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Le clin d’œil de Rimbaud

Publié le par Eric Bertrand

                 Comme par un fait exprès, dans la semaine où j’ai reçu mon livre, les médias ont beaucoup parlé de Rimbaud. La photo du poète adulte, saisi dans son Orient légendaire, donne à voir une autre image de celui qui m’a inspiré le personnage surnommé « Alchimie du Verbe », le copain d’études de Limace, mathématicien forcené et néanmoins rimbaldien à ses heures.

                 On connaît tous quelques vers du poète en cavale, de l’insolent « pisseur des héliotropes », celui qui se voulait bohémien sous les étoiles et la Grande Ourse… et on découvre cet adulte frileux, à l’œil tourmenté, au milieu d’un cercle de négociants qui ignorent probablement tout de cette ivresse de bateau ivre dont le regard outremer de leur collègue n’est plus que le bouchon « dansant sur les flots ».

 

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Article sur "l'Organisme" dans le Sud Ouest.

Publié le par Eric Bertrand

Le prof a de la plume

Eric Bertrand, professeur de français, raconte la drôle de vie dans les collèges.

Il a choisi La Rochelle pour être au bord de la mer. Eric Bertrand, Rochelais depuis trois ans, publie « L'Organisme », une fable sur l'adolescence. Pour son quatorzième ouvrage, le professeur de français met à profit sa nouvelle vie au cœur du collège, après une quinzaine d'années dans un lycée de la Bretagne intérieure.

 

Une nouvelle expérience « frustrante » pour l'enseignant, qui regrette « beaucoup de perturbation, un manque de concentration et d'écoute » de la part des collégiens, et parfois « l'échange et la confrontation ne sont pas au rendez-vous » Mais c'est cette expérience, qui a conduit l'écrivain à se pencher sur les tracas de l'adolescence traversés par ses élèves. La métamorphose adolescente

 

 

Une période charnière

 

« Ce projet me tient à cœur depuis mon arrivée au collège. Les collégiens sont des élèves en pleine mutation. Je voulais m'intéresser à cette période charnière de l'adolescence », explique-t-il. Et pour « analyser la transformation psychologique et physique » de l'adolescence, Eric Bertrand a choisi la de métamorphoser le héros de son livre. Le collégien torturé et mal dans sa peau devient alors un « bousier » sous la plume de l'écrivain.

C'est l'été que l'enseignant, quand il est en vacances, se consacre à l'écriture. Pièces de théâtre, autobiographie, fictions.

 

 

Ecrire et faire écrire

 

A 22 ans, il avait déjà sillonné l'Europe en train. La preuve ? Sa valise marron écornée posée sur la table et chargée d'autocollants rappelant ses périples à travers le monde : Chicago, Scotland…

Derrière son goût pour les voyages, c'est l'échange, le partage qu'apprécie Eric Bertrand.

Comme dans l'enseignement ou dans son autre passion : le théâtre.

Avec ses élèves, il a monté des ateliers d'écriture, pour leur montrer qu'ils « sont capables d'écrire, de jouer ». Avec les sixième du collège Beauregard, « Le Petit Prince » est à l'honneur. « Je ne peux plus me passer d'écrire mais je ne peux pas lire un roman par mois ! », s'exclame Eric Bertrand. Dans sa vie, l'écriture a pris le pas sur la lecture.

 

L'Organisme, Aléas, 194 pages, 15 euros. 

Tomy sud ouest

Eric Bertrand, a choisi de raconter les tourments de l'adolescence.

                                                                                                                                            PHOTO DOMINIQUE JULLIAN

 

 

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Rimbaud au fond de "l'Organisme"

Publié le par Eric Bertrand

                 Dans la formation de « Limace » la figure d’Arthur Rimbaud tient une grande place et diverses allusions plus ou moins explicites se rencontrent au fil de la narration. Pourquoi Rimbaud ?

                Rimbaud est lui aussi un adolescent en crise, un garnement qui, par le caractère « organique » et sensuel de certains de ses poèmes cherche constamment la provocation. D’autre part, et c’est particulièrement évident dans ses « Premières poésies », il cultive le goût de l’immonde dans « la fraîcheur des latrines ». L’une des grandes scènes particulièrement écoeurantes du roman a lieu dans les toilettes du collège.

                 En même temps, la poésie de Rimbaud est jaillissement, tension vers le Beau et rêve d’idéalité. Le héros est en mal de pureté, en quête de sublime. C’est ce qui explique en partie le « retour en grâce » des professeurs dés lors qu’il réagit sous la carapace de l’insecte (il faut relire la façon dont il savoure « l’albatros » de Baudelaire que lui lit son professeur de français...) C’est aussi ce qui prépare le moment d’intense élévation de la scène finale...

