte commis en conscience mais comme quelque chose qui a eu lieu et qu’il a dû commettre (on le comprend) dans un état de schizophrénie pendant son « sommeil ». Si on pousse plus loin le sens de la référence, peut-être peut-on y voir une clé pour la compréhension du titre : on sait que dans la pièce de Sophocle, après le meurtre de son beau-père et de sa mère, Oreste est poursuivi par les fameuses « bienveillantes », celle que Sartre appelle « les mouches ». Elles persécutent l’esprit agité du meurtrier comme Max Aue va être persécuté par ces deux policiers qu’il appelle « les bouledogues » et qui savent tout… Un élément renforce son tourment : il découvre que « les jumeaux » qu’il a vus chez sa mère étaient ceux de sa sœur…
 
Réaction de collègue :
 
C’est une super idée. Hier nous avons rencontré au théâtre de la Criée à Marseille Michel Schneider. Des propos clairs et très instructifs sur sa relation à celle qu’il a appelée « ma Marylin ». en fait il a été pris par cette rencontre folle entre Greenson et sa patiente. Sa recomposition s’appuie donc sur des faits réels mais va vers l’invention, vers ce qu’il sent de la vie de ces deux-là.
Du coup, toute la dimension du romanesque qui envahit le champ du biographique aujourd’hui est encore là. Dans la proposition d’écriture que tu fais, il pourrait y avoir cette optique, de mêler le vrai, le faux, sans dire ce qui appartient et ce qui est inventé. Ça laisserait aussi du champ aux élèves.
Camille Laurens qui était là aussi est allée dans ce sens…c’est moi mais ce n’est pas moi etc…
Un autre aspect intéressant du roman de Schneider c’est qu’il n’est pas chronologique, là aussi il y a des pistes d’écriture il me semble.
 
 

Voir les commentaires

Roméo et Juliette sur le ponton ! Répétition du 7.11 (5/5)

Publié le par Eric Bertrand

Gilda a rendez-vous avec Salvatore, et Gilda l’a rendue jalouse quand elle a parlé des deux garçons qu’elle a rencontrés en ville. Elle est à point pour tomber dans les bras de Salvatore. Mais celui-ci vient sur le ponton avec d’autres intentions. Il reste avant tout un manipulateur (curieux écho avec le personnage que jouait le même Ronan l’an dernier !).
              La première réaction de Tiziana, c’est de râler ! Elle a recours à ce masque pour cacher son trouble. Mais la scène de bouderie ne dure pas et Salvatore s’amuse assez vite au jeu de la séduction, juste pour voir, juste pour essayer « la scène de Roméo et Juliette » dont il parlait à Gigi un peu plus tôt. Tiziana la malheureuse, ne tarde pas à tomber dans le panneau et c’est un moment cruel.
 
« Salvatore : (il soupire) Ornella ne viendra pas, dommage ! Je l’aime bien, Ornella… (Il assure son espace. Tiziana est piquée au vif) On est bien là-dessus, tu ne trouves pas ? On a l’impression d’être sur une scène de théâtre, sur le balcon de Roméo et Juliette… (A part, il se souvient de ce qu’il a dit à Gigi) « Tu imagines ce que tu veux ! Tu fais ton cinéma !... Et si, par hasard, il y a une fille sur le ponton, tu en fais ta partenaire, c’est encore mieux !... Tu la fais entrer dans ton jeu. Tu lui donnes la réplique ! »… (Il prend un air inspiré et s’approche un peu plus de Tiziana) N’importe ! Toi, tu es venue jusque là… Alors, regarde vers le large, Tiziana ! Respire enfin ! Est-ce que tu sens, comme moi, ta poitrine qui se gonfle et tes yeux qui se dilatent… (Il lui ébouriffe les cheveux) Comme ça, ça te va mieux ! Ça te donne un air sauvage à tout faire craquer ! Embarquons-nous, Tiziana ! Tes cheveux se soulèvent, ta bouche est humide… »
 
Je demande à Ronan d’accompagner cette tirade d’une gestuelle qui mette en valeur « le marionettiste »… Et Tiziana est toute rouge de honte. Son corps se découvre…
 
 

HPIM1096.JPG 
Un giro colla cinquecento !


 
 
Rubrique Goncourt :
 
Lecture des Bienveillantes (4/7)
 
 
              Autre aspect terrible du roman, c’est cette peinture impitoyable de la nature humaine, plongée dans les conditions de bassesse et de barbarie. Dégradation des corps, horreur des blessures, de la vermine, des bas instincts, pulsions sadiques, excrétions, sexe, chair purulente, spermes, caecum, fesses, verges… Cauchemars… La vie est arrivée à ce point d’horreur que la narration finit par confondre les deux niveaux de la réalité et du rêve… Une figure émerge de cette confusion, le souvenir auréolé de la sœur aimée (p374, exemple de réminiscence visuelle) Le personnage reste attachant par ces élans vers un idéal. Il y a aussi constamment, cet instinct d’humanité qui le distingue des autres : par exemple quand il s’inquiète du sort d’Ivan (fidèle serviteur d’origine bolchévik) qui, aux yeux des autres, n’est qu’un étranger qui doit mourir…
              Pour se tirer de cet enfer de Stalingrad dans lequel ils semblent tous perdus, un miracle présenté d’abord comme un rêve : en fait, c’est son sauvetage qui le ramène blessé à Berlin et qui fait de lui un héros du Reich. La blessure consiste en un trou de part et d’autre de la tempe, et cela lui confère une sorte de troisième œil, une acuité cynique qui lui enlève la propension au bonheur facile (image hugolienne qu’il faudra utiliser pour l’étude des Contemplations : p410).
 
Réaction de collègue :
 
C’est une super idée. Hier nous avons rencontré au théâtre de la Criée à Marseille Michel Schneider. Des propos clairs et très instructifs sur sa relation à celle qu’il a appelée « ma Marylin ». en fait il a été pris par cette rencontre folle entre Greenson et sa patiente. Sa recomposition s’appuie donc sur des faits réels mais va vers l’invention, vers ce qu’il sent de la vie de ces deux-là.
Du coup, toute la dimension du romanesque qui envahit le champ du biographique aujourd’hui est encore là. Dans la proposition d’écriture que tu fais, il pourrait y avoir cette optique, de mêler le vrai, le faux, sans dire ce qui appartient et ce qui est inventé. Ça laisserait aussi du champ aux élèves.
Camille Laurens qui était là aussi est allée dans ce sens…c’est moi mais ce n’est pas moi etc…
Un autre aspect intéressant du roman de Schneider c’est qu’il n’est pas chronologique, là aussi il y a des pistes d’écriture il me semble.
 
              

Voir les commentaires

Secrets de coeur : répétition du 7.11 (4/5)

Publié le par Eric Bertrand

Après la parenthèse musique, je reprends l’analyse de la répétition du mardi 7.11.Rien de particulier sur la scène des voyeuses ou sur celle des deux couples interrompue encore une fois du fait de l’heure tardive et de la censure qui semble devoir l’accompagner !... Je reviens sur la scène entre Gilda et Tiziana.
              Quand Gilda grimpe sur le ponton, Tiziana est déjà installée. Elle occupe la scène d’abord, comme Gilda l’occupait précédemment. Il y a donc effet de mimétisme. Diane ne doit pas hésiter à jouer elle aussi dans la provocation. Mais en même temps, subsiste en elle une pudeur et le poids des conventions, de l’éducation. On entre dans une scène de dévoilement sous l’effet de Gilda. Par conséquent, ce qui est intéressant à jouer dès cette scène, c’est cette découverte de soi dont le révélateur est la sulfureuse Américaine.
              Sitôt qu’elle entend le bruit de l’eau, elle se referme. Trop de honte à savoir que quelqu’un a percé à jour la cuirasse derrière laquelle elle se réfugie… (C’est toute l’histoire de la marionnette Angelika qu’on met en abyme).
              Avec beaucoup d’art et d’aisance, Gilda la met à l’aise, lui caresse les cheveux, la fait sourire et même partager son secrêt… La voilà prête à accueillir Salvatore : deuxième étape de l’éveil.
 
“Tiziana : c’est mon secret !
Gilda : tu as des secrets à cacher, toi ? (Elle la jauge) Tu n’en as pas l’air !
Tiziana : pas “des secrets”, un secret !
Gilda : et on peut savoir quel genre de secret ?
Tiziana : (elle s’allume une cigarette) : de toute manière, comme tu es là avec moi, tu vas tout savoir dans les minutes qui viennent !
Gilda : alors, pas besoin d’attendre plus longtemps ! Un secret, ça doit se dire pour être un secret ! Si la personne qui écoute sait se taire, ça devient un vrai secret…
Tiziana : (elle réfléchit un instant) : j’aime bien ta façon de présenter les choses !
Gilda : si tu savais tous les secrets que j’ai déjà partagés, moi !... Tiens, je vais t’en dire un, puisque nous sommes là toutes les deux, isolées sur la mer !
Tiziana : dis tout de suite ! Dis tout de suite ! 
Gilda : non, toi d’abord … 
Tiziana : en fait, j’ai un rendez-vous !... Et ça serait sympa si, au moins aujourd’hui, tu acceptais de nous laisser tout seuls …
Gilda : un rendez-vous ici !... »
 
 
 
HPIM0981.JPG
Forse Gigi l'Amoroso sposa Gilda l'Amorosa, speriamo !
 
 
 

Rubrique Goncourt :
 
Lecture des Bienveillantes (3/7)
 
 
              Affecté dans une région du Caucase, véritable tour de Babel des peuples et des langues, il réfléchit avec un linguiste sur le statut de juifs des peuples caucasiens… Sont-ils oui ou non juifs ? Les critères de réflexion sont bien sûr linguistiques mais aussi ethnologiques et religieux. Rien de très scientifique même s’il incline à croire qu’ils ne doivent pas être traités comme des Juifs. C’est pour cette relative « tiédeur » qu’on se débarrasse de lui et qu’on l’envoie sur le front de Stalingrad où la guerre s’enlise.
              L’un des attraits du roman, c’est qu’il met ce narrateur fin et cultivé en présence d’autres penseurs dont le discours est intéressant. Il prend le temps de les écouter et de recevoir leur discours : exemple du linguiste qui analyse par exemple la complexité des langues du Caucase, exemple de cet officier bolchévik qui explique l’analogie entre le système nationaliste socialiste et le système stalinien : (p365-370)… Les deux systèmes postulent un déterminisme (qu’il soit racial pour l’un ou économique pour l’autre), il y a toujours un ennemi objectif… et ce qui diffère, ce sont les catégories : les Juifs… / les bourgeois… Pour les deux partis, l’idéal est bien de construire un homme modèle. En même temps, le personnage conclut dans la supériorité du bolchévisme qui veut le bien de l’humanité alors que l’autre veut le bien pour l’Allemand. Cet avis positif ne va pas sans les nuances que souligne l’interlocuteur : l’idée que la Russie ne peut relever le défi, que l’humiliation est inscrite dans le peuple russe et que l’agitation en surface ne peut être qu’un masque.
 
Réaction de collègue :
Me voilà embarquée jusqu'à la dernière étape par notre Simon, élu par ses
nouveaux camarades de l'est. Moi qui espérais y échapper... Je pourrai
demander à Simon les détails de leurs discussions pendant les longues heures
du voyage...En ce qui concerne les débats des jeunes je leur fais confiance;
s'y jouent toutes les relations de persuasion que l'on connaît chez les
adultes, n'est-ce pas , en littérature, en politique,etc; la subjectivité y
a ss doute une grande part.  Simon est ravi, il aime ces paillettes et ces
responsabilités. Je crains même qu'il ait du mal à replonger ds ses
obligations plus scolaires et je crois déjà entendre mes collègues au
conseil.
J'essairai de vs faire un compte-rendu avec qq photos si je ne suis pas trop
épuisée.
Ravie d'avoir rencontré les camarades et d'avoir arpenté avec eux les rues
de Metz. J'espère pouvoir découvrir Rennes
 
Après un moment d'incrédulité face à la première place donnée à …., j'ai compris qu'en fait , en espérant secrètement les voir choisir un roman plus abouti, je leur demandais d'agir comme des lecteurs adultes et non pas comme ce qu'ils sont, c'est à dire des lecteurs en formation de 16 ans. J'ai essayé de me mettre à leur place et  du coup,  je trouve que leur choix est compréhensible et justifié (surtout pour Audéguy en fait!!)
 
 

Voir les commentaires