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Au Collège : l’observation du terrain. (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

        Dans cette observation du terrain, le livre s’attache bien évidemment aux profs : j’ai toujours eu beaucoup de respect pour la maitrise des savoirs. La mission des professeurs est avant tout, me semble-t-il, de transmettre un savoir à des élèves auxquels il leur faut s’adapter. Cette relation au savoir occupe une bonne partie du passage qui raconte la jeunesse du professeur surnommé « Limace » par ses élèves et la naissance de sa « vocation ».

         Son histoire personnelle l’amène progressivement à la crise et cette crise est directement liée à des questions de pédagogie. « Limace » ne parvient plus à transmettre ce savoir dont il s’est nourri jusqu’à l’excès au cours de ses années d’étude. Il ne parvient pas à se libérer de l’angoisse et, contrairement à la majorité de ses collègues qui se sont comme ils le disent « blindés », il est atteint dans l’épiderme.

          Cette angoisse est accentuée du fait qu’autour de lui, les collègues lui semblent étrangers. Ils vivent autrement et sont perçus différemment par les élèves. Cette variété de « l’espèce » est rendue sensible dans le livre par une « zoologie » du professeur : pour évaluer l’énergie et l’apparence extérieure, l’insecte ne dispose que des références à l’animalité. Au lecteur d’aller plus loin...

          Les horloges tournent, les classes se succèdent... Le temps passe en même temps que les élèves mais les professeurs restent. Restent et s’usent ! Ils poursuivent cependant leur carrière et même « Limace » a derrière lui toute une carrière... Le roman s’attache ainsi à expliquer les rouages par lesquels un professeur évolue, à faire sentir ses relations avec ses supérieurs hiérarchiques, avec le corps d’inspection qui l’évalue...             

              Dans cet environnement que côtoient les professeurs et les élèves, le lecteur qui a été élève retrouve forcément les différents acteurs de la pédagogie : ainsi des figures incontournables hantent le récit... parents d’élèves, surveillants, CPE, inspecteurs, principaux... Ils ont un rôle à jouer : partenaires de la vie éducative, ils contribuent à imposer cette « civilisation » à laquelle je faisais référence. Narrativement, ils précipitent le drame qui se joue dans le roman.

             Parce qu’elle est un lieu de convergence de la vie éducative, la salle des professeurs est un pôle narratif. Elle est lieu de détente et de pensée, lieu d’échanges et de décisions. Mais elle peut être aussi perçue autrement par des consciences en crise comme celles que je décris à travers les deux personnages principaux. Confronté à l’effervescence continue d’une salle des profs, un collègue en déprime peut développer un sentiment de paranoïa. Par ailleurs, lieu de l’Interdit, elle fascine l’adolescent qui ressent souvent à l’égard de ses professeurs, des pulsions diverses, haine, amour, fantasmes...

 

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Au Collège : l’observation du terrain (1/2).

Publié le par Eric Bertrand

         Le livre est aussi l’aboutissement d’une observation du milieu dans lequel, suite à une mutation (professionnelle celle-là !), j’ai été amené à modifier le contenu de mon enseignement et de ma pédagogie. Quel est ce milieu ? Enseigner au collège implique une confrontation permanente avec le monde clos des jeunes ados... Le professeur se trouve en contact permanent avec ce public si particulier qui a tendance à se renfermer sur soi-même et à exclure les adultes.

         Alors plongé dans sa classe et enfermé avec ses élèves, on peut risquer la métaphore suivante : le professeur « agit en contrebande ». Il parvient tout de même, (pas toujours dans les meilleures conditions !) à « passer sa marchandise », à la faire admettre dans le cercle fermé des jeunes consciences qui possèdent leur propre système de références et qui ont une fâcheuse tendance (à combattre systématiquement) à vouloir imposer leurs lois à l’entourage.