 

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Le collège unique, milieu de "l'Organisme"

Publié le par Eric Bertrand

               Dans leur mission d’enseignement, certains professeurs laissent une large part à l’enthousiasme. Il est enthousiasmant de lire un poème, de faire partager l’émotion d’une lecture, de réaliser une démonstration mathématique, de réussir une expérience, d’expliquer l’origine d’un fait ou d’un événement. Et ce moment d’euphorie illumine les meilleurs des élèves qui témoignent d’une curiosité et d’une pertinence inattendues à leur âge.

                Hélas, le triomphe de l’intelligence et de la sensibilité est la plupart du temps terni par la réaction des élèves qui « décrochent » trop vite ou qui, par divers moyens, manifestent leur hostilité ou leur refus. Difficile dans ces conditions de garder le cap et de laisser l’enthousiasme intact ! Alors il faut transiger. Céder à la tentation d’un enseignement plus adapté à la grosse majorité...

                 La politique du collège unique mise en place à la fin des années soixante-dix partait de l’idée noble entre toutes que la mission de l’enseignement consistait avant tout à donner sa chance à n’importe quel élève. Qu’ils le souhaitent ou non, les plus démotivés doivent rester en classe jusqu’à la fin de la troisième et « subir » la situation.

                 Passivité chronique, apathie, dilettantisme affiché, impertinence, bouffonnerie, provocation... Autant de comportements face auxquels les professeurs se sentent un peu désarmés. C’est à partir de ce constat désenchanté que le chapitre intitulé « les dix-sept plaies » a été rédigé.   

 

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Au Collège : l’observation du terrain. (2/2)

Publié le par Eric Bertrand

        Dans cette observation du terrain, le livre s’attache bien évidemment aux profs : j’ai toujours eu beaucoup de respect pour la maitrise des savoirs. La mission des professeurs est avant tout, me semble-t-il, de transmettre un savoir à des élèves auxquels il leur faut s’adapter. Cette relation au savoir occupe une bonne partie du passage qui raconte la jeunesse du professeur surnommé « Limace » par ses élèves et la naissance de sa « vocation ».

         Son histoire personnelle l’amène progressivement à la crise et cette crise est directement liée à des questions de pédagogie. « Limace » ne parvient plus à transmettre ce savoir dont il s’est nourri jusqu’à l’excès au cours de ses années d’étude. Il ne parvient pas à se libérer de l’angoisse et, contrairement à la majorité de ses collègues qui se sont comme ils le disent « blindés », il est atteint dans l’épiderme.

          Cette angoisse est accentuée du fait qu’autour de lui, les collègues lui semblent étrangers. Ils vivent autrement et sont perçus différemment par les élèves. Cette variété de « l’espèce » est rendue sensible dans le livre par une « zoologie » du professeur : pour évaluer l’énergie et l’apparence extérieure, l’insecte ne dispose que des références à l’animalité. Au lecteur d’aller plus loin...

          Les horloges tournent, les classes se succèdent... Le temps passe en même temps que les élèves mais les professeurs restent. Restent et s’usent ! Ils poursuivent cependant leur carrière et même « Limace » a derrière lui toute une carrière... Le roman s’attache ainsi à expliquer les rouages par lesquels un professeur évolue, à faire sentir ses relations avec ses supérieurs hiérarchiques, avec le corps d’inspection qui l’évalue...             

              Dans cet environnement que côtoient les professeurs et les élèves, le lecteur qui a été élève retrouve forcément les différents acteurs de la pédagogie : ainsi des figures incontournables hantent le récit... parents d’élèves, surveillants, CPE, inspecteurs, principaux... Ils ont un rôle à jouer : partenaires de la vie éducative, ils contribuent à imposer cette « civilisation » à laquelle je faisais référence. Narrativement, ils précipitent le drame qui se joue dans le roman.

             Parce qu’elle est un lieu de convergence de la vie éducative, la salle des professeurs est un pôle narratif. Elle est lieu de détente et de pensée, lieu d’échanges et de décisions. Mais elle peut être aussi perçue autrement par des consciences en crise comme celles que je décris à travers les deux personnages principaux. Confronté à l’effervescence continue d’une salle des profs, un collègue en déprime peut développer un sentiment de paranoïa. Par ailleurs, lieu de l’Interdit, elle fascine l’adolescent qui ressent souvent à l’égard de ses professeurs, des pulsions diverses, haine, amour, fantasmes...

 

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