         On saisira mieux cette réalité du terrain en évoquant une dialectique de la civilisation et de la sauvagerie. Les enfants qui sont au collège ne maîtrisent pas la sauvagerie qui est en eux, ils la laissent instinctivement s’exprimer dans les couloirs, les cours de récréation ou autres réunions collectives. De ce fait, pour parvenir à transmettre le « message éclairé », le professeur doit avant tout fixer des règles et « cadrer » ses élèves : en d’autres termes, mettre de la « civilisation » là où il y a de la « sauvagerie »... Car l’ensauvagement vient battre jusqu’aux portes de la classe : violence verbale, violence physique, cris, crachats, expectorations diverses, instinct de dégradation, pulsions sexuelles mal canalisées, formes primitives de la séduction...

 

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La métamorphose dans "L'Organisme".

Publié le par Eric Bertrand

               Pour rendre compte de ce malaise, j’ai donc choisi le motif de la métamorphose emprunté à Kafka. Le lecteur a forcément lu un jour cette étrange nouvelle dans laquelle le narrateur raconte sa métamorphose d’honnête fonctionnaire en ignoble scarabée...

               J’ai donc, pas à pas, patte à patte, essayé d’analyser les causes de cette transformation qui est double puisqu’elle touche à la fois un adolescent et un adulte (le maitre et l’élève). Par souci de précision et de réalisme, le lecteur remonte aux origines et assiste à la montée progressive du malaise dont la métamorphose est le point culminant.

               Dans ce sens, le récit retrace scrupuleusement chacune des étapes de cette mutation.  Par ailleurs, en amont de la métamorphose, un travail au niveau du lexique, précède « le miracle » et anticipe la régression vers l’animalité ou l’instinct de l’insecte. Le portrait de l’adolescent multiplie les indices de sa transformation future.

 

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Un article intéressant à propos de « l’Organisme »

Publié le par Eric Bertrand

               Lorqu’on sort un livre, l’un des épisodes les plus passionnants, c’est celui qui consiste à recevoir les « retours », ceux qui permettent de voir comment chaque lecteur reçoit une intrigue, des personnages, une écriture...

               J’ai déjà cité au mois d’août et septembre derniers des avis qui m’arrivaient de la part de « mon comité de lecture » rapproché... Parents, amis. Mais le livre a changé depuis, il a évolué, pris une forme définitive. Il est devenu cette « poche d’air vide » que chaque lecteur est en mesure de remplir de son propre souffle. Ainsi, rendez visite au blog de Francis, écrivain, penseur, ami, « écriposoph » comme il s’appelle lui-même ! Et voyez l’article qu’il a la gentillesse de me consacrer.

                 http://ecriposoph.wordpress.com/2010/04/14/lorganisme-deric-bertrand-setire-sur-les-rayonnages/

 

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Malaise adolescent et malaise enseignant

Publié le par Eric Bertrand

              L’univers de « L’Organisme » n’est pas un univers très sain... Les « espèces » y pullulent et le motif récurrent est celui de la promiscuité des organismes. Cette réalité décrite par le menu est un moyen de faire le point sur les différentes formes de « malaise » qui règnent dans le milieu : malaise adolescent et malaise enseignant.

              Malaise adolescent : mon personnage de collégien est confronté à de réels problèmes personnels, familiaux, identitaires. Il souffre dans sa chair et ne parvient pas à s’épanouir, d’autant qu’il tombe amoureux d’une petite écervelée qui trouve très drôle de se moquer de lui en public.

              Malaise enseignant : l’un des enseignants du collège subit « la métamorphose ». Il est lui aussi la victime d’un dérèglement. Il est ainsi « objet de fable » mais aussi à sa façon « caisse de résonnance » de ce qu’il est convenu d’appeler : « le malaise enseignant » : mauvaise image, mauvaise presse (« manque de compétences, toujours en grève, toujours en vacances »...), difficulté à transmettre le savoir, confrontation à des élèves agités, d’origines différentes, eux-mêmes perturbés, souvent agressifs et en opposition avec tout ce qui représente l’autorité...

 

